3 min de lecture Patronat

Medef : et si le patronat écoutait le message adressé par Auguste Detoeuf en 1936 ?

ÉDITO - C'est ce mardi 3 juillet que l'on connaîtra le successeur de Pierre Gattaz à la tête du Medef. Le journaliste François Lenglet lui conseille d'écouter le message Auguste Detoeuf, un grand patron de l'entre-deux-guerres.

LENGLET 245300 Lenglet-Co François Lenglet iTunes RSS
>
Medef : et si le patronat écoutait le message émis par Auguste Detoeuf en 1936 ? Crédit Image : AFP / Archives, JACQUES DEMARTHON | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
LENGLET 245300
François Lenglet et Loïc Farge

Qui succèdera à Pierre Gattaz à la présidence du Medef ? Le suspense touche à sa fin. Ce mardi 3 juillet a lieu l'élection du patron des patrons. Un personnage singulier, Auguste Detoeuf, a des conseils pour le futur représentant du patronat français.

Deux candidats se présentent à cette élection : Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot. Ils seront départagés par les suffrages des quelques 550 délégués patronaux. Cette élection intervient alors que les partenaires sociaux - non pas seulement le patronat, mais les syndicats - sont décrédibilisés, comme bon nombre de ceux qu'on appelle les "corps intermédiaires".

C'est leur légitimité qui est questionnée, leur efficacité face à un président de la République qui ne les considère guère, et surtout leur capacité à œuvrer pour l'intérêt général. De plus en plus, le patronat et les syndicats sont vus comme des lobbies, qui défendent les intérêts exclusifs de petits groupes.

Conférence du 1er mai 1936

Auguste Detoeuf est un grand patron français des années 1930. Il a occupé des fonctions au sein du patronat de l'époque. C'est le fondateur d'Alsthom, en 1928, la start-up technologique de l'époque, qui donnera naissance à l'Alstom moderne et à Alcatel, l'ex-champion français des télécoms.

À lire aussi
Édouard Philippe et Muriel Pénicaud, le 20 février 2019 Chômage
Assurance chômage : "On n’est pas tous égaux face au chômage", estime Alba Ventura

Il est né en 1883, et mort juste après la guerre. Pendant la crise des années 1930, il est actif dans un petit cercle d'intellectuels, Polytechniciens pour la plupart, le groupe X-crise, qui cherche des solutions à la crise. C'est là qu'il va prononcer une conférence, le 1er mai 1936 : "La fin du libéralisme".

C'est un patron qui a été, comme toute sa génération, libéral, inspiré par le libéralisme total d'avant 1914, à l'époque du franc-or. Mais la crise extraordinaire qui frappe le fait changer d'avis.

"Le libéralisme a fait merveille", nous dit-il. "Il a enrichi le monde de telle façon que certainement nul autre système n'aurait fait, de loin, aussi bien. Il a transformé la moitié de la classe ouvrière en petite bourgeoisie. Et s'il a rendu plus monotone et moins personnel le travail de l'ouvrier, il a multiplié son pouvoir d'achat par quatre ou cinq, en réduisant la durée du travail de 14 à 8 heures", ajoute-t-il.

Mais, poursuit-il, "le libéralisme nous a donné de bien mauvaises habitudes. Il a sanctifié l'égoïsme. En bénissant le succès personnel, comme l'élément unique et nécessaire du bien-être général, il a détruit la notion de bien-être social".

Critique du "premier de cordée"

Une critique du "premier de cordée" d'Emmanuel Macron ? Il y a de cela, les correspondances avec notre époque sont frappantes. La France de 1936 est essorée par la crise, et par une politique économique stupide pratiquée l'année d'avant par Laval, la déflation. Les pouvoirs et les élites d'alors sont remis en cause, exactement comme aujourd'hui.

C'est le rôle des patrons dans la société que Detoeuf voudrait changer. "Il faut que le peuple ait confiance en nous. Il faut qu'il croie que nous poursuivions uniquement l’intérêt public, il ne le croira que si nous le croyons nous-mêmes", dit-il.

Et de poursuivre : "Il faut qu'en particulier nous remédions au chômage généralisé, cette monstruosité de l'économie moderne. Il faut que nous pensions tous comme si nous étions le peuple".

Et je ne résiste pas à vous lire les derniers mots de cette conférence : "Mais si tout cela nous paraît vain, impossible et surhumain, si nous refusons l'effort et le sacrifice, si nous les jugeons stériles et dangereux, soyez assurés que d'autres, sans doute plus jeunes que nous, moins déformés par un long passé, entreront dans la voie que nous n'aurons pas ouverte, et parce qu'ils ont l'âme fraîche et le cœur pur, recréeront sans nous et malgré nous, à travers l'injustice et la misère, le monde que nous aurons laissé mourir".

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Patronat Medef Élections
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7793974115
Medef : et si le patronat écoutait le message adressé par Auguste Detoeuf en 1936 ?
Medef : et si le patronat écoutait le message adressé par Auguste Detoeuf en 1936 ?
ÉDITO - C'est ce mardi 3 juillet que l'on connaîtra le successeur de Pierre Gattaz à la tête du Medef. Le journaliste François Lenglet lui conseille d'écouter le message Auguste Detoeuf, un grand patron de l'entre-deux-guerres.
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/medef-et-si-le-patronat-ecoutait-le-message-emis-par-auguste-detoeuf-en-1936-7793974115
2018-07-03 11:09:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/AfBJWcgyVGNtzOi8_ByvtQ/330v220-2/online/image/2018/0504/7793260437_au-siege-du-medef-le-11-janvier-2013-a-paris.jpg