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Le collectif Girls Against veut mettre fin aux agressions sexuelles en concert

INTERVIEW - Hann, Écossaise fan de musique de 17 ans, a fondé un collectif pour que chacun puisse aller à un concert l'esprit tranquille. Ces dernières années, plusieurs viols et agressions ont été signalés dans des festivals britanniques.

Les membres fondatrices de Girls Against : Anni, Anna, Bea et Hann (de gauche à droite)
Les membres fondatrices de Girls Against : Anni, Anna, Bea et Hann (de gauche à droite)
Crédit : Instagram/Girls Against
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani

Pour Hann, tout a commencé lors d'un concert différent des autres. La Britannique a alors 15 ans. Au tout premier rang, contre la barrière, elle se retrouve collée par un homme. "Quelqu'un est apparu d'un coup derrière moi, a mis ses mains sur ma taille, m'empêchant de bouger, et essayant plusieurs fois de glisser ses mains sous ma jupe et à l'intérieur de mes cuisses, raconte-t-elle par mail à Girls. Heureusement, la foule bougeait et cela n'a duré que quelques minutes".

Depuis, Hann a connu d'autres situations "mineures" de ce genre. Une mésaventure qu'elle a transformé en participant à la création, en 2015, d'un collectif pour venir à bout des agressions sexuelles dans les salles de concert et en festival : Girls Against. Il est à ce jour mené principalement par 4 jeunes étudiantes écossaises, Anni, Anna, Bea, et Hann ayant entre 17 et 18 ans. 81 personnes les représentent à travers le monde.

Plusieurs viols pendant des festivals

La création de Girls Against est une réponse à un phénomène de plus en plus inquiétant. Il n'existe pas de statistiques concernant le nombre de femmes harcelées ou agressées sexuellement alors qu'elles veulent simplement écouter de la musique en live. Mais les incidents sont récurrents, et sont plus souvent abordés dans la presse britannique depuis le viol de 2 femmes au Latitude Festival, en 2010

Florilège alarmant : en 2014, une femme a été violée au Reading Festival. L'année suivante, une autre affirme l'avoir également été, au V Festival. L'été 2016 a été particulièrement lourd. Deux femmes (17 ans et 28 ans) ont été à nouveau violées sur le site du Reading Festival, qui a attiré cette année-là 90.000 personnes. Un agent de sécurité (oui) a quant à lui agressé une jeune femme de 17 ans à T in the Park. Un constat qui ne prend pas en compte les agressions non-déclarées (seuls 15% des viols sont dénoncés à la police, au Royaume-Uni).

Les festivals entre peur et initiatives

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"Les festivals ne sont pas les seuls à avoir ce genre de problèmes. Mais l'industrie musicale et les festivals ont un niveau de tolérance unique envers les agressions sexuelles, et le manque d'action pour y faire face", estime une propriétaire de stand au Bestival, auprès de Noisey. Broadly citent quant à eux une source travaillant sur un festival où un viol a eu lieu. Elle explique que le premier réflexe a été d'essayer d'étouffer l'affaire, pour ne pas créer de panique

L'enjeu n'est pas assez médiatisé pour mener des réformes

Hann, de Girls Against

C'est justement le problème. Hann, de Girls Against, estime que les sociétés spécialisées en sécurité sont difficiles à convaincre, par manque de médiatisation : "La plupart des salles de concert au Royaume-Uni externalisent leur sécurité, donc quand ils font passer le message, cela atterrit auprès de grandes entreprises, explique-t-elle à Girls. Elles sont très difficiles à joindre et certaines d'entre elles nous ont dit que l'enjeu n'est pas assez médiatisé pour mener des réformes."

Mais certains festivals tentent de s'emparer du problème. En 2010, la société Festival Republic, qui gère les plus gros festivals britanniques (Latitude, Reading, Leeds), a annoncé le lancement d'une campagne de prévention, en réponse aux 2 viols survenus cet été-là. Le Bestival s'est quant à lui doté de stands pour une campagne de sensibilisation au consentement. Le Latitude Festival a rédigé une charte non-genrée de conseils pour rester en sécurité, mais rendant les potentielles victimes responsables de leur agression. Cet été, le festival Glastonbury a fait beaucoup parler de lui en érigeant une scène réservée à un public féminin, "The Sisterhood". L'organisation a cependant évoqué une lutte globale contre les inégalités, et pas spécifiquement contre les agressions sexuelles sur les sites de festival.

