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Mort de Michel Rocard : pourquoi la France n'arrive plus à réformer

ÉDITO - Tout le monde salue aujourd'hui la capacité à réformer de Michel Rocard. Ce qui nous ramène à la France des années 80. Presque un autre pays !

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Mort de Michel Rocard : pourquoi la France n'arrive plus à réformer Crédit Image : Damien Rigondeaud | Crédit Média : RTL.fr | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

En réalité, Rocard termine une décennie de réformes comme la France en a peu connu, de 1983 à 1992. Il faut retenir de son passage à Matignon trois actes économiques importants. La création de la CSG tout d’abord, cet impôt qui frappait tous les revenus, ceux du travail, ceux de l’inactivité comme les pensions de retraite et les revenus du capital. C’est la "flat tax" à la française, avec un taux unique s’appliquant sur une large base, et prélevé à  la source. Le second, c’est le revenu minimum d’insertion (RMI), qui a été une création à la fois nécessaire et moins heureuse. Moins heureuse, parce que le RMI n’a jamais été un outil d’insertion, il est devenu un revenu de substitution, malgré les réformes incessantes qu’il a connues depuis, pour devenir le RSA socle aujourd'hui. Le troisième acte, c’est le livre Blanc sur les retraites, qui ne décide rien mais identifie les problèmes et prépare la réforme à venir.

Rarement la France s’est autant transformée que durant les années 1980, mais plutôt avant Rocard. Ce qui est frappant, c’est que c’est le fait de gouvernements de gauche comme de droite. Tout commence avec le tournant de 1983, conduit par Jacques Delors et Pierre Mauroy, où la France rompt avec la désastreuse relance, et où l’on supprime l’indexation des salaires sur les prix, une mécanique qui alimentait l’inflation. C'est une réforme très difficile, qui fait chuter le pouvoir d’achat des Français, mais qui prépare la renaissance de la fin des années 1980.
Peu après, en 1984, c’est Laurent Fabius, à Matignon, qui restructure la sidérurgie, et interrompt ainsi des années d’hémorragies financière et de soutien public, ou encore le groupe Boussac, dans le textile. On imagine mal de tels dossiers industriels aujourd'hui, où un gouvernement se divise pour fermer Florange.

À l'époque, on avait encore l’espoir de retrouver une longue période de croissance

François Lenglet
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Ces réformes ont été poursuivies par la droite. En 1986 c’est Chirac qui arrive à Matignon, et réforme par ordonnance : une rafale de privatisation, une baisse des impôts et la suppression de l’autorisation administrative de licenciement. À l’époque, il fallait en effet le feu vert de la Direction du travail pour licencier. Au vu des difficultés de la loi El Khomri, une telle réforme serait aujourd'hui impensable. Rocard arrive ensuite, dans un climat idéologique apaisé, après une double alternance, et avec une conjoncture économique éblouissante, l’une des deux périodes de croissance les plus fortes depuis les Trente Glorieuses.

Pourquoi ces réformes d’hier ne sont-elles plus possibles aujourd'hui, dans un pays qui semble bloqué ? Il y a plusieurs raisons. D'abord, on avait encore l’espoir de retrouver une longue période de croissance à l’époque. Les efforts était donc non pas plus faciles, loin s’en faut, mais moins durables, c’est au moins le sentiment qu’on avait. Il y avait encore l’illusion que la crise allait s’en aller. Ensuite, tout cela était fait au nom d’un projet auquel nous croyions, l’Europe. La construction européenne a été l’aiguillon du changement pour la France.

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Enfin, on pouvait dévaluer le franc parallèlement, pour stimuler la croissance par la demande extérieure, ce qu’on a fait abondamment dans les années 1980. La dévaluation du franc a été l’huile du moteur social et économique français. Aujourd'hui, ce n’est plus possible à cause de l’euro. Plus de dévaluation, plus d’objectif européen et un sentiment que la crise est non pas temporaire, mais éternelle : c’est beaucoup, beaucoup plus difficile de réformer aujourd'hui.

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