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Que prêchent les mosquées radicales que Bernard Cazeneuve veut "dissoudre" ?

ÉCLAIRAGE - Antithèse des mosquées traditionnelles, ces lieux de culte livrent à de jeunes hommes, majoritairement, des interprétations du Coran qui les poussent au radicalisme.

Un fidèle priant dans une mosquée (illustration).
Un fidèle priant dans une mosquée (illustration). Crédit : CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
Journaliste

Bernard Cazeneuve a annoncé dimanche 15 novembre, dans le 20 heures de France 2, qu’il voulait "dissoudre" les mosquées qui prêchent un discours radical. Ces mosquées radicales se trouvent sur le territoire français, elles se distinguent des mosquées traditionnelles par leurs pratiques et rendent certains jeunes plus vulnérables à la radicalisation.

"Il y aura une délibération en conseil des ministres, la dissolution des mosquées dans lesquelles des acteurs appellent ou profèrent la haine. Tout cela doit être mis en oeuvre dans la plus grande fermeté", a déclaré le ministre de l'Intérieur.

Combien de mosquées radicales en France ?

Selon Le Figaro, le ministère de l'Intérieur en recensait 89 sur le sol français il y a quelques mois. Ces mosquées se trouvent "surtout dans les zones défavorisées où des ghettos se sont créés : les quartiers nord de Marseille, Vénissieux, certaines villes de banlieue parisienne", détaille l'imam d'Alfortville, Abdelali Mamoun, qui mène un combat total contre l'islam radical. "La cible des mosquées radicales est un terreau qui subit la discrimination et qui est facilement enrôlable".

Que prônent-elles ?

Les mosquées radicales prônent un discours fondamentaliste. "Elles considèrent comme hérétique toute idéologie d'intégration théologique qui impliquerait de la démocratie. Leur idée théocratique est fondée sur la charia qui implique notamment prohibition des sources de loisirs et tenues vestimentaires drastiques", explique l'imam.

Un discours très simpliste de la religion qui parle aux plus ignares

Abdelali Mamoun, imam d'Alfortville
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"C'est de ce discours que découle un repli communautariste, lequel rend les jeunes vulnérables à la radicalisation". Car les mosquées radicales, salafistes, ne sont qu'une étape intermédiaire vers le terrorisme. "Les salafistes ne sont pas violents, ils sont pacifistes. Ce qu'ils désavouent, c'est l'Occident. Les salafistes ne sont pas des terroristes", tient à préciser Abdelali Mamoun. Ces mosquées salafistes constituent ainsi une menace à moyen terme.

"Le vrai danger, l'étape ultime, c'est le takfirisme (idéologie selon laquelle l'affaiblissement de la communauté des croyants provoque l'éloignement de la religion, ndlr), qui permet aux jeunes de basculer vers la violence", indique l'imam. Le takfirisme pousse le jeune à jeter l'anathème : le jeune désavoue alors les nations, leurs armées et les accords passés avec l'Occident. C'est l'idéologie de Boko Haram, AQMI, Daesh ou encore AQPA (Al-Qaïda dans la péninsule arabique), bien qu'ils n'aient pas les même commanditaires.

Renforcées au fil du temps

"Depuis plus de dix ans, on a laissé se développer une communauté salafiste islamique radicale en France, en Europe, en considérant qu'à partir du moment où il n'y avait pas de jihad, il n'y avait pas de danger. Cette communauté s'est développée, elle est extrêmement solide et très bien organisée avec des mouvements comme Sharia for Pakistan, Sharia for Holland, etc. Tout cela est devenu plus secret, plus souterrain mais se renforce", exposait Samuel Laurent, consultant international, auteur de L'État islamique (Ed. Seuil) dans La Dépêche.

Les mosquées radicalisées, plus fortes qu'internet ?

"On a l'impression qu'on essaie de découpler les deux : à la mosquée, on apprend l'islam modéré et sur internet l'islam radical. C'est faux. Aujourd'hui, les mosquées sont responsables car dans toutes, on trouve des noyaux durs. La mosquée n'a pas besoin d'un imam salafiste pour contenir des salafistes. Ces derniers sont honnis par les fidèles modérés mais ils prospèrent. Le recrutement n'est donc pas virtuel. Il est dans nos villes, dans nos cités. Il y a véritablement des cellules, des mouvances qui favorisent cette éclosion", poursuit Samuel Laurent auprès de La Dépêche.

