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Émeutes de 2005 : "Ce qui nous guidait, c'était la vengeance", confie un participant

Dix ans après les émeutes à Clichy-sous-Bois, un participant témoigne anonymement.

Une scène d'émeutes à Clichy-sous-Bois, en 2005
Une scène d'émeutes à Clichy-sous-Bois, en 2005 Crédit : JOEL SAGET / AFP
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La rédaction numérique de RTL
et AFP

Il y a dix ans, en octobre 2005, Karim participait émeutes à Clichy-sous-Bois. Il revient aujourd'hui sur son était d'esprit, partagé par les jeunes qui ont embrasé la ville après la mort de Zyed et Bouna. "Ce qui nous guidait, c'était la vengeance. On était déterminés". Karim -qui a demandé à ce que son prénom soit modifié pour préserver son anonymat- se souvient du soir du 27 octobre 2005 comme si c'était hier. Il avait 16 ans.

Au collège avec Zyed Benna et dans la même classe de 3e que Bouna Traoré, il avait passé la journée chez un cousin. "C'était les vacances scolaires, le mois du ramadan. Quand j'ai reçu le SMS m'annonçant qu'ils étaient décédés (électrocutés dans un transformateur, ndlr), ça m'a fait un choc. La veille on jouait ensemble à la Playstation", se rappelle-t-il. Karim se dit que ça aurait pu être lui s'il était resté jouer au foot avec ses copains du quartier. "Toute ma vie ça sera ancré en moi. Quand on a compris qu'ils étaient coursés par la police et qu'ils ont été brûlés vifs, on a eu mal. A 16 ans, on n'est pas armé pour ça", poursuit cet étudiant dont les parents vivent toujours à Clichy.

Sa motivation ? La vengance

La ville s'embrasait, personne ne pouvait passer. Il y avait le feu partout". Le premier soir, Karim voit les voitures brûler de sa fenêtre. "Il y avait un ras-le-bol, des contrôles de police très fréquents, la ville était mise à l'écart... C'était une accumulation de tout ça, les révoltes. La mort de Zyed et Bouna, deux ados qui pensaient qu'à aller à l'école et jouer au foot, ça a été la goutte d'eau", analyse-t-il. Karim finit par se rallier aux émeutiers le deuxième soir. Caché sous une cagoule en ces fraîches nuits d'octobre, il veut en découdre. "Notre objectif c'était de brûler des voitures pour faire venir les policiers et ensuite les caillasser", explique-t-il, conscient aujourd'hui "d'avoir fait le mouton".

Pour nous, c'était soit ça, soit se taire. On était en colère, on a pris les armes qu'on avait.

Karim
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Jets de cocktails Molotov, pierres et projectiles sur les policiers, voitures qui flambent, "ça courait dans tous les sens, ça criait, il y avait des retours de flammes", décrit Karim, qui a ressenti "la peur". "Je suis pas un leader, j'ai fait comme les autres, mais j'ai vite compris que c'était dangereux." Pour autant, il ne "regrette rien". "Pour nous, c'était soit ça, soit se taire. On était en colère, on a pris les armes qu'on avait. Si rien ne s'était passé, il n'y aurait pas eu toutes ces améliorations à Clichy", se justifie-t-il.

Le rôle-clé des médiateurs

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A Clichy-sous-Bois, les émeutes dureront cinq nuits, avant de se propager en région parisienne puis dans la France entière, au point que l'état d'urgence sera décrété. "Les médiateurs ont fait un gros boulot pour que ça se calme. Ils étaient là toutes les nuits pour convaincre les jeunes de rentrer chez eux", salue Karim. Mehdi Bigaderne, 32 ans, était de ceux-là. Aujourd'hui élu à Clichy, il a été profondément marqué par les événements et les nuits passées dehors. "C'était une révolte sociale et urbaine spontanée, pas du tout anticipée. C'était de l'automutilation", se remémore le cofondateur d'ACLEFEU.

"Ça pourrait exploser à nouveau" aujourd'hui, selon lui, car "les injustices sociales sont toujours là et il y a un désespoir profond chez les jeunes". La différence: "le rapport aux institutions est plus frontal, plus agressif" qu'en 2005.

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