Le soutien de nombreux groupes

De leur côté, les artistes ne rechignent pas à apporter leur soutien à Girls Against. "Quand nous contactons des salles de concert et des groupes, ils veulent bien sûr tous participer, parce qu'aucun d'entre eux ne veut être associé à ce genre d'attitude", explique Hann. En octobre, Girls Against a fêté son premier anniversaire. Et le collectif peut se vanter d'avoir réussi à faire parler de lui. De nombreux groupes et artistes, majoritairement britanniques, se sont engagés publiquement en sa faveur.

The 1975, Wolf Alice, Hinds ou encore Jaws se sont affichés avec un petit badge rose et blanc à l'effigie de Girls Against. Certains, comme Circa Waves, parlent même de leur action sur scène. Signe supplémentaire que le problème est de plus en plus pris en compte, le chanteur de Foals, l'un des plus gros groupes de rock britanniques du moment, a déclaré sur Twitter à l'automne 2015: "Soyez bienveillants les uns envers les autres dans les 'pits' (contraction de 'moshpits', danse de groupe spontanée et violente). N'ayez pas de comportement macho ou condescendant envers les soeurs !"

Être vues et entendues

La mission de Girls Against est double : prévenir et écouter. "Nous menons notre campagne en grande partie sur les réseaux sociaux. Les groupes sont très accessibles sur Twitter. On leur demande leur avis sur ce problème, pour voir s'ils ont des idées sur la manière dont on peut améliorer la situation, et s'ils ont des remarques sur notre campagne", détaille Hann. Ces discussions sont compilées sur la chaîne Youtube officielle de Girls Against.

Un panneau diffusant le logo de Girls Against au festival de Reading en 2016
Un panneau diffusant le logo de Girls Against au festival de Reading en 2016
Crédit : Twitter/Anobrainy

Pour faire passer son message de prévention, Girls Against se doit d'être le plus visible possible, d'abord sur les réseaux sociaux. En un an, leur compte Twitter officiel a atteint 15.000 followers. Mais le combat doit aussi être mené "IRL". Les salles soutenant la cause de Girls Against peuvent l'afficher avec un poster dédié. Le collectif a fait très fort cet été, en obtenant d'avoir son logo diffusé sur les écrans géants des festivals Reading et Leeds. "C'était très fort", nous écrit Hann.

Conseiller

Les bénévoles de Girls Against reçoivent énormément de témoignages, via leur Tumblr, notamment. "L'une des priorités de notre campagne est de fournir du soutien aux victimes et d'être la personne au bout du fil qui les comprend et va les prendre au sérieux. Il n'y a pas que des filles. Nous essayons d'insister sur le fait que cela arrive à tous les genres, masculin et féminin, non-binaire, donc il n'y aurait aucune raison que l'on ne s'intéresse qu'à un seul genre", assure Hann.

On reçoit des témoignages en permanence, parce qu'on est très facile d'accès

Hann, de Girls Against

"On reçoit (des témoignages, ndlr) tout le temps, parce qu'on est très facile d'accès. Ce n'est pas forcément plaisant à lire tous les jours, mais c'est notre boulot et on le prend très au sérieux", poursuit Hann, du haut de ses 18 ans. 

Les bénévoles de Girls Againts écoutent et conseillent. "On leur dit de prendre du temps pour eux, et de faire en sorte de faire ce qu'il faut pour travailler là-dessus. Bien sûr, on aimerait qu'ils agissent, mais la plupart des gens ne veulent pas le faire pour des raisons évidentes, que l'on comprend tout à fait."

Les fondatrices de Girls Against au festival T in the Park, cet été
Les fondatrices de Girls Against au festival T in the Park, cet été
Crédit : Instagram/Girls Against

Fort du soutien d'autres associations et d'un réseau de 81 représentants à travers le monde, Girls Against aimerait s'étendre encore plus. "Rien que le fait d'être renseigné sur ce problème et d'en être conscient aide énormément. Si vous savez que ça peut arriver, vous êtes beaucoup plus susceptible de repérer une situation de ce genre dans une foule et d'aider les personnes concernées." Pour aider Girls Against, vous pouvez acheter leurs chouettes produits dérivés. Le collectif espère bientôt monter ses propres événements, et travaille à une charte qu'il souhaite faire signer aux compagnies de sécurité. Jusqu'en France ?

Pour aller plus loin : 
le Tumblr de Girls Against
le site de merchandising de Girls Against
le compte Twitter de Girls Against
le compte Instagram de Girls Against

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