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Petites musique et fausses notes en kiosque

REPLAY - De nouveaux "héritiers" ont empêché le passage du Boléro de Ravel dans le domaine public

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
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REVUE DE PRESSE 03/05/2016 Crédit Image : Maxime Villalonga | Crédit Média : Adeline François | Durée : | Date : La page de l'émission
Adeline François
Adeline François
Journaliste RTL

Le boléro de Ravel était censé être tombé dans le domaine public dimanche dernier. Censé être, car un nouveau rebondissement hallucinant est survenu dans cette saga déjà rocambolesque de l'héritage de Maurice Ravel, comme Le Figaro le révèle ce matin. Quelques jours avant que le Boléro tombe dans le domaine public, de nouveaux héritiers ont surgi de nulle part pour avoir leur part du gâteau. Ils ont envoyé des courriers de plus en plus menaçants à la SACEM pour réclamer une prolongation de 20 ans des droits d'auteur.

Autrement dit, diffuser le morceau resterait payant jusqu'en 2036. De quel droit? Eh bien, ils affirment que le Boléro a initialement été créé comme un ballet et non une pièce d'orchestre et donc à ce titre c'est une oeuvre de collaboration. De fait quand le Boléro a été créé à l'opéra Garnier en 1928, deux artistes ont travaillé avec Maurice Ravel : une chorégraphe et un décorateur. Et ce sont les petits enfants de ce décorateur qui sont à l'origine de cette nouvelle procédure. Une démarche évidemment soutenue par les ayants droit qui se frottent les mains à l'idée de se partager encore 20 millions d'euros d'ici 20 ans. Les musiciens qui avaient prévu de multiplier les hommages cette semaine vont peut-être recevoir une facture de la SACEM. Le Boléro est une note salée.

Un héritage sans héritier

Il y a 80 ans, le Front populaire remportait les élections législatives du 3 mai 1936. Une coalition socialiste, communiste et radicaux prend le pouvoir. Dans Libération, Laurent Joffrin entonne un refrain un brin nostalgique : "Quelques jours après la victoire, les premières grèves se déclenchent. Une semaine plus tard, quelque deux millions d’ouvriers et d’employés ont arrêté le travail. Innovation effrayante pour le patronat : les grévistes occupent les usines. On danse dans les ateliers, on chante dans les bureaux, on parle haut et on est écouté. Un mois plus tard, un patronat apeuré demande à Blum de mettre fin au cauchemar. À Matignon, le 8 juin 1936, naît un monde social nouveau. Les salaires augmentent de 7 à 15 %, les conventions collectives régissent désormais le droit social, les syndicats sont légitimés sur le lieu de travail, on instaure les congés payés, la semaine de 40 heures, les billets à prix réduit pour les vacances. Dès ce premier été, tout un peuple laborieux, jusque-là enchaîné à la machine douze mois par an, découvre le temps libre, le voyage, la mer, la montagne, les randonnées le nez au vent, bref, ce luxe de première nécessité qu’on croyait réservé aux riches : la vie pour soi. Dans la mémoire ouvrière, dans la mémoire de la gauche, Blum a gravé pour l’Histoire ces mots libérateurs : 'Front populaire'. Ils veulent simplement dire 'dignité'."
 
80 ans plus tard, "L'affront populaire" titre Libération, pour parler des salaires des grands patrons. Mais surtout, la presse note le pied de nez de l'histoire en ce 3 mai, qui marque le début de l'examen de la Loi travail à l'Assemblée nationale. On ne saurait trouver pire contraste entre ces journées d'unité, de fêtes, de conquêtes sociales de 1936 et la période actuelle, caractérisée par les divisions, les affrontements de rue et une réforme synonyme de régression sociale  pour une partie de la gauche écrite Bruno Dive dans Sud Ouest. La ministre du Travail  Myriam El Khomri martèle dans Le Parisien et dans Le Figaro qu'elle ne cèdera pas à la rue. On pourrait souffler à la ministre une réplique de Léon Blum : "L’homme libre est celui qui n’a pas peur d’aller jusqu’au bout de sa pensée."

Un trafic plus juteux que celui de la drogue

Une enquête étonnante à lire dans le Monde, et intitulée "De l'or en cages." La police de l'environnement déploie les grands moyens depuis quelques mois pour démanteler une filière de trafic de chardonneret. Ce petit oiseau si gracieux et coloré, dont le chant mélodieux aurait inspiré la musique andalouse, est protégé à l'état sauvage partout en Europe depuis près de 40 ans. Sauf que sa population a chuté de 55 % ces 10 dernières années, car il est l'objet d'un trafic dont la France est la plaque tournante. Le chardonneret est capturé dans les Bouches-du-Rhône et en Corse, ou importé d'Afrique du Nord dans les bagages des passagers des ferrys et des avions qui arrivent à Marseille avant de repartir pour Paris puis la Belgique.

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Pourquoi ces régions ? Parce que le chardonneret tient souvent la vedette dans les concours de chant organisé au Maghreb et aujourd'hui dans le nord de la France et en Belgique, où il est en fait un héritage culturel des mineurs. Ils emportaient l'oiseau dans les mines, car il est hypersensible aux émanations de gaz et pouvait ainsi détecter les coups de grisou. Aujourd'hui, un chardonneret se vend 150 euros sous le manteau, soit 10 euros le gramme comme le cannabis. La police de l'environnement a vu le profil des braconniers changer : ce ne sont plus des chasseurs mais bien des caïds connus pour d'autres trafics. Et même pire puisque des drapeaux de Daesh ont été découvert chez certains suspects. On aurait pas imaginé un lien entre le plumage du chardonneret élégant et le ramage noir du terrorisme.

L'Équipe paye ses poncifs

Avec du James Brown en une : "SO GOOD", titre L'Équipe au lendemain du sacre de Leicester, champion d'Angleterre. Mais il y a une autre note ce matin dans L'Équipe signée Stéphane Kholer, qui explique que le journal va devoir verser 226 euros à une association caritative. Pourquoi ? Parce qu'au début de l'année, L'Équipe s'était engagée à verser un euro à une oeuvre à chaque fois qu'un lecteur lui signalerait l'utilisation dans ces colonnes d'un poncif du journalisme sportif, ce qu'on appelle le une deux téléphoné.

En gros tous les clichés éculés quand on parle de sport comme "le ventre mou", "le coaching gagnant",  "l'écorché vif", "l'ambiance indescriptible"... Et ça a marché : 226 signalements envoyés au journal, notamment 46 utilisation de l'expression "zone rouge", 26 fois "guichets fermés", 23 fois "le petit poucet" et 16 fois "le titulaire indiscutable". Alors on signale à L'Équipe qu'ils peuvent déjà ajouter 2 euros à la tirelire, pour l'utilisation en une de deux autres expressions : "formidable vent de fraicheur" et "Europe du foot business" à propos de Leicester. La musique du petit poucet, c'est comme le Boléro de Ravel : parfois, c'est un peu lourd.

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