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Le sénateur Bernie Sanders salue la représentante américaine Alexandria Ocasio-Cortez le 18 juillet 2026 à Detroit, Michigan.
Crédit : Sarah Rice / Getty Images via AFP
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Donald Trump peut bien se frotter les mains. Alors que les élections de mi-mandat américaines sont généralement perdues par le camp du président en place, l'incertitude guette le scrutin du 3 novembre. Et ce, parce que le Parti démocrate est en train de s'entre-déchirer. Les nombreuses primaires organisées en amont des Midterms pour désigner quels candidats représenteraient leur camp ont viré à l'affrontement ouvert entre l'aile gauche du parti – les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) – et l'establishment plus centriste du parti.
Jusque-là, la doctrine des Démocrates était de prôner l'unité de la gauche face à un Donald Trump outrancier et des candidats républicains tout autant extrémistes. Ce temps est révolu. L'heure est aux règlements de compte en interne. "Ces gens sont vraiment des cons", a lâché début juillet le très respecté James Carville, artisan de la victoire de Bill Clinton à la présidentielle de 1992, aujourd'hui converti en consultant politique du haut de ses 81 ans. Eux, ce sont les candidats situés à la gauche de la gauche du Parti démocrate, généralement qualifiés de "progressistes" ou de "socialistes" outre-Atlantique. "Que veulent ces Démocrates dissidents ? Battre les Républicains ? Non !", s'est emporté Carville, comme le rapporte le HuffPost. "Ils veulent juste s'en prendre aux Démocrates comme s'ils faisaient partie du problème."
Si ce Démocrate de toujours s'emporte ainsi, c'est que les socialistes prennent de plus en plus de place au sein du Parti démocrate. D'abord représentée par les vétérans Bernie Sanders (sénateur du Vermont, d'ailleurs inscrit en tant qu'indépendant au Sénat) et Elizabeth Warren (sénatrice du Massachusetts), de nouveaux visages sont apparus en 2019, avec un discours bien plus radical que les modérés que l'on avait l'habitude de croiser au Capitole. Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota) ou encore Rashida Tlaib (Michigan) ont fait mouche en débarquant au Congrès.
Mais la vague a vite reflué avec l'élection de Joe Biden en 2020. Les Socialistes démocrates d'Amérique ont perdu de la voix. La gauche était simplement soulagée d'en avoir fini avec Trump. Sauf que le lancement de la guerre à Gaza en 2023 a rebattu les cartes. L'aile gauche des Démocrates s'est réveillée, réactivée par les images des bombardements israéliens sur la bande de Gaza et celles des civils tués par milliers. Très critiques de la politique d'Israël, les progressistes ont déploré la mansuétude de Biden vis-à-vis de Benjamin Netanyahu. Le retour de Trump à la Maison Blanche n'a pas aidé à les apaiser. Au contraire.
Alors, depuis plusieurs mois, un phénomène rare est en train de bouleverser la gauche américaine. Des candidats anti-establishment remportent élections et primaires. Ça a été le cas l'année dernière avec l'élection surprise de Zohran Mamdani à la mairie de New York. Dans son sillage, il a permis l'élection de trois de ses alliés lors des primaires new-yorkaises en juin dernier, s'assurant avec quasi-certitude qu'ils entreront au Congrès en fin d'année. Deux élus démocrates de l'aile modérée ont été évincés par des membres du mouvement socialiste. "Il y a un an, ce n’était pas la fin d’un mouvement politique, a clamé Mamdani après les résultats des primaires, en juin. C’était le début."
Le socialiste Zohran Mamdani a remporté la mairie de New York, le 4 novembre 2025
Crédit : ANGELA WEISS / AFP
La vague de gauche radicale ne s'est pas arrêtée là. New York, Colorado, Maine, New Jersey, Californie, Philadelphie... Partout, les progressistes ont fait une percée spectaculaire. Dernière victoire en date : le 5 août, lors des primaires pré-Midterms, les progressistes se sont imposés au Michigan, avec notamment l'élection du très médiatique Abdul El-Sayed qui a éliminé la représentante sortante Haley Stevens à l'issue d'un vote très serré.
Cette nouvelle vague au sein du Parti démocrate pourrait-elle coûter la victoire à la gauche lors du scrutin de novembre ? Ce n'est pas impossible, les positions jugées extrémistes de ces socialistes pouvant faire fuir les électeurs démocrates modérés ainsi que les non-inscrits. La difficulté sera pour eux de s'imposer dans des circonscriptions compétitives, où les Républicains pourraient s'imposer.
"Les démocrates veulent faire croire aux électeurs que les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) sont un problème propre à Los Angeles ou à Brooklyn, confiné aux enclaves urbaines et inoffensif en dehors des grandes villes", analyse Matt Klink, un consultant du Parti républicain, dans les colonnes de Newsweek. "Le problème, c'est que les candidats proches des DSA remportent désormais les primaires dans les circonscriptions non urbaines." Ce qui devrait faciliter la tâche des Républicains, qui agiteront le chiffon socialiste pour faire peur aux électeurs, pense-t-il.
D'où le flottement grandissant au sein du Parti démocrate, qui craint que le Congrès reste à droite, ou bien qu'ils n'obtiennent qu'une courte majorité qui laisserait les élus socialistes mettre la pression sur le reste des Démocrates pour faire avancer leurs idées, comme l'assurance maladie universelle, le désinvestissement dans la police ou la taxation des ultra-riches. "La coopération et les votes d'une poignée de membres des DSA pourraient être cruciaux pour la capacité des démocrates à agir efficacement en tant que majorité – ou non", anticipe le professeur de sciences politiques Charlie Hunt dans The Conversation.
L'establishment démocrate commence donc tout juste à riposter, afin d'éviter de se faire déborder par sa gauche. Le New York Times a révélé jeudi 6 août qu'un groupe centriste du Parti démocrate, appelé Third Way (la Troisième voie), prévoit d'investir 15 millions de dollars (13 millions d'euros) d'ici la prochaine élection présidentielle de 2028 pour discréditer le discours socialiste. "Nous nous préparons à la prochaine guerre qui arrive", a indiqué son président, Jonathan Cowan, reconnaissant avoir déjà perdu la bataille pour les Midterms.
D'autres voix prônent carrément la scission avec l'aile gauche du parti. "Je le dis sans aucune animosité ni rancune : si vous détestez le Parti démocrate, alors, s’il vous plaît, ne vous présentez pas à notre investiture", a dit James Harrison, ancien président du Comité national du Parti démocrate, sur ses réseaux sociaux. "N’utilisez pas nos ressources. Ne comptez pas sur nos bénévoles. N’utilisez pas notre infrastructure. Concentrez-vous sur la construction du parti que vous soutenez réellement." James Carville, l'artisan de la victoire de Bill Clinton, est moins diplomatique et menace carrément de claquer la porte : "Je ne suis pas membre de ce putain de parti politique."
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