4 min de lecture Jihad

Salim Benghalem, un délinquant sans envergure devenu l'un des jihadistes français les plus dangereux

PORTRAIT - Geôlier et sans doute bourreau de Daesh, le Français aurait été une cible d'un bombardement français en Syrie.

Des membres de l'État islamique (photo d'illustration).
Des membres de l'État islamique (photo d'illustration). Crédit : TAUSEEF MUSTAFA / AFP
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et AFP

Qui pouvait prévoir que Salim Benghalem, petit délinquant de Cachan, serait considéré aujourd'hui comme l'un des plus dangereux parmi les jihadistes français partis en Syrie et en Irak ? Geôlier et sans doute bourreau de Daesh, Benghalem a été selon Le Monde une cible d'un bombardement français à Raqqa, en Syrie le 8 octobre. Une information que la Défense n'a pas commenté.

Jugé en 2007 devant les assises du Val-de-Marne, alors qu'il était âgé de 26 ans, pour un assassinat dans un règlement de comptes entre cités en 2001, il se repent de sa "totale erreur", . En détention, il se conduit bien; sa contrition convainc. L'avocat général réclame 18 ans de réclusion, il en prend onze. 

Radicalisé en prison

Mais la prison a changé ce dragueur, consommateur de "shit". Selon un proche du dossier, elle l'a placé sur le chemin d'islamistes violents, comme Mohammed El Ayouni, pilier de la filière des Buttes-Chaumont, groupe radical du nord parisien. El Ayouni est une "figure", auréolé de son "jihad" en Irak où il a perdu un œil et un bras en 2004. Benghalem se marie religieusement en janvier 2010 avec une femme qui lui a été présentée, et à sa sortie, fréquente le groupe des Buttes-Chaumont, y rencontre les futurs assassins de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly

Désormais "client" identifié de l'antiterrorisme, il est interpellé en septembre 2010 pour le projet avorté d'évasion d'un auteur des attentats de 1995, Smaïn Aït Ali-Belkacem. Coulibaly et Chérif Kouachi sont condamnés. Benghalem s'en tire avec une garde à vue.

Le Yémen, un tournant

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En juillet 2011, il est avec l'un des Kouachi dans un avion pour Oman, porte d'entrée pour le Yémen. Il n'a pas prévenu ses proches. Après trois semaines, Benghalem revient. Ce court séjour semble un tournant. Il raconte à son entourage avoir payé un bédouin pour traverser le désert jusqu'au Yémen. Une "tribu de jihadistes" l'aurait formé aux armes, selon la déposition d'une proche dont l'AFP a eu connaissance.

Il croise sans doute un gros poisson du radicalisme islamiste français, Peter Chérif, et raconte avoir rencontré des responsables d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), dont Anwar al-Awlaki, un Américain d'origine yéménite tué peu après par un drone américain. Un haut responsable de la nébuleuse islamiste que Chérif Kouachi évoquera aussi en janvier dans une interview donnée avant d'être abattu.

À en croire les confessions d'un proche aux policiers, Benghalem aurait raconté avoir reçu pour mission "de commettre un attentat en France contre des Américains". Il aurait renoncé, entretenant "un doute sur le bien-fondé" d'une telle action. 

Départ en Syrie

Ses envies d'"hijra", d'émigration en terre d'islam, s'ancrent. En décembre 2012, il part en Tunisie, impose le niqab à sa femme, mais ne trouve pas de travail et rentre. Selon un proche du dossier, il y tisse des liens avec des Tunisiens qu'il retrouvera en Syrie. Une destination naturelle pour un islamiste radical français. Benghalem y part mi-2013, brièvement rejoint par son épouse et leurs deux enfants. "Il y avait plein d'armes dans la maison, elles étaient en hauteur à cause des enfants et la plupart n'étaient pas chargées", a raconté à son retour la jeune femme aux policiers. 

Celui qui se fait appeler "Abou Mohamed" reste en contact avec la France par Skype et Viber, raconte les combats, les rivalités entre jihadistes, affiche son souhait de "mourir en martyr". En novembre 2013, selon le récit de son épouse, il est blessé par balle à une jambe. Mais il guérit. Un proche du dossier décrit un homme endurci, "insensible".

Exécuteur de Daesh

 Il travaillait dans une prison et il participait aux interrogatoires", notamment de soldats de Bachar al-Assad mais aussi de personnes ayant commis des infractions au regard des règles de l'État islamique "car il fait partie de la police islamique", explique en audition un membre de son entourage. Benghalem concède que des jihadistes peuvent être exécutés pour "quelque chose qui selon le Coran méritait la peine de mort", selon ce témoignage. Des femmes aussi, accusées de cacher des puces électroniques pour guider les frappes.

Comme l'a révélé Le Monde, il a été avec Mehdi Nemmouche, le tireur du musée juif de Bruxelles, un des geôliers des quatre journalistes français libérés en avril 2014 après dix mois de détention. En le plaçant en septembre 2014 sur leur liste noire, les Américains n'ont exprimé aucun doute : loin d'être chargé de verbaliser des infractions mineures comme l'affirmaient récemment certains proches à Cachan, Benghalem "effectue des exécutions pour le compte" de l'EI.

Plus de doutes

Ses doutes sur le bien-fondé d'actes terroristes, ont disparu. Un proche décrit aux enquêteurs comment il se compare à Mohamed Merah : délinquance, prison, radicalisation. Il lui explique que les attentats à la bombe ne sont "plus trop d'actualité", que ce sont "les tueries en série qui sont préconisées" désormais. Le 9 février, dans une vidéo de propagande tournée par le Britannique John Cantlie, journaliste otage de Daesh, il exprime sa joie après les tueries de Paris, invoque Merah, appelle ses "frères" à des actions similaires.

Ce quatrième d'une fratrie de sept enfants, n'est plus le "gringalet", "très taquin", décrit par ses amis de Cachan. Benghalem est devenu un nom qui compte parmi les quelque 850 jihadistes français. Au même titre que Cherif, El Ayouni, Mourad Farès -incarcéré après avoir fui la Syrie-, Oumar Diaby ou David Drugeon -sans doute tués.

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