3 min de lecture Pornographie

Le porno va-t-il être rattrapé par le #metoo ?

Depuis l'ouverture récente d'une enquête visant le site pornographique "Jacquie et Michel", les témoignages d'actrices se multiplient. Le milieu du porno pourrait à son tour être concerné par le mouvement #metoo.

L'industrie pornographique pourrait à son tour être concernée par le mouvement #metoo
L'industrie pornographique pourrait à son tour être concernée par le mouvement #metoo Crédit : iStock / Getty Images Plus
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Valentin Deleforterie et AFP

Le hashtag #metoo va-t-il s'étendre au milieu pornographique ? Depuis qu'une enquête visant le site phare "Jacquie et Michel" a été ouverte en juillet dernier, de nombreuses actrices pour la plupart amatrices prennent la parole pour raconter les faits dont elles ont été victimes. 

C'est notamment le cas d'Estelle (son prénom a été changé). La jeune femme, alors âgée de 22 ans, travaillait dans le commerce mais rêvait de "devenir une grande actrice" pour les productions Dorcel. Elle a tourné une vingtaine de vidéos pour des petites productions. Certaines ont été diffusées sur le site Jacquie et Michel, actuellement visé par une enquête pour "viols" et "proxénétisme".

Estelle n'est restée que brièvement dans le milieu, qu'elle a quitté après un tournage traumatisant. La jeune femme affirme avoir été forcée de pratiquer du sexe anal malgré de fortes douleurs. "Elle pleure juste parce qu'elle n'a pas l'habitude. Arrête de pleurer, c'est pas vendeur. Souris", lui aurait lancé le réalisateur.

Après le tournage de cette scène payée 250 euros, la douleur ne diminue pas. Les médecins diagnostiquent une fissure anale et de l'herpès. "On m'a fait tourner sans capote avec un mec qui falsifiait ses tests", dit-elle en colère. Des tests censés prouver que les acteurs ou actrices n'ont pas de maladies sexuellement transmissibles avant un tournage.

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De son côté, Marion Lew, 32 ans, est dans le milieu depuis un an. Peu de temps après ses débuts, elle a vu le caméraman soudainement arriver dans la scène: "Il m'a fait une éjaculation faciale sans me prévenir". Les témoignages se suivent et se ressemblent : une actrice qui voit surgir le réalisateur pour une fellation ; une autre qui découvre quand le tournage commence qu'elle n'aura pas un mais plusieurs partenaires.

Des conséquences parfois désastreuses

Quelques dizaines de femmes se seraient tournées vers des avocats depuis juillet. Certaines décrivent des viols ou agressions sexuelles. Beaucoup d'entre elles souhaitent que leurs vidéos soient effacées d'Internet. Elles n'avaient pas anticipé les conséquences de ces images diffusées parfois sur plusieurs sites, visibles par leurs familles et connaissances.

"Les femmes se plaignent d'abord de ce qui a le plus d'impact dans leur vie, les images. Elles occultent dans un premier temps les violences graves qu'elles ont subies", estime Lorraine Questiaux, avocate du Nid, l'une des trois associations féministes à l'origine du signalement qui a entraîné l'ouverture de l'enquête.

Eric Morain défend une dizaine de femmes demandant la suppression de leurs vidéos. L'avocat décrit des personnes vulnérables et précaires pour qui le porno est alors "purement alimentaire", et apparaît de prime abord comme "de l'argent facile". 

Des cachets entre 200 et 300 euros

La scène est payée entre 200 et 300 euros. Des cachets bien inférieurs au "salaire à quatre chiffres" des grosses productions professionnelles, selon l'actrice Kim Equinoxx âgée de 28 ans et qui a démarré il y a dix ans.

D'après Tony Calliano, acteur de films pour adultes depuis 10 ans, seules quelques actrices en France peuvent réellement en vivre. Mais "aucune actrice de Jacquie et Michel". Selon lui, le site n'a rien d'amateur, seule la façon de filmer l'est. Dans cette catégorie de pornographie, qui a explosé avec Internet, les carrières durent à peine quelques mois, note l'acteur.

Ni Estelle ni Marion Lew n'envisagent de porter plainte. "Il faut que celles qui seraient tentées sachent qu'ils abusent des filles. On est payées une misère pour tourner des scènes auxquelles on n'a jamais dit 'oui'", avertit Estelle. "La justice a de gros problèmes à reconnaître les agressions sexuelles", justifie la seconde.

De violentes réactions sur les réseaux sociaux

Ce début de libération de la parole et une pétition, signée par plus de 2 millions de personnes, qui exige la fermeture de PornHub, l'un des sites leaders dans le monde, sont les prémices d'un "#metoo de la pornographie", selon Céline Piques, de l'association 'Osez le féminisme !'.

Des actrices reconnues se montrent en revanche plus sceptiques. "Certaines commencent à parler. Mais c'est compliqué", estime Nikita Bellucci, une célèbre pornstar française. "Aucune d'entre elles n'a été contactée ni soutenue publiquement" par le milieu. 

"Les filles qui parlent se font insulter sur les réseaux sociaux. Comme elles ont tourné dans le porno, elles ne sont pas jugées légitimes à se présenter comme des victimes de viol", déplore-t-elle. Kim Equinoxx renchérit: "Certains ne comprennent pas qu'elles dénoncent des viols. Ils disent: 'c'est comme un boxeur qui se plaindrait de prendre des coups'".

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