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"Souviens-toi du vase de Soissons" : comment les manuels scolaires ont façonné l’histoire et le roman national

À l’heure de la rentrée scolaire, la question des manuels revient avec son lot de débats politiques et pédagogiques. Dans son analyse, Virginie Girod remonte à l’Antiquité puis à la Troisième République pour montrer comment l’école et les livres scolaires transmettent bien plus qu’un savoir : une culture commune, une vision de l’histoire et une certaine idée de la nation.

Des livres empilés (photo d'illustration).

Crédit : MORITZ320 / PIXABAY

Virginie Girod - édité par La rédaction numérique de RTL

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Dans l’Antiquité, on ne se pose pas les mêmes questions qu’aujourd’hui sur les manuels scolaires. À Rome, l’école n’est ni gratuite ni obligatoire. Et pourtant, beaucoup d’enfants, filles et garçons, vont à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans. Ils fréquentent les cours du pédagogue, souvent installés sous les colonnes du forum.

Leur manuel d’apprentissage de la lecture, c’est L’Iliade et L’Odyssée. Le niveau de référence n’a évidemment rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Les élèves acquièrent aussi une culture commune à toute la Méditerranée antique. Les garçons y apprennent le sens de l’honneur. Les femmes, elles, découvrent qu’elles peuvent être très influentes.

Pour l’écriture, l’archéologie a retrouvé de nombreux tessons de poterie sur lesquels les enfants gravaient des abécédaires. À Rome, quand on casse de la vaisselle, on en fait des cahiers d’écoliers.

Un manuel pour fabriquer des citoyens

Sous la Troisième République, le manuel scolaire prend une autre dimension. Les lois de Jules Ferry de 1881 et 1882 rendent l’école gratuite, laïque et obligatoire. L’objectif est clair : fabriquer de petits citoyens français partageant les mêmes références.

Un manuel s’impose alors en 1884 : celui d’Ernest Lavisse, surnommé l’instituteur national. C’est lui qui donne corps à ce roman national où l’histoire flirte avec la légende. Quand il écrit : "Souviens-toi du vase de Soissons", cela signifie en réalité : "Souviens-toi que tu es français."

Le message est aussi politique. Il faut former un petit Français républicain. Louis XIV n’y est pas très bien traité : il est décrit comme un homme qui "se croyait au-dessus de tous les autres". Louis XVI apparaît comme un gentil garçon, mais un peu bébête.

Le manuel scolaire, un objet politique assumé

Lavisse assume pleinement cette dimension politique. Il le dit lui-même : "Qui donc enseigne en France ce qu’est la patrie française ? Ce n’est pas la famille, (...) c’est l’école. " À l’époque, cela ne choque pas vraiment. Nous sommes après la défaite contre la Prusse en 1870. L’esprit de revanche domine, il faut se sentir français. L’Alsace et la Moselle ont été perdues, et l’idée de les récupérer s’impose dans les esprits.

On pourrait se demander si les catholiques sont gênés par ce catéchisme républicain. En réalité, pas tant que cela. Car ce récit glorifie aussi le passé catholique de la France. Un manuel scolaire, même s'il fait consensus, est toujours politique.

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