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Ryanair : "Certains préfèrent travailler tout en étant malades", confie un steward

Rythme épuisant, pression de la direction, ambiance délétère... "Libération" a recueilli la parole des hôtesses de l'air, stewards et pilotes de Ryanair à bout de nerfs.

Un avion de la compagnie Ryanair (illustration)
Un avion de la compagnie Ryanair (illustration) Crédit : AFP PHOTO/ ANP / LEX VAN LIESHOUT
Eleanor Douet
Eléanor Douet

La crise est toujours ouverte chez Ryanair. Le week-end dernier, les pilotes ont refusé une hausse de salaire annuel de 22.000 euros proposée par la direction. Signe du fossé qui sépare désormais la compagnie de ses stewards, pilotes et hôtesses de l'air. Ces derniers sont, depuis des mois, à bout de nerfs, usés par des conditions de travail déplorables et une pression accrue de la part de la direction. Les stewards et les hôtesses envisagent même de créer des sections syndicales, une première dans l'entreprise, et ce alors que le PDG Michael O’Leary y est farouchement opposé.

Si leur contrat leur interdit d'entrer en contact avec les médias, les salariés de la compagnie low-cost irlandaise se confient, sous couvert d'anonymat. Libération publie une longue enquête sur les dessous de cette crise interne, lundi 23 octobre.

Une crise qui touche une compagnie "devenue, en vingt ans, la plus rentable d’Europe", rappelle le quotidien. Même si Ryanair a dégagé 1,3 milliard d'euros de bénéfice pour 6,6 milliards de chiffre d'affaires en 2016, le climat social est bien loin de suivre ces résultats positifs.

Si il y a un problème technique, le temps passé à attendre dans l’avion n’est pas comptabilisé

Un steward à "Libération"
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"Une journée classique commence par un réveil à 4 heures. Je dois être à l’aéroport à 5h35 pour le briefing d’avant vol", explique un steward. "Nous sommes opérationnels à 6 heures et nous avons alors 25 minutes pour embarquer 189 passagers. Les moteurs commencent à tourner à 6h30 et c’est à partir de ce moment seulement, que nous commençons à être payés. Et si jamais il y a un problème technique, le temps passé à attendre dans l’avion n’est pas comptabilisé."

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Payés environ 1.300 euros par mois, tous craignent de tomber malade et d'être contraint de prendre un congé maladie. "La réglementation est claire. Lorsque nous sommes souffrants, nous ne devons pas voler, spécialement en cas de sinusite ou de rhume car nous risquons de nous abîmer un tympan, compte tenu de la pressurisation de l’avion en altitude. Pourtant, certains préfèrent travailler tout en étant malades, pour éviter de devoir fournir des explications", se désole un steward. 

Vendre toujours le plus possible

Pour gagner plus d'argent, Ryanair incite ses salariés à vendre toujours plus de produits à bord. Boissons, plateaux-repas, parfums et autres billets de loterie, tout est bon pour compenser des billets d'avion aux prix tirés vers le bas.

Tous les 6 mois, Ryanair leur envoie une évaluation de leurs performances. Si le bilan est trop négatif, ils sont envoyés en stage commercial. "Il m’est arrivé d’être appelée durant un jour de congé, afin que je récite la liste de promotions", raconte une hôtesse.

200 heures de vol de plus que chez Air France

Si les stewards et les hôtesses de l'air dénoncent des conditions de travail délétères, les pilotes ne sont pas plus tendres. "Ces derniers temps, nous n’arrivons plus à organiser des pots de départ tellement le turnover est important", explique l’un d’eux. Alors que leurs collègues d'Air France effectuent à peine 700 heures de vol par ans, les pilotes de Ryanair en font 900.

Ces derniers travaillent cinq jours, suivis de trois jours de repos. "Dès le quatrième jour, on est fatigué. Résultat, on dort dans le cockpit durant le vol, même si nous n’avons pas le droit de le faire quand le temps de trajet est inférieur à deux heures vingt-cinq", confie un steward.

La direction dément

La direction a notamment tenu à démentir ce dernier point. "Les pilotes de Ryanair ne dorment pas dans le cockpit", écrit-elle. Elle ajoute qu'il n'y a pas "de conditions de travail exténuantes".

"Les pilotes de Ryanair bénéficient de conditions très avantageuses (où ils peuvent gagner jusqu'à 170.000 euros par an pour 18 heures de vol par semaine), notamment une sécurité d'emploi inégalée et des tableaux de service à la pointe de l’industrie (un long week-end ou un double week-end chaque semaine). C'est pourquoi nous avons une liste d'attente de plus de 3.000 pilotes qualifiés en attente de rejoindre Ryanair, à un moment où d'autres compagnies aériennes réduisent les salaires, les cotisations de retraite et les emplois."

Enfin, la direction explique que "les pilotes de Ryanair bénéficient d'une allocation allant jusqu'à 6.000 euros, couvrant toutes les dépenses, y compris les uniformes, les contrôles médicaux, l'assurance en cas de perte de licence, etc."

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