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Saint-Dizier, une ville moyenne qui vit dans l'isolement absolu des uns et des autres

LES FRACTURES FRANÇAISES (3/5) - Malgré la proximité géographique, les quartiers de la commune de Haute-Marne (25.000 habitants) sont très délimités. Bref, on s'ignore.

Une vue aérienne de Saint-Dizier
Une vue aérienne de Saint-Dizier
Crédit : ville-saintdizier.fr
Saint-Dizier, une ville moyenne qui vit dans l'isolement absolu des uns et des autres
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Brice Dugénie & Loïc Farge

Direction le quartier du Vert-Bois. De hauts immeubles plutôt vétustes sont posés sur une colline, à quelques centaines de mètres du centre ville de Saint-Dizier. Au fil des années, il y a eu des fermetures d'usines. Le taux de chômage a augmenté. Le quartier s'est dégradé. Un décalage s'est crée entre le vert bois et le reste de la ville.

"Il y a une frontière invisible", explique Yacin Simsek, qui vit là depuis dix-sept ans. La frontière dont il parle, c'est l'ancienne Nationale 4. Elle passe au pied du quartier. Pendant longtemps, cette route, perchée sur une butte de quatre mètres, séparait physiquement le vert-bois du reste de la ville.

"Pas dans le même monde"

Cette barrière difficile à franchir a été détruite par la municipalité, il y a plus de dix ans. La nationale est devenue une avenue, facile à traverser. Malgré cette ouverture, Patrick, qui vit dans le quartier depuis quarante ans, se sent toujours très loin du centre-ville et de ses habitants.

"Le seul problème, c'est qu'on n'est pas dans le même monde. C'est très rare que l'on voit les gens du centre-ville. Quand ils viennent ici, c'est parce qu'ils sont obligés. Le Vert-Bois est mal vu", explique-t-il. "On peut s'entendre, mais à condition qu'on nous fasse confiance, c'est tout", ajoute-t-il.

Il n'y a plus cette espèce de mur de Berlin qui séparait les deux villes

François Cornut-Gentille, maire de Saint-Dizier
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François Cornut-Gentille, le maire de la ville, le sait très bien. Changer les mentalités, cela prend plus de temps qu'abattre des murs et des tours. "Le quartier est vraiment partie intégrante physiquement de la ville. Il n'y a plus cette espèce de mur de Berlin qui séparait les deux villes", dit-il. 

L'édile reconnaît "un décalage important entre le moment où les choses changent physiquement et celui où les choses sont intégrées mentalement et socialement". Il ajoute que ce "ghetto mental" est "le pire handicap des quartiers".

Il poursuit : "On peut agir concrètement. Mais on n'aura rien fait tant que les gens auront dans leur tête qu'ils sont dans un quartier à part".

Une vision parfois datée du quartier

Cette barrière psychologique est à double sens. Il faut aussi que les habitants des autres zones, plus chics, acceptent de revoir leur vision parfois datée de la cité du Vert-Bois qui représente quand même plus du tiers de la population. C'est ce qu'a fait Fanny. Cette professeur de tennis de 25 ans est née à Saint-Dizier, n'a jamais vécu au Vert-Bois.

Aujourd'hui, elle y enseigne le tennis. Elle a changé d'avis sur un quartier qu'elle ne connaissait pas. "Ça peut être un quartier qui peut faire peur, dans le sens où on a l'impression que c'est là où il se passe des choses mauvaises par rapport à la ville de Saint-Dizier", raconte-t-elle. "J'avais peut-être un peu cette opinion-là avant de rencontrer les gens, mais cela se passe super bien", reconnaît-elle.

Ce rapprochement est encore plus difficile dans le contexte des attentats, qui a crispé les habitants sur les questions politiques et religieuses.

Une semaine pour comprendre les fractures françaises

Toute cette semaine, RTL propose une série de reportages pour faire un état des lieux des clivages qui existent au sein de la société française et qui ont éclaté au grand jour après les attentats contre Charlie Hebdo et la supérette casher de la porte de Vincennes.

La France aujourd'hui s'interroge douloureusement : comment trois enfants de la République ont-ils pu prendre les armes contre leurs propres compatriotes ?
RTL a choisi d'écouter et de donner la parole aux Français pour décrypter les fractures qui divisent notre pays et font craindre pour sa cohésion : crispations identitaires, chômage, échec scolaire, ghettoïsation ethnique et religieuse.

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