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Enseignant agressé à Aubervilliers : la sécurité des écoles en question

Un enseignant d'une école maternelle d'Aubervilliers a été agressé lundi matin par un homme qui s'est réclamé de l'État islamique. La ministre de l'Éducation a promis un renforcement des mesures de sécurité dans les établissements scolaires.

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Enseignant agressé à Aubervilliers : la sécurité des écoles en question Crédit Image : AFP | Crédit Média : Guillaume Chièze | Durée : | Date : La page de l'émission
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

L'école républicaine française a-t-elle été la cible d'une attaque menée conformément à un appel de l'État islamique ? Un instituteur d'une école maternelle publique d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, a été agressé à l'arme blanche, lundi 14 décembre, par un homme qui a invoqué l'organisation terroriste, un mois après les attentats de Paris revendiqués par le groupe jihadiste qui a désigné récemment l'école républicaine française comme cible. Le pronostic vital de l'instituteur de 45 ans, blessé superficiellement au flanc et à la gorge avant l'arrivée des élèves, n'est pas engagé. L'agresseur est quant à lui toujours recherché.

La victime préparait sa classe lorsqu'un individu en tenue de peintre, ganté et cagoulé, chaussures militaires de type rangers aux pieds, a fait irruption dans la salle de cours peu après 7 heures, alors que les élèves n'étaient pas encore arrivés. Selon les premiers éléments de l'enquête, l'homme est arrivé sans arme et s'est saisi d'un cutter ou d'une paire de ciseaux qui se trouvaient dans la classe pour le planter à la gorge et à l'abdomen, avant de lui frapper la tête contre un mur et de prendre la fuite. 

Avant de disparaître dans la nature, l'agresseur aurait lancé : "C'est Daesh, c'est un avertissement", selon un échange très bref rapporté par un témoin et confirmé par le parquet de Bobigny. Selon le journaliste de RFI spécialiste des questions jihadistes David Thomson, l'État islamique n'a pas revendiqué l'agression mais "s'en félicite"Même si les sources policières se montrent prudentes sur la menace islamiste, la section antiterroriste du parquet de Paris s'est aussitôt saisie de l'enquête ouverte pour "tentative d'assassinat sur enseignant en relation avec une entreprise terroriste".

L'école laïque ciblée précisément par l'État islamique

"Cet acte d'une grande gravité s'est produit dans un contexte où, oui, l'école se sent menacée", a affirmé la ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem qui s'est rendue dans cette école de la proche banlieue parisienne. Fin novembre, l'État islamique a proféré des menaces à l'encontre des enseignants dans son magazine en ligne Dar Al-Islam. Titré La France à genoux en référence aux attentats du 13 novembre, le septième numéro de cet outil de propagande officiel consacre un dossier à l'école française, vue comme un lieu de "mécréance" et de "perversion", et appelle à "combattre et tuer" les professeurs, vus comme "des corrupteurs".

Dar Al-Islam condamne en particulier la charte de la laïcité, qui s'affiche dans les écoles depuis deux ans et stipule que "la Nation confie à l'École la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République". Ces valeurs ne sont qu'"un tissu de mensonges et de mécréance", tranche la revue. Le magazine en ligne propose deux solutions face à ce problème : "rejoindre la terre d'islam" et "faire la hijrah (l'émigration, ndlr) vers le califat, ou "combattre et tuer tous ces corrupteurs", qui vise grossièrement "les ennemis d'Allah" et plus précisément "les professeurs, qui enseignent la laïcité aux enfants", et "les services sociaux" qui "arrachent les enfants musulmans à leurs familles pour les confier à des mécréants et détruire ce que le musulman a de plus cher après la religion".

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À l'époque, cet appel au meurtre avait inquiété Pascal Beaudet, maire PCF d'Aubervilliers. "Ça m'avait interrogé. Les enseignants ne m'en avaient pas parlé mais je pense qu'ils étaient quand même inquiets. Après le 13 novembre, on était tous un peu sur le qui-vive", a-t-il confié à RTL. Depuis lundi matin, le SNUipp, premier syndicat des enseignants dans le primaire, affirme recevoir "beaucoup d'appels de collègues du département, très inquiets". "Les collègues ne pensent pas forcément qu'il y aura un attentat organisé, mais ils craignent que ce message de folie meurtrière suscite des passages à l'acte de la part de personnes déséquilibrées", a indiqué à l'AFP Rachel Schneider, secrétaire départemental du SNUipp.

La sécurité des établissements scolaires va être renforcée

Au regard de la capacité de l'État islamique à convaincre des terroristes et des déséquilibrés à passer à l'acte, le ministère de l'Intérieur indiquait début décembre "prendre en compte" cette menace. Depuis les attentats du 13 novembre, plusieurs consignes ont été données aux personnels de l'Éducation nationale, aux parents d'élèves et aux élèves dans les établissements scolaires, dans le cadre des règles "Vigipirate". Elles ont été réactualisées à deux reprises et sont toujours appliquées, de la maternelle à l'université.

- affichage obligatoire des fiches Vigipirate à l'entrée des établissements ; 
- l'accueil à l'entrée des écoles et établissements scolaires doit être assuré par un adulte ;
- un contrôle visuel des sacs peut être effectué ;
- l'identité des personnes étrangères à l'établissement doit être systématiquement vérifiée ;
- deux exercices de sécurité (évacuation incendie et mise à l'abri ou confinement) doivent être effectués avant les vacances de Noël ;
- une attention particulière doit être portée aux abords de l'établissement en évitant tout attroupement préjudiciable à la sécurité des élèves ;
- les familles ne doivent pas s'attarder devant les portes d'accès des écoles primaires ;
- le stationnement des véhicules est interdit aux abords des établissements en Vigipirate Alerte Attentat ;
- les horaires d'entrées et de sorties des élèves peuvent être assouplis pour mieux contrôler les flux d'élèves ;
- chacun doit signaler tout comportement suspect ;

La ministre de l'Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, a promis lundi que le gouvernement allait "continuer" à renforcer les mesures de sécurité dans les écoles. "Nous allons continuer, avec le ministère de l'Intérieur, à renforcer les mesures de sécurité, dans un contexte, où, oui, l'école se sent menacée", a-t-elle affirmé. À plus grande échelle, la locataire de la rue de Grenelle a rappelé que des enseignants et autres personnels de l'Éducation nationale allaient être formés aux premiers secours. "Avec le ministre de l'Intérieur, nous avons un plan que nous allons rendre public dans quelques jours sur ce point", a-t-elle indiqué.

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2015-12-14 13:59:41
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