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Prostitution : des "sex tours" en province organisés par les proxénètes

Les réseaux criminels déplacent de plus en plus les personnes prostituées en province. Le but : étendre leur emprise et tromper les forces de l'ordre.

Une prostituée dans le quartier de la gare Matabiau à Toulouse, en octobre 2013.
Une prostituée dans le quartier de la gare Matabiau à Toulouse, en octobre 2013. Crédit : AFP / REMY GABALDA
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et AFP

Déplacer les prostituées dans toute la France, au gré de "sex tours" organisés via internet: ce nouveau mode opératoire est de plus en plus utilisé par les réseaux criminels pour conquérir des territoires et tromper la vigilance des forces de l'ordre.

Mardi, onze personnes ont été placées en garde à vue, soupçonnées d'appartenir à un réseau de proxénètes, sévissant dans plus d'une vingtaine de villes en France, dont Clermont-Ferrand, Vichy ou Montluçon. Ce réseau était dirigé depuis la région parisienne par des membres de la communauté chinoise qui fixaient les rendez-vous aux clients, alléchés par des fausses annonces de massages diffusées sur internet.

Des "masseuses" "de passage" dans des villes de province

Fin mars, un autre réseau de prostitution chinoise opérant de la même façon depuis Paris et exploitant une dizaine de prostituées, avait été démantelé et trois responsables avaient été mis en examen à Metz.

De fait, les annonces vantant les talents de "masseuse" de jeunes femmes "de passage" dans des villes de province, se multiplient sur les sites de petites annonces gratuites en ligne, et notamment sur Vivastreet dans la rubrique "Erotica".

Venues avec des visas touristiques

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"Les réseaux criminels, de mieux en mieux organisés, déplacent très rapidement leurs victimes d'un bout à l'autre de la France mais aussi en Europe, aidés dans leur logistique par internet", explique à l'AFP Corinne Bertoux, chef de l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (Ocreth) de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Selon elle, les filles viennent souvent en France avec des visas touristiques pour ne pas attirer l'attention des services d'immigration et se déplacent en fonction de grandes manifestations, type salons ou rencontres sportives.

A la recherche de réseaux pas saturés

"Le phénomène des sex tours se développe depuis 4 ou 5 ans, et il commence à se généraliser" dans toute la France, s'alarme Yves Charpenel, président de la Fondation Scelles, qui publie chaque année un rapport sur l'exploitation sexuelle dans le monde.

A l'instar du trafic de stupéfiants, les réseaux criminels "veulent diversifier l'offre, en ciblant la province sans se cantonner aux grandes villes", ajoute M. Charpenel. "L'idée, c'est de rechercher des marchés qui ne sont pas saturés comme l'est la région parisienne, et où les filles peuvent passer plus inaperçues."

"Cartes bancaires prépayées qui ne permettent pas de remonter jusqu'au loueur"

Dans ce but, des équipes de filles sont envoyées en éclaireur pour tester la demande de la province et permettre au réseau d'adapter son offre. Réservation d'hôtels ou d'appartements, prise de rendez-vous avec les clients, gestion des agendas des filles: les proxénètes engagent des standardistes, souvent des étudiantes lorsqu'il s'agit de réseaux chinois, et des webmasters pour gérer les annonces sur la Toile.

Avant d'effectuer la passe,"les prostituées ont rarement un contact direct avec leurs clients. Le rendez-vous est toujours fixé au dernier moment dans des hôtels modestes ou dans des appartements loués à cet effet avec des cartes bancaires prépayées qui ne permettent pas de remonter jusqu'au loueur", explique Mme Bertoux.

"Au minimum de 20.000 prostitué(e)s"

Les premiers réseaux à avoir investi le créneau de la cyber-prostitution sont ceux des pays slaves et de l'Europe de l'Est, qui proposent souvent une offre plus haut de gamme. Mais ils sont désormais concurrencés par les réseaux roumains, chinois, nigérians et sud-américains (Brésil). En 2013, 45 réseaux ont été démantelés par la police nationale qui a recensé environ plus de 2.000 victimes.

Le nombre de prostituées en France est "au minimum de 20.000 personnes", selon le ministère de l'Intérieur, qui estime que 80 à 90% d'entre elles sont d'origine étrangère. Elles sont en grande majorité victimes de réseaux de proxénétisme et de traite.

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