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"Notre réseau est vieillissant et confronté à de nouvelles menaces" : la canicule peut-elle provoquer des coupures massives d'électricité ?

Sous l'effet de la canicule, le réseau électrique devient plus vulnérable. Si le risque reste surtout local, la hausse des températures révèle les fragilités des infrastructures vieillissantes et l'urgence de les adapter au changement climatique.

Des lignes haute tension dans l'ouest de la France (image d'illustration)

Crédit : LOIC VENANCE / AFP

Eléonore Aparicio

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Surchauffe sur le réseau électrique ? Plusieurs communes du sud du Finistère ont été privées de courant mardi 23 juin au soir, à la suite d’un incident sur un transformateur du réseau de transport d’électricité. Les équipes de RTE et d’Enedis poursuivent leurs interventions pour rétablir progressivement le courant. Ce mercredi matin, le gestionnaire indiquait qu’environ 68.000 foyers restaient encore privés d’électricité dans le sud-ouest du département.

"L’origine de l’incident est accidentelle et liée aux fortes chaleurs actuellement observées", a précisé la préfecture du Finistère dans un communiqué. Il y a deux jours, Hervé Champennois, directeur technique d'Enedis, l'un des gestionnaires du réseau, prévenait que des "pannes", des "défauts", voire des "coupures d'électricité" pouvaient survenir pendant cet épisode de canicule qui touche 90% de la population française hexagonale. 

Pour le moment, aucune panne majeure n'est à craindre sur le territoire. "On ne voit pas spécialement plus de coupures électriques que d'habitude", relativise Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting, interrogé par RTL.fr. "Le risque est essentiellement local, pas national. Il y a une vulnérabilité qui est augmentée, mais pour l'instant, pas de catastrophe."

Un réseau confronté à des menaces inédites

Comme d'autres événements météorologiques, les fortes chaleurs fragilisent directement les infrastructures électriques. "Le réseau électrique, que ce soit le réseau de transport ou de distribution, a des vulnérabilités", explique Nicolas Goldberg. "Il y a des vulnérabilités aux tempêtes, aux intempéries et évidemment aux canicules puisque les réseaux chauffent plus."

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Sous l'effet de la chaleur, les lignes électriques aériennes se dilatent naturellement. Les câbles métalliques s'allongent légèrement et peuvent s'affaisser entre les pylônes, et donc se rapprocher du sol ou de la végétation. "Il faut les couper pour éviter que ce soit dangereux", précise l'expert. 

Les réseaux enterrés ne sont pas non plus épargnés. La chaleur peut dégrader l'isolant qui entoure les câbles électriques. Si cette protection cède, le courant provoque un défaut électrique, entraînant l'arrêt automatique de la ligne et, dans certains cas, une coupure de courant localisée : c'est ce que les spécialistes appellent un "claquage". "On peut avoir jusqu'à 80°C en sous-sol", soulignait lundi le directeur technique d'Enedis. 

Un plan d'investissement sur l'électrique

Pour Nicolas Goldberg, cette situation révèle surtout une évolution du climat à laquelle le réseau n'avait pas été préparé. "Il y a un réseau vieillissant qui est confronté à de nouvelles menaces auxquelles il n'était pas confronté avant". Il cite les canicules, mais aussi "les tempêtes, les vents plus violents ou encore les risques de submersion" qui concernent désormais certains postes électriques.

"C'est pour ça qu'il y a besoin d'un grand plan d'investissement dans les réseaux électriques, à la fois pour les renouveler et les adapter au réchauffement climatique", poursuit-il. 

Enedis - en charge de la distribution d'électricité aux usagers - prévoit ainsi d'investir 96 milliards d'euros entre 2022 et 2040, tandis que RTE - chargé du transport de l'électricité sur de longues distances - table sur près de 100 milliards d'euros d'ici à 2040 pour moderniser les lignes à haute tension, renforcer les infrastructures vieillissantes et adapter le réseau aux effets du changement climatique. Selon l'expert énergie chez Colombus Consulting, ces investissements répondent justement à cet enjeu d'adaptation.

Apprendre à s'adapter

Mais pour Nicolas Goldberg, renforcer les lignes électriques ne suffira pas. Car la chaleur agit aussi sur la demande d'électricité : depuis quelques jours, la consommation nationale augmente fortement avec la mise en route des climatiseurs. "Il y a deux semaines, on consommait 10 à 12 gigawatts de moins", précise Nicolas Goldberg. 

À date, cependant, l'approvisionnement électrique n'est pas menacé : "La France a largement de quoi subvenir à ses besoins électriques. On est très loin des pointes hivernales qui atteignent environ 90 gigawatts. Aujourd'hui, on est autour de 60 gigawatts."

Cependant, "la consommation électrique va augmenter", prévient l'expert. En raison de la climatisation, mais pas seulement : Nicolas Goldberg liste entre autres le développement des véhicules électriques, des pompes à chaleur, de l'intelligence artificielle et de l'électrification de l'industrie. "Nous allons avoir de nouveaux besoins", résume-t-il. D'où la nécessité, selon lui, de poursuivre les investissements afin d'adapter les infrastructures au changement climatique - et par exemple "les bâtiments, les toitures, l'ombrage et la végétalisation des villes".

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