Le danger des "mosquées radicales passives"

Les mosquées radicales ne sont pas la seule étape favorable à la radicalisation. L'imam d'Alfortville insiste sur le danger que représentent ce qu'il appelle "les mosquées radicales passives" et qui sont, selon lui, les plus dangereuses. Les imams de ces mosquées consulaires "sont des bledards qui n'ont rien en commun avec les jeunes", décrit Abelali Mamoun. Ainsi, en ne les intégrant pas, elles contribuent à leur repli. Alors le jeune se tourne vers ceux que l'imam qualifie de "prédateurs" : des hommes qui l'orientent vers des milieux plus radicaux. Dans ces zones de confort, "on lui lit tout ce qu'on veut, on lui interprète ce qu'on veut" à lui, qui, le plus souvent, ne parle pas l'arabe. Le discours employé dans les mosquées radicales est "un discours très simplistes de la religion qui parle aux plus ignares", selon Abdelali Mamoun.

"Dépourvu de conscience", le jeune se radicalise

Ainsi, si le salafisme ne plonge pas le jeune dans la violence, il le rend vulnérable. "Comme il aime le risque et éprouve le besoin de se venger de la société, alors le jeune trouve l'islam comme étendard pour se venger" dans les lieux de cultes tenus par ces "prédateurs". "Il devient dépourvu de conscience". Ce nettoyage spirituel passe par une instruction "très structurée" : "Le jeune a accès a des livres qui lui donnent une idée très précise du bien et du mal". Pour eux, impossible d'être Français et musulman en même temps. "On leur dit alors "si vous choisissez d'être Français, vous subirez la punition divine et la damnation. Si vous choisissez la religion vous atteindrez le paradis. Pour cela, je vais vous faciliter le chemin : le martyr. Vous aurez droit à 70 ou 1.000 vierges selon votre bravoure". En fait, le mal est l'Occident, le bien est l'islam. Voilà ce qu'on leur inculque". 

Quels sont les profils des individus qui les fréquentent ?

Essentiellement la jeunesse. "Il n'y a pas de personnes qui ont un minimum de savoir dans ces mosquées. Pour se faire enrôler dans ce genre de doctrine, il y a souvent un passif familial chaotique, des difficultés scolaires, puis professionnelles. L'individu n'obtient aucune réussite professionnelle, il n'a pas forcément de logement, ne peut donc pas se marier, il devient un paria de la société. À la fin, la seule porte qui lui est ouverte est celle des prédateurs qui guettent à l'arrière des mosquées". 

Les solutions

"Malheureusement, nos instances (religieuses, ndlr) ne sont pas françaises mais étrangères, gérées par Rabat, Alger et Istanbul. Il est important que l'État nous aide à mettre en place des organismes, nous immunise de cette ingérence extérieure et nous laisse organiser le culte à la sauce française et qu'on ait un islam de France", développait le 16 novembre Abdelali Mamoun à l'antenne de RTL.

"Il faut donner un grand coup dans la fourmilière", préconise Abdelali Mamoun. "Il faut d'une part que l'État accueille ses enfants de manière égale. Mais cela ne se fait pas sans effort : il faut, d'autre part, que le jeune comprenne qu'on n'obtient rien sans effort et qu'il faut travailler pour réussir". Sur les quelque 2.400 mosquées que compte la France métropolitaine, "toutes ne sont pas forcément bien organisées", déplore l'imam. "Il faut faire un travail en amont dans les mosquées radicales passives qui s'occupent mal des jeunes".

L'imam relaie "le sentiment d'indignation de l'ensemble de la composante musulmane. Ces actes odieux ont été commis sur nos compatriotes mais surtout au nom de notre religion. On nous prend en otage. Il règne une division au sein de notre composante religieuse qui entraîne à cette radicalisation". Pour se désolidariser définitivement des actes commis par Daesh le 13 novembre, les musulmans de France se rassembleront vendredi 20 novembre à 14 heures, devant la Grande Mosquée de Paris.

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