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Trêve hivernale : reprise des expulsions mercredi

À partir du 1er avril, "des milliers de personnes" pourront se retrouver à la rue avec la fin de la trève hivernale. Une situation angoissante pour de nombreuses familles.

La police devant un bâtiment de la société Axa, en cours d'expulsion, à Paris, le 18 février 2011 (archives).
La police devant un bâtiment de la société Axa, en cours d'expulsion, à Paris, le 18 février 2011 (archives).
Crédit : BERTRAND LANGLOIS / AFP
La rédaction numérique de RTL & AFP

Francine, Irène et François ne se connaissent pas mais ont en commun la même angoisse : être expulsés de leur domicile à partir du 1er avril, date de la fin de la trêve hivernale, qui va replonger dans l'incertitude des milliers de familles.

La trêve hivernale des expulsions, obtenue par l'Abbé Pierre après l'hiver 54, a démarré le 1er novembre. Elle a protégé pendant l'hiver les plus démunis, empêchant l'intervention de la force publique jusqu'au 31 mars à minuit. 

"Des milliers de personnes" vont se retrouver à la rue, disent les associations, car au même moment, les 8.000 places d'hébergement d'urgence ouvertes durant l'hiver pour les sans-abri vont progressivement fermer.

On n'a jamais connu autant de jugements d'expulsion, ni autant de personnes sans abri

Jean-Baptiste Eyraud, association Droit au logement

Samedi, des centaines de personnes ont manifesté dans plusieurs villes contre cette situation.  "On n'a jamais connu autant de jugements d'expulsion, ni autant de personnes sans abri", déplore Jean-Baptiste Eyraud de l'association Droit au logement. 126.000 jugements d'expulsion ont été rendus en 2013, et 140.000 SDF recensés. 

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Pour Marion Lagaillarde, du Syndicat de la magistrature, seule "une part infime" de locataires menacés d'expulsion sont "indélicats". Ce sont "des gens qui ont un accident de vie". "Un simple frigo en rade, une maladie, ça fait un trou dans le paiement du loyer, impossible à rattraper", explique cette juge d'instance.

Le rôle de l'État

"Il n'y a pas de volonté politique de prévention des expulsions", regrette Benoit Fillippi, du Réseau Stop aux expulsions (Résel). Il rappelle que selon une circulaire de 2012, les préfets doivent informer les personnes menacées d'expulsion qu'elles peuvent recourir au droit au logement opposable (dalo), qui oblige l'État à trouver un logement social aux familles en difficulté. Mais "pas une seule lettre d'information" n'a été faite en Île-de-France, dénonce-t-il, estimant toutes ces expulsions "illégales". 

La Fondation Abbé Pierre souligne que sur l'ensemble des jugements d'expulsion, 12.760 ont abouti à une expulsion par la force publique, sans compter "les dizaines de milliers de familles" qui anticipent l'intervention policière et quittent leur logement d'elles-mêmes, en catimini ou sous la pression des propriétaires.

Cela coûte plus cher à l'État d'expulser que de maintenir une famille dans son logement

Jean-Marie Bonnemayre, du Cnafal

"Les expulsions c'est un drame humain", insiste Jean-Marie Bonnemayre, du Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal). Pourtant, avec les conséquences sociales et psychologiques (placement des enfants, etc.), cela coûte plus cher à l'État d'expulser que de maintenir une famille dans son logement, assure-t-il.    

Manque de logements sociaux

François, 57 ans, est expulsable à partir du 17 avril de son petit appartement parisien qu'il loue 305 euros par mois. Mais depuis 2012, le bailleur social a triplé les charges mensuelles, qui atteignent 92 euros. "Je suis au RSA, c'est impossible de payer".

À Maison-Alfort, Francine, qui vit avec son mari et ses trois enfants dans 51 m2, est expulsable depuis que son propriétaire a décidé de vendre son appartement. Cette mère de 38 ans demande en vain un logement social. "Dans le privé ils demandent trois fois le loyer que je paye actuellement, 1.150 euros. Avec mon mari, on gagne 2.500 euros, c'est impossible", se désole-t-elle, "inquiète" de voir arriver "l'huissier et la police".

Je pense m'installer dans un box

Concierge menacée d'expulsion

C'est ce que subit Irène, gardienne d'immeuble menacée d'expulsion de la loge qu'elle occupe depuis 2005. Pour l'obliger à partir, ils lui "ont retiré la porte de la loge, la boîte aux lettres et la porte de la cave". "Je pense m'installer dans un box" de cave, dit-elle.

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