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Chine : l'incroyable surveillance d'un troupeau d'éléphants, en vadrouille depuis plus d'un an

Depuis plus d'un an et demi, quatorze éléphants en vadrouille ont ravagé plusieurs hectares de plantations et provoqué la panique des habitants du sud-ouest de la Chine.

Un troupeau d'éléphants a provoqué la panique des habitants en Chine
Un troupeau d'éléphants a provoqué la panique des habitants en Chine
Crédit : DIPTENDU DUTTA / AFP
Romain Giraud & AFP

Calfeutrer les habitants, couper l'électricité, disposer des bananes à l'extérieur du village pour attirer les éléphants et les ramener dans la nature, telle est la routine de la trentaine de zoologues qui traquent depuis des mois un troupeau d'éléphants en vadrouille dans le sud-ouest de la Chine. Les 14 pachydermes ont quitté voilà près d'un an et demi leur réserve tropicale proche de la frontière birmane, cap au nord à travers la province du Yunnan.


Un road trip qui enchante les médias. Le problème, c'est qu'ils ont sur leur passage ravagé d'innombrables hectares de maïs et de canne à sucre et effrayé les habitants des villages qu'ils ont visités. Les experts chargés de la sécurité des habitants ont du travail : les animaux ont la désagréable habitude de se déplacer de nuit, parcourant facilement 30 km d'un coup dans une forêt dense.

De mémoire de zoologue, jamais des éléphants d'Asie en liberté ne s'étaient aventurés aussi au nord, souligne Yang Xiangyu, l'un des responsables de l'équipe de surveillance qui a dû s'improviser cornac du jour au lendemain : "Avant ça, les seuls éléphants qu'on voyait, c'était au zoo ou alors à la télévision", raconte-t-il. La cellule de crise éléphantesque a été formée en catastrophe en mai dernier alors que le troupeau s'approchait dangereusement de Kunming, la capitale provinciale, et de ses 4,5 millions d'habitants.

Quand le troupeau approche d'un village, son arrivée est signalée par haut-parleurs ou au porte-à-porte. Les habitants sont invités à rester chez eux, voire à monter dans les étages si possible, hors de portée des gourmands visiteurs. Le courant est ensuite coupé pour éviter que les animaux protégés ne mettent la trompe dans la prise. Puis des véhicules sont garés derrière eux pour leur couper la retraite et faire en sorte qu'ils passent leur chemin, vers le sud de préférence. Il n'y a plus qu'à prévoir l'étape suivante et à recommencer au prochain village.

Plusieurs raisons pour expliquer cette migration

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Grâce à leur observation 24h sur 24, diffusée sur internet par la télévision nationale, les gardiens peuvent s'extasier devant l'intelligence des animaux. Une éléphante adulte mène le troupeau, mettant toujours les pattes sur le meilleur chemin pour trouver de la nourriture ou un point d'eau. Lorsqu'il faut traverser un cours d'eau, elle repère le point de passage le plus sûr. La boue sert d'écran solaire, de grandes feuilles font office de chapeau de paille. A l'aide de leur trompe, ils arrivent à tourner un robinet, à ouvrir une porte ou à soulever un couvercle de puits. Le troupeau compte trois éléphanteaux, dont deux nés pendant l'odyssée. Les adultes les protègent contre l'adversité, écrasant par exemple des rails de sécurité en bord de route pour que les "petits" puissent les franchir sans se blesser.

Les éléphants, qui peuvent peser quatre tonnes sont aussi extrêmement dangereux, surtout s'ils sentent que leurs petits sont menacés. En mars dernier, deux d'entre eux, qui ont depuis pris le chemin du retour, ont piétiné à mort un villageois, raconte Chen Mingyong, spécialiste du comportement des éléphants à l'Université du Yunnan. Un drame qui ne semble pas avoir été signalé par la presse nationale : "Il faut regarder la réalité en face. L'éléphant d'Asie est une bête sauvage et il faut garder ses distances", ajoute-t-il. Les médias ne peuvent d'ailleurs approcher le troupeau pour raisons de sécurité.

Les spécialistes ne savent pas les vraies raisons qui ont poussé la horde à entreprendre une marche de 700 km à travers le tropique du Cancer. Parmi les explications possibles : un manque de nourriture lié à l'augmentation de la population dans leur réserve de Xishuangbanna (300 têtes contre 200 il y a 40 ans), le changement climatique qui modifierait l'écosystème ou encore une évolution du champ magnétique qui bouleverserait leur système de navigation sophistiqué...

Pour alimenter le mystère, ils ont évolué pratiquement en ligne droite en direction de Kunming avant de brutalement entamer un demi-tour vers le sud. Il leur reste plusieurs centaines de kilomètres à parcourir avant de retourner à leur point de départ. Un quinzième éléphant, qui s'était séparé du groupe, a été endormi début juillet et rapatrié d'office. Avec la chaleur, le reste du troupeau a ralenti sa marche, mais les gardiens supposent que l'automne le fera accélérer plein sud. 

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