5 min de lecture Religions

Ils ont choisi de se faire débaptiser

DÉCRYPTAGE / TÉMOIGNAGES - En France, environ 1.000 personnes demanderaient à être débaptisées chaque année. 4 d'entre eux expliquent à RTL.fr pourquoi ils ont fait ce choix.

Environ 1.000 personnes par an demanderaient à être débaptisées en France
Environ 1.000 personnes par an demanderaient à être débaptisées en France Crédit : JAY DIRECTO / AFP
MorganeGiuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

À l'approche des fêtes de Noël, certains se presseront à l'église pour communier et célébrer la naissance de Jésus-Christ. D'autres, au contraire, se tiendront le plus loin possible des lieux de culte religieux, car ils ne sont pas croyants. Alors qu'entre 3.500 et 4.000 adultes font la démarche de se faire baptiser en France chaque année, selon la Conférence des évêques, environ 1.000 autres demandent, au contraire, à être débaptisés. RTL.fr a pu parler à quatre d'entre eux.

Se désolidariser de l'Église

"C'est un geste militant", affirme Christian, directeur général délégué d'une ONG à Paris. Le déclencheur a été les propos polémiques du Pape Jean-Paul II sur le port du préservatif, tenus à la fin des années 1990. "Ça a été la goutte d'eau, se souvient Christian, engagé depuis longtemps dans la lutte contre le SIDA. À partir de là, je ne voulais plus être assimilé d'une façon ou d'une autre à des catholiques."

Un temps scolarisé dans un établissement catholique, puis non-pratiquant à l'âge adulte, Christian se renseigne sur Internet et adresse une lettre à la paroisse à laquelle il s'est fait baptisé, lorsqu'il était enfant. Au bout de quelques semaines, n'ayant pas de nouvelles, il les relance. "J'ai appelé et le responsable des lieux m'a dit qu'il n'avait pas trop de temps à consacrer aux 'gens comme moi'. J'avais répondu que si Dieu existait, il reconnaîtrait les siens et que j'avais la loi pour moi. Quelques jours après, j'ai reçu mon sésame." Depuis, des sites Internet comme Apostasie pour tous ont été créés pour faciliter les démarches.

À lire aussi
L'invité de RTL société
Barbarin : "Laissons faire la justice", déclare l'archevêque de Paris

Des recours dans la loi

Christian avait effectivement la loi de son côté. Pour justifier une demande de débaptisation, on peut se référer aux articles 38 à 40 de la loi du 6 janvier 1978, dite "Informatique et libertés". Elle assure la possibilité de "modifier, compléter, mettre à jour, vérifier ou effacer des données à caractère personnel".

Problème : la débaptisation n'entraîne jamais la suppression pure et simple des registres de baptême. Si elle est prise en compte, elle se solde par une mention de la demande, à côté de votre nom. En 2014, René Lebouvier, athée de 74 ans au moment de l'affaire, s'est vu refuser par la Cour de cassation d'être rayé des registres de baptême. 

"Ce registre n’est pas une liste d’appartenance comme à une association dont on est membre et dont on est rayé quand on ne paie plus sa cotisation, explique le Père Bruno Mary, directeur du service national de la pastorale liturgique et sacramentelle. Le registre est un lieu de mémoire d’un événement public."

Le Père Bruno Mary voit les demandes de débaptisation comme des "démarches personnelles et très conjoncturelles", et une "réaction un peu excessive". Selon lui, se faire baptiser revient à "adhérer à une foi", ce qui amène "l'appartenance à un peuple". "Dans une famille, on peut ne pas être d’accord avec un membre, ce n’est pas pour autant qu’on n'en fait plus partie", dit-t-il à RTL.fr, en faisant une analogie. "L’Église ne se résume pas à une prise de position sur un sujet de société, qui, par définition, est toujours conjoncturel", estime-t-il. Pour le Père Bruno Mary, la débaptisation se justifie surtout pour les personnes qui n'ont pas la foi. 

