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Mayotte : 3 questions pour comprendre la contestation populaire

ÉCLAIRAGE - Les habitants du département de Mayotte sont en grève générale depuis le 20 février. Ils protestent contre l'insécurité et réclament de meilleures conditions de vie, alors que le département est le plus pauvre de France.

Des habitants et des élus de Mayotte manifestent le 7 mars 2018
Des habitants et des élus de Mayotte manifestent le 7 mars 2018 Crédit : Ornella LAMBERTI / AFP
Thibaut Deleaz
Thibaut Deleaz
Journaliste RTL

Trois semaines que Mayotte tourne au ralenti. Les habitants du département sont en grève générale depuis le 20 février, protestant notamment contre l'insécurité et la pauvreté dans l'archipel. Manifestations, opérations escargot, barrages routiers... Les habitants souhaitent bloquer les îles mahoraises pour se faire entendre du gouvernement à Paris.

Mercredi, une opération "île morte" a été organisée par les manifestants, qui ont aussi mis en place depuis plusieurs jours le blocage de la liaison maritime entre les îles de Grande-Terre et Petite-Terre.

Les élus locaux se sont joints à la contestation populaire, notamment les maires qui ont décidé de manière collégiale de fermer l'ensemble des hôtels de ville à partir du 5 mars "de manière illimitée".

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1. Que dénoncent les manifestants ?

Les Mahorais s'élèvent contre l'insécurité qu'ils ressentent dans le département, notamment aux abords des établissements scolaires. Ils voient dans l'immigration clandestine la principale cause de la délinquance dans l'archipel.

Mayotte est soumis à une forte pression migratoire en provenance des Comores, situées à 70 kilomètres de l'archipel. Plus de 40% des adultes vivant à Mayotte sont de nationalité comorienne.

L'immigration massive des Comoriens, dont le niveau de vie est inférieur à celui des Mahorais, contribue notamment à saturer l'hôpital de Mamoudzou, chef-lieu du département. Moderne et attractif, il a notamment vu naître 7.300 enfants en 2014, dont 70% de mères comoriennes qui n'hésitent pas à rejoindre Mayotte illégalement par des embarcations de fortune pour accoucher dans de meilleures conditions.

Les manifestants réclament aussi de meilleures conditions de vie. Mayotte est le département le plus pauvre de France, et le taux de chômage y était de 26% en 2017 contre 9,2% en moyenne en France. 84% des Mahorais vivent sous le seuil de pauvreté.

2. Que demandent-ils ?

Les élus ont notamment présenté à l'État un "plan de convergence" de 1,8 milliard d'euros sur dix ans, pour mettre en place les conditions de tranquillité des Mahorais", a déclaré Saïd Omar Oili, le président de l'association des maires. 40 millions seraient dévolus aux équipements sportifs et culturels, 500 millions à l'habitat, 480 millions à l'eau potable et à l'assainissement, 238 millions aux routes et transports et 480 millions aux constructions scolaires. 

Les habitants souhaitent également que des mesures soient prises pour garantir leur sécurité au quotidien, ainsi celle de leurs enfants aux abords des écoles.

3. Que propose le gouvernement ?

La ministre des Outre-mer Annick Girardin a assuré sur RMC que la rentrée scolaire du lundi 12 mars a été sécurisée par le gouvernement avec "200 forces de l'ordre de plus soit "1.000 personnes en mesure de faire de la sécurité et de la lutte contre l'immigration".

"La priorité du gouvernement a été de répondre à l'organisation sécuritaire de la rentrée des classes", a assuré la ministre. "Elle aura lieu sauf si les barrages sont maintenus et les écoles fermées, puisque certains maires aujourd'hui appellent à la fermeture des écoles."

"On ne peut pas aujourd'hui apporter les mêmes réponses à Mayotte qu'on apporte dans n'importe quelle région métropolitaine", a-t-elle reconnu. "Quand on touche un mois de RSA à Mayotte, c'est l'équivalent d'un an de salaire aux Comores", rappelle Annick Girardin, qui veut "relancer la coopération avec les Comores".

Elle a ajouté que le gouvernement réfléchissait à l'idée d'un "hôpital extraterritorial, pas que pour Mayotte, aussi pour la Guyane".

La ministre des Outre-mer a par ailleurs annoncé qu'elle se rendrait à Mayotte "juste après la rentrée des classes", "si le dialogue est possible", a-t-elle précisé. Mais Annick Girardin "n'est clairement pas souhaitée", ont déclaré vendredi 9 mars l'intersyndicale et le Collectif des citoyens de Mayotte. Ils exigent la venue de "quelqu'un qui puisse engager le gouvernement" comme le Premier ministre ou le ministre de l'Intérieur.

Les barrages devraient être levés ce week-end pour permettre le ravitaillement des magasins, mais un renforcement du mouvement est annoncé pour lundi 12 mars, jour de rentrée scolaire.

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