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"Mon plein passe de 80 à 90 euros" : comment la guerre au Moyen-Orient entraîne la flambée du prix des carburants en France ?

La flambée des cours du pétrole liée à la guerre impliquant l’Iran d'un côté et les Etats-Unis et Israël de l'autre se répercute déjà en France. En une semaine, certains carburants ont augmenté d’environ 10 centimes. Alors que les automobilistes commencent à sentir l’impact à la pompe, le gouvernement annonce des contrôles dans les stations-service.

Des pompes à essence dans une station service (illustration)

Clara Echarri

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La guerre au Moyen-Orient continue de faire bondir le prix de l'essence. Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 mars, le prix du baril de pétrole a dépassé les 110 dollars, au dixième jour de l’offensive impliquant l’Iran.

Cette envolée inquiète les marchés mondiaux et pourrait rapidement peser sur le budget des automobilistes. Le président américain Donald Trump a estimé que cette hausse représentait "un petit prix à payer pour la sécurité du monde et du Moyen-Orient", tout en assurant que les cours redescendraient à la fin du conflit. Et les conséquences commencent déjà à se faire sentir dans les stations-service françaises.

Selon les calculs du gouvernement réalisés vendredi 6 mars, le litre de sans-plomb 95-E10 a augmenté d’environ 10 centimes en moyenne en une semaine. Sur certaines aires d’autoroute, le litre de sans-plomb 98 atteint déjà les deux euros.

Un plein à 95 euros : les automobilistes indignés

Près de Bordeaux, les automobilistes constatent cette hausse. Fabrice, commercial, explique au micro de RTL que le coût de son plein augmente sensiblement. "D’habitude, je suis à peu près à 80-85 euros. Avec les tarifs actuels, on serait plutôt aux alentours de 90-95". Une situation qu’il juge préoccupante : "Parce que ça commence avec l’essence, et ensuite ça va avec le gaz, l’énergie en général… Il faut faire attention quand même."

Même constat pour Janna, habituée à faire de petits pleins. "Généralement, je mets toujours 30 euros parce que ma voiture consomme peu. Mais ces derniers temps, 30 euros ce n’est plus suffisant du tout, je suis obligée de mettre toujours plus."

Pour tenter de limiter la facture, certains automobilistes surveillent désormais les prix sur leur téléphone avant de choisir une station. "Les applications comme Gasoil Now fonctionnent bien : ça donne tous les tarifs et on compare pour économiser un peu d’argent", explique un conducteur au micro de RTL.

Une nouvelle réunion avec les distributeurs en fin de semaine annoncée par la ministre de l'Energie

Face à ces hausses, le gouvernement promet une surveillance renforcée. Le Premier ministre a annoncé 500 contrôles dans les stations-service afin de détecter d’éventuelles augmentations abusives. Dans la même lignée, Maud Bregeon, invitée de RTL ce lundi 9 mars, annonce une nouvelle réunion avec les distributeurs en fin de semaine.

Ces inspections, menées par la répression des fraudes, représentent environ trois jours d’opérations renforcées. Mais pour certains experts, ces contrôles relèvent surtout d’un signal politique. "Le gouvernement connaît déjà les prix, ces contrôles c’est de la communication", estime l’économiste de l’énergie Thierry Bros, professeur à Sciences Po.

Des hausses appelées à durer

Selon Thierry Bros, la hausse à la pompe n’est pas seulement liée à des pratiques commerciales. Elle est désormais directement connectée au conflit au Moyen-Orient. "Il y a eu un peu d’abus, mais maintenant la hausse va être liée à la guerre. Le prix du baril s’est envolé ce matin et cela va continuer à se répercuter sur le prix à la pompe. En plus, nous sommes dépendants du Moyen-Orient pour nos produits pétroliers, donc on va continuer à avoir de fortes augmentations."

En théorie, les carburants vendus aujourd’hui ont été raffinés à partir de pétrole acheté plusieurs semaines plus tôt. "Commercialement, le prix devrait encore être lié aux cours d’il y a quelques semaines. C’est pour cela qu’on peut penser que certains ont augmenté leurs prix avant les répercussions réelles", explique-t-il.

Les stocks stratégiques d'essence pourraient être mobilisés

La France dispose aussi de stocks stratégiques équivalents à 90 jours nets d’importations. Mais pour l’instant, ils n’ont pas été utilisés. Les distributeurs puisent plutôt dans leurs stocks commerciaux, destinés à être renouvelés régulièrement. Une réunion de l’Agence internationale de l’énergie pourrait toutefois être organisée rapidement pour décider de libérer une partie des réserves mondiales, juge l'expert.

Mais même cette mesure pourrait ne pas suffire. Une grande partie du pétrole mondial transite par le stratégique détroit d’Ormuz, par lequel passent environ 20% du pétrole mondial, soit près de 20 millions de barils par jour. "On peut imaginer que les stocks stratégiques permettent d’injecter environ 4 millions de barils par jour sur le marché. Mais cela ne compensera pas totalement les flux du détroit d’Ormuz. Il manquerait encore environ 10 millions de barils", prévient Thierry Bros.

Pour l’expert, la situation est claire : "Nous sommes dans une crise énergétique, gazière et pétrolière, c’est certain."

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