Revendiquer sa liberté de conscience

Pour certains, c'est une question presque vitale. C'est le cas de Luména, âgée de 36 ans. "Je me dis qu’il fallait le faire parce que c’est comme le vote blanc. J’ai le droit de me retirer de la religion, dans la mesure où je suis rattachée à quelque chose auquel je ne crois pas." "Se faire débaptiser est presque une revendication, mais pour moi, c’est juste pour être en adéquation avec ce que je pense", estime Luména, qui a fait toute sa scolarité dans un établissement privé catholique, et a étudié les religions par la suite. Elle confie qu'elle attendra le décès de sa grand-mère, très pratiquante, pour passer à l'acte.

Le baptême doit être un acte réversible

Jean Bauberot, historien et sociologue
Partager la citation

C'est un droit auquel croit farouchement l'historien et sociologue Jean Bauberot, fondateur du Groupe Sociétés, Religions, Laïcité, qui fait partie du Centre National de la Recherche Scientifique. "Il faudrait que le droit à la débaptisation soit reconnu, réclame-t-il. Le baptême devrait être accompagné d’une clause disant que l'on peut demander à être débaptisé. Le baptême doit être un acte réversible. C'est une affaire de conscience et rien n’est plus précieux que le respect de la conscience d’autrui."

Quentin, étudiant français exilé à Londres, a aussi reçu une éducation catholique. "Au fil du temps, je me suis senti de plus en plus éloigné de l'Église en temps qu'institution, en raison de certaines de ses positions sociétales que je considère archaïques et irresponsables, sur l'avortement, le préservatif, le refus de faire entrer les femmes dans le clergé, énumère-t-il à RTL.fr. La goutte d'eau a été la campagne très active de tout le clergé français contre le mariage gay en 2012, particulièrement lorsque le cardinal Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, a proposé pour le 15 août une 'prière pour la France' évoquant le projet de loi."

Pas d'anticléricalisme

"À partir du moment où le Vatican fait de la politique, on en fait aussi, estime Christian. J'ai essayé de ne pas verser pour autant dans un anticléricalisme primaire. Il y a une différence entre respecter les autres et s'opposer à la parole politique d'un chef d'État. C'est la barrière à respecter." 

Il y a une différence entre respecter les autres et s'opposer à la parole politique d'un chef d'État

Christian, débaptisé
Partager la citation

"C’était surtout par rapport à l’Église pour moi, ce sont des comptables, des représentants qui se sont nommés entre eux, raconte Quentin, réalisateur de 32 ans. Est-ce qu’on estime que le Pape est un représentant de Dieu sur Terre ou un politicien ?" Vers ses 15 ans, Quentin confie à un prêtre qu'il n'a pas la foi. "J’ai rencontré un prêtre très gentil, qui m’a conforté dans mon idée, en disant que l'important n’est pas de croire, mais ce que préconise chaque religion en terme d’amour."

Quentin demeure d'ailleurs "attaché à certaines valeurs de la foi chrétienne", malgré sa débaptisation. "Je ne retenais des enseignements religieux que ce qui me plaisait, comme la tolérance, l'altruisme, l'humanitaire, le dialogue avec les autres religions. Je ne prêtais pas attention à tout ce qui relevait de la foi, des rites, de la théologie. C'est dans ce sens que la religion a joué un rôle dans mon éducation."

Quentin raconte avoir eu des débats sur le sujet avec un de ses amis, catholique pratiquant et marié à l'église, mais désapprouvant les positions de l'Église sur les sujets sociétaux, dont le mariage pour tous : "Sa position est de lutter et débattre de l'intérieur pour tenter de faire changer ces positions institutionnelles. C'est donc un grand optimiste à mes yeux." Le jeune homme ne se fait pas beaucoup d'illusion : "Même s'il y avait des mouvements massifs de débaptisation, ce n'est pas demain la veille que l'Église catholique ouvrira la prêtrise aux femmes ou le mariage aux LGBT."

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Religions Société Religions
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7780772607
Ils ont choisi de se faire débaptiser
Ils ont choisi de se faire débaptiser
DÉCRYPTAGE / TÉMOIGNAGES - En France, environ 1.000 personnes demanderaient à être débaptisées chaque année. 4 d'entre eux expliquent à RTL.fr pourquoi ils ont fait ce choix.
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/ils-ont-choisi-de-se-faire-debaptiser-7780772607
2015-12-23 09:30:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/p0ln0GXpiGVtk793jukaag/330v220-2/online/image/2015/1218/7780922521_environ-1-000-personnes-par-an-demanderaient-a-etre-debaptisees-en-france.jpg