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Loi santé : à Paris, la "salle de shoot" divise toujours

Le projet revient sur le devant de la scène. Mais les riverains restent vent debout contre cette salle de consommation pour toxicomanes.

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Crédit : LIONEL BONAVENTURE / AFP
La rédaction numérique de RTL & AFP

"Non à la salle de shoot". La banderole est toujours là, au 3e étage de l'immeuble. L'expérimentation de salle de consommation à moindre risque (SCMR) pour les toxicomanes, en discussion à l'Assemblée, relance la polémique sur le premier projet prévu à Paris.  

Le lieu a été dévoilé en mai 2013, derrière la gare du Nord, au numéro 39 du boulevard de la Chapelle, sur un terrain mis à disposition par la SNCF dont l'accès est actuellement protégé par un portail gris. Autour, les voies de chemins de fer, des baraquements, le métro aérien et un ensemble d'immeubles d'habitation, qui abrite aussi le théâtre des Bouffes du Nord. 

Le site n'a pas évolué depuis qu'un avis du Conseil d'Etat a mis le projet en suspens en octobre 2013, préconisant en amont de l'expérimentation qu'une loi garantisse juridiquement le dispositif. C'est ce texte qu'examinent actuellement les députés. S'il est voté, un bâtiment préfabriqué d'environ 200m2 sera construit afin d'accueillir de 100 à 150 toxicomanes par jour. La salle doit ouvrir sept jours sur sept, sept heures par jour. Elle sera gérée par l'association d'aide aux drogués Gaia

Réduire les risques

Ce lieu doit permettre à un public marginalisé de consommer des drogues sous supervision de personnels de santé, et non dans la rue, les sanisettes ou les halls d'immeubles. Pas question de leur fournir la drogue, mais simplement de réduire les overdoses, la propagation de maladies transmissibles par seringues contaminées et les troubles à l'ordre public. 

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"On est toujours partant pour cette salle", assure le maire PS du Xe arrondissement, Rémi Féraud, qui porte le projet. "La situation sur le terrain n'a pas changé, les sanisettes font office de salles de shoot improvisées, et on trouve toujours des seringues dans la rue". Ce que confirment deux agents de la voirie rencontrés près de la gare du Nord. "On en trouve régulièrement dans le caniveau, surtout derrière la gare". 

Contrariété supplémentaires aux yeux des riverains, un campement d'une centaine de tentes s'est installé à quelques mètres, sous le métro aérien. Des migrants érythréens, soudanais ou éthiopiens, qui espèrent se rendre en Angleterre. "La salle doit s'installer dans un contexte le plus serein possible", estime Rémi Féraud. L'élu demande à l'Etat de trouver des solutions d'hébergement à ces exilés. 

Les habitants disent "non"

De leur côté, les riverains ne désarment pas. "Dans l'immeuble, on est tous opposés", affirme un résident du numéro 39, où "les toxicomanes se faufilent déjà en demandant 'elle est où la salle?'".  Ils craignent l'arrivée massive de drogués et de dealers. Une inquiétude relayée par l'association Parents contre la Drogue. "Ca va causer d'énormes problèmes de sécurité", dénonce son président Serge Lebigot. Il cite en exemple une salle de shoot similaire à Barcelone, où, selon lui, "il y a des dizaines de toxicomanes à l'intérieur" et "des centaines à l'extérieur". 

Les toxicomanes disent eux-mêmes qu'ils n'iraient pas dans ce genre de salle.

Déborah Pawlick, élue UMP du Xe arrondissement

L'association de riverains "Vivre gare du Nord et Est" et un collectif d'habitants ont recueilli en juillet 2013 un millier de signatures contre le projet. Et l'opposition n'est pas en reste. Pour Déborah Pawlick, élue UMP du Xe, "c'est l'abandon de la lutte contre la drogue". Selon elle, "les toxicomanes disent eux-mêmes qu'ils n'iraient pas dans ce genre de salle". 

"Je comprends la volonté de ces riverains d'éloigner cette salle, mais il n'y a pas d'autre alternative en vue", défend Rémi Féraud. D'ailleurs, il se targue d'avoir été réélu aux municipales "alors que la salle figurait clairement sur (son) programme". 

Des projets dans d'autres villes

Caroline, une riveraine, concède que même si elle n'est "pas rassurée", "c'est un projet qui vaut la peine. On ne peut pas ignorer que des gens se droguent sous le métro aérien". Si la loi passe avant l'été, Rémi Féraud espère ouvrir la salle l'hiver prochain. 

Ce projet sera-il suivi par d'autres? En 2012, Marseille, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse et Nancy étaient favorables à une expérimentation. Aujourd'hui, seule  Strasbourg est "toujours candidate". Bordeaux, qui n'a "pas d'opposition de principe", préfère désormais une salle intégrée dans une structure hospitalière.

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