4 min de lecture Violences

Manifestant gravement blessé à Nation : ce que l'on sait de l'affaire

ÉCLAIRAGE - Jeudi 26 mai, un journaliste indépendant de 28 ans a été grièvement blessé à la tête après le jet d'une grenade de désencerclement par les forces de l'ordre dans des circonstances qui restent à préciser.

Le policier jetant une grenade de désencerclement à Paris, le 26 mai 2016
Le policier jetant une grenade de désencerclement à Paris, le 26 mai 2016 Crédit : Capture d'écran Twitter @GazarLoic
JulienAbsalon1
Julien Absalon
Journaliste RTL

La vidéo du drame a fait le tour du web. Jeudi 26 mai, un jeune homme de 28 ans a été grièvement blessé en marge d'une manifestation à Paris contre la loi Travail. Les images, violentes, qui circulent sur les réseaux sociaux (attention, ce contenu peut heurter un public sensible) montrent qu'il s'est effondré juste après l'explosion d'une grenade de désencerclement lancée à quelques mètres de lui par un groupe de policiers. Touché à la tête, l'homme, journaliste indépendant qui portait une GoPro au moment des faits, souffre d'un œdème cérébral, d'une fracture de l'os temporal et d'un enfoncement de la boîte crânienne. Hospitalisé à la Pitié-Salpêtrière à Paris, il a été plongé dans un coma artificiel et pourrait bien souffrir de séquelles neurologiques.

Dans un contexte où les affrontements entre policiers et manifestants sont de plus en plus nombreux et violents lors des manifestations anti-loi Travail, l'affaire fait grand bruit car des doutes qui entourent les circonstances dans lesquelles les forces de l'ordre ont fait usage de leur grenade de désencerclement, arme d'autodéfense servant à disperser un groupe d'individus. Pour faire toute la lumière, deux enquêtes ont été ouvertes par le parquet de Paris et l'inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie pour "violence volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique". L'affaire est également remontée au ministère de l'Intérieur, qui a demandé une enquête administrative et a reçu samedi 28 mai les parents de la victime, en présence de Bernard Cazeneuve, le préfet de police et la directrice de l'IGPN.

La menace de l'intégrité physique des policiers remise en question

Selon les premiers éléments de l'enquête, tout a commencé ce jour-là vers 17h20, au terme d'une manifestation s'étant achevée sur des affrontements à la place de la Nation. D'après les récits du Monde et de Mediapart, une centaine de personnes décide d'organiser une manifestation sauvage et de se diriger vers la porte de Vincennes dans le but d'envahir le boulevard périphérique. Pour empêcher cette opération d'aller à son terme, des policiers interpellent notamment un lycéen. L'arrestation provoque la colère des autres manifestants, ce qui pousse les fonctionnaires à se retrancher dans une résidence privée du 2 rue du Général Niessel (XXe arrondissement). À l'abri des manifestants qui stationnent à l'entrée, les policiers appellent des collègues en soutien.

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Ce sont ces renforts qui sont au centre de la controverse. Selon la préfecture de police, ces policiers sont accueillis avec des jets de projectile. Un photographe témoin de la scène affirme pourtant au Monde : "Les manifestants n'ont pas l'intention de s'en prendre physiquement aux forces de l'ordre". Quant aux vidéos sur Internet, elles montrent de nombreuses invectives et des agents particulièrement tendus. C'est au moment de franchir la grille de l'immeuble, à 17h55, que l'un des policiers jette au sol sa grenade de désencerclement en direction de la foule qui semblent être à distance raisonnable. Lorsqu'elle explose, Romain D. s'effondre dans la foulée, saigne abondamment de la tête. Il est immédiatement pris en charge par les manifestants, avant que des policiers, gendarmes et pompiers ne viennent lui porter secours. Son état peine alors à se stabiliser jusque son placement dans un coma artificiel.

Une grenade lacrymogène près du blessé

A priori, la grenade de désencerclement, aussi appelée DMP, semble avoir été jetée de façon réglementaire. Cette arme, qui projette 18 plots en caoutchouc qui se dispersent dans toutes les directions au moment de l'explosion, doit être lancée de manière à ce qu'elle roule au sol. Utilisée en situation d'encerclement par un groupe d'individus menaçants, et "non pour le contrôle d'une foule à distance", comme le précise l'usage des matériels de contrainte et de défense par les forces de l'ordre. Lorsqu'elle est correctement utilisée, elle provoque des ecchymoses aux jambes et aux pieds. En revanche, elle peut gravement blesser en cas de mauvais usage.

Reste désormais à savoir si l'attitude des manifestants justifiait l'utilisation de la grenade. "Pour l'heure, rien n'indique que le manifestant a été blessé en raison de l'intervention des fonctionnaires", fait savoir le parquet de Paris. Sur la base d'une vidéo obtenue auprès d'une riveraine, Mediapart écarte la possibilité que le jeune homme se soit blessé en heurtant un poteau sur le trottoir. De plus, le site d'information en ligne s'interroge sur le comportement de ces policiers qui, tout en étant à l'abri, lancent deux grenades lacrymogènes en direction des manifestants. Or, l'une d'elles a atterri à seulement quelques mètres du jeune homme blessé, à terre.

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Vincennes : des grenades lacrymos jetées à proximité du blessé

Au vu de tous ces éléments, Jacques Toubon, le Défenseur des droits, a annoncé lundi 30 mai avoir ouvrir une enquête pour déterminer les conditions dans lesquelles ce drame est survenu. "Mon objectif est de vérifier si les armes de force intermédiaire (...) ont été utilisées conformément aux règles", explique-t-il au micro de RTL, tout en refusant de tirer des conclusions hâtives : "Je suis incapable de vous dire, ce matin, si les policiers ont manqué de déontologie".

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