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Guerre en Iran : que sont les réserves stratégiques de pétrole que la France envisage de mobiliser pour freiner l'envolée des prix du carburant ?

L'Agence internationale de l'énergie impose à ses membres de détenir en permanence des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d'importations nettes de pétrole, afin d'amortir des chocs comme un conflit au Moyen-Orient. Par le passé, Paris a déjà puisé deux fois dans ses réserves stratégiques.

Une pompe à essence (illustration)

Crédit : AFP / Philippe Huguen

"Les prix à la pompe suivent les cotations des essences et des produits finis à Rotterdam", explique Blandine Ruty, porte-parole de l'Ufip

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Juliette Vignaud & AFP

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Les cours du pétrole s'envolent. Le baril a brièvement bondi de plus de 30% ce lundi 9 mars, à près de 120 dollars, une première depuis 2022, au dixième jour de la guerre au Moyen-Orient, après le blocage du détroit d'Ormuz. 

Face à l'envolée des prix, source d'inquiétude majeure pour l'économie mondiale, les pays du G7 envisagent parmi les "options" possibles de puiser dans leurs réserves stratégiques, a déclaré Emmanuel Macron à des journalistes dans l'avion qui le conduisait à Chypre. 

Les pays du G7 "s'orientent" vers un recours à leurs réserves stratégiques de pétrole afin d'atténuer la flambée des prix du but provoquée par la guerre au Moyen-Orient, a déclaré lundi le président français. "Les pays du G7 ont en effet des réserves stratégiques. Elles sont faites pour ça, pour piloter les choses dans les moments de tension", a-t-il dit lors d'un déplacement à bord du porte-avions français Charles de Gaulle, en Méditerranée orientale.

"Donc, il faudra le faire avec les éléments objectifs qui nous seront donnés par l'Agence internationale de l'énergie et en étant coordonnés. Mais je pense qu'on s'oriente en tout cas vers des mesures techniques de cet ordre", a-t-il ajouté.

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Les ministres des Finances du G7 sont "prêts" à puiser si besoin dans les réserves stratégiques de pétrole, mais n'ont pas encore décidé d'y recourir, a annoncé lundi le gouvernement français, qui préside cette année ce forum réunissant les Etats-Unis, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie, le Japon et le Canada.

Une réunion des ministres de l'Energie du G7 est prévue mardi à Paris en marge d'un sommet sur le nucléaire civil. Et Emmanuel Macron a aussi évoqué une "coordination" des chefs d'Etat et de gouvernement des sept pays sur ces sujets énergétiques.

Des stocks équivalents à 90 jours d'importation nettes

Les stocks stratégiques dépendent de l'AIE, l'Agence internationale de l'énergie, organisation que la France a intégrée en 1992. L'AIE a été créée en 1974 en réponse aux perturbations mondiales du choc pétrolier, après celui du 1973. Elle impose à sa trentaine de pays membres de détenir en permanence des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d'importations nettes de pétrole, afin d'amortir des chocs comme un conflit au Moyen-Orient qui viendrait à durer. 

"Tous les États membres doivent disposer de stocks d'urgence pour 90 jours. (...) Les États membres devront informer la Commission lorsqu'ils libèrent ces stocks. À notre connaissance, aucun État membre ne l'a fait pour l'instant", a indiqué une porte-parole à l'Agence France-Presse (AFP). "Cela peut inclure des stocks détenus exclusivement pour les situations d’urgence et des stocks détenus à des fins commerciales (sous forme de pétrole brut et de produits raffinés), ainsi que des stocks détenus dans d’autres pays en vertu d’accords bilatéraux", précise l'AIE sur son site Internet.

Les 32 pays membres de l’AIE détiendraient plus de 1,24 milliard de barils de stocks publics, en plus d'environ 600 millions de barils de stocks industriels, selon un document confidentiel de l’AIE consulté par le Financial Times.

Des déblocages à cinq reprises

En France, c'est la Société anonyme des stocks de sécurité (Sagess) qui gère les stocks depuis 1988, et selon Bercy, elle détient 118 jours d'importations nettes, soit environ 16 à 18 millions de de tonnes d'hydrocarbures. Par le passé, Paris a déjà puisé deux fois dans ses réserves stratégiques : en 2016, lors du blocage des raffineries pendant les manifestations contre la loi travail, puis en mars 2022, au début de la guerre en Ukraine

En général, "la décision de piocher dans les réserves stratégiques est prise, non pas pour faire baisser les prix, mais en cas de rupture d'approvisionnement grave. On n'est pas dans une situation de pénurie à date en France", explique Blandine Ruty, porte-parole de l'Union française des industries pétrolières, invitée de RTL Midi. 

Ainsi, le seul moyen pour avoir une incidence sur les prix est que la décision soit collective au niveau du G7. Cela s'est déjà produit à cinq reprises : en amont de la guerre du Golfe en 1991, après que les dégâts causés par les ouragans Katrina et Rita dans le golfe du Mexique en 2005, lors de la guerre civile libyenne en 2011, et à deux reprises pendant la guerre en Ukraine (mars et avril 2022).

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