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Électricité : pourquoi la centrale à charbon de Saint-Avold a-t-elle été rallumée ?

PODCAST - La centrale à charbon de Saint-Avold en Moselle a été rallumée pour produire de l'électricité et éviter les coupures tant redoutées. 440.000 tonnes de charbon ont déjà été importées sur le site.

La cheminée de la tranche 6 crache à nouveau la fumée de la combustion du réacteur à charbon à la centrale thermique de Saint-Avold
La cheminée de la tranche 6 crache à nouveau la fumée de la combustion du réacteur à charbon à la centrale thermique de Saint-Avold
Crédit : Samuel Goldschmidt
CENTRALE À CHARBON - La centrale de Saint-Avold repart pour un tour
00:13:17
Samuel Goldschmidt - édité par Sylvain Zimmermann

Elle aurait du être démantelée définitivement en mars 2022, et pourtant elle vient de redémarrer le lundi 28 novembre, à 9 heures du matin. Direction la centrale Émile-Huchet, plus précisément au pied de la tranche 6, le plus puissant réacteur à charbon de France. 

Émile Huchet, c’était l’ancien directeur général des houillères Sarre et Moselle entre 1924 et 1939. Son nom a été donné à cette centrale mise en service en 1951 à Saint-Avold ici en Moselle, en plein bassin minier. Ce lieu gigantesque a toujours été destiné à produire de l’énergie, de l’électricité, grâce au charbon.

Elle est toujours depuis les années 60 l'une des plus grosses centrales thermiques de France. Elle a beaucoup changé en 70 ans mais elle possède une rareté, la fameuse tranche 6, capable de produire 600 MW d’électricité. La centrale Émile Huchet a beau avoir été améliorée tant que possible au fil des ans, la tranche 6 appartient au passé.

Une montagne de charbon

Les centrales à charbon sont les pires émettrices de gaz à effet de serre et la France avait prévu de les fermer en mars dernier, sauf que le déclenchement de la guerre en Ukraine a bouleversé le marché de l’énergie. Par crainte de manquer d'électricité cet hiver, il a été décidé de relancer les deux dernières centrales à charbon de France, Cordemais en Loire-Atlantique entre Nantes et Saint-Nazaire, et Saint-Avold.

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De loin, une centrale à charbon pourrait faire penser à une centrale nucléaire parce que depuis l’autoroute A4 qui passe tout près on voit les immenses tours aéroréfrigérantes, ces grands cylindres évasés d’où sortent des nuages de vapeurs d’eau, parce que comme dans une centrale nucléaire on chauffe de l’eau et la vapeur va faire tourner une turbine qui produit de l’électricité, sauf qu’ici le réacteur fonctionne au charbon.

Il faut une montagne de charbon - littéralement - pour faire chauffer le foyer, une montagne de 420.000 tonnes. 6.000 tonnes sont brûlées chaque jour, voilà l’ordre de grandeur. Jour et nuit les bulldozers amènent toutes les 30 secondes une pelletée de 8 tonnes vers les tapis roulants qui convoient le combustible vers le réacteur. On aperçoit aussi des camions qui sans cesse ramènent le charbon de l’extrémité du tas qui est à plusieurs centaines de mètres de distance vers le point de chargement.

La chaudière est un "monstre"

Au pied du stock de charbon entreposé à la centrale de Saint-Avold
Au pied du stock de charbon entreposé à la centrale de Saint-Avold
Crédit : Samuel Goldschmidt

Ce charbon a été importé d'Afrique du Sud, de Colombie, des États-Unis, pour un coût de 400 millions d'Euros, alors jusqu’en avril 2004 et la fermeture de la dernière mine de charbon de France le combustible arrivait justement de la Houve à Creutzwald, à 6 km de là. Désormais la tranche a donc repris la production d’électricité, tout fonctionne, et c’est un mastodonte qui est en route, un volcan contrôlé.

Le réacteur, la chaudière proprement dite, on ne s’en approche pas, c’est un "monstre", la chambre de combustion fait 92 mètres de hauteur, cela crée un vortex, une colonne, une tornade de feu à l’intérieur, un chalumeau gigantesque pour avoir le meilleur rendement possible. Le feu fait monter la température à 1.000 degrés, et chauffe des serpentins où circule de l'eau, pour produire une vapeur à 540 degrés qui va faire tourner une gigantesque turbine Alsthom, installée en 1980 et qui fonctionne comme une horloge.

Le courant est ensuite injecté dans le réseau de RTE, la régie de transport de l’électricité, à pleine puissance les 600 mégawatts de la centrale Émile Huchet représentent la consommation d’un tiers des ménages de tout le Grand-Est.

500 millions d'euros d'investissement

Jour et nuit des camions ramènent le charbon de l'extrémité du stock à plusieurs centaines de mètres vers le point de chargement où les tapis roulants vont l'emmener vers la chambre de combustion
Jour et nuit des camions ramènent le charbon de l'extrémité du stock à plusieurs centaines de mètres vers le point de chargement où les tapis roulants vont l'emmener vers la chambre de combustion
Crédit : Samuel Goldschmidt

Dernier détail de cette opération compliquée : tous les ouvriers qui savent faire fonctionner cette tranche avaient été licenciées dans le cadre d’un plan de départ. Car, on le rappelle, cette chaudière devrait être définitivement éteinte, on est donc allé rechercher des anciens pour pouvoir rallumer le groupe à charbon !

Le charbon, le transport, les travaux, les salaires et les primes pour attirer suffisamment d’employés compétents, on est à un investissement de 500 millions d’euros. Ce qui sort d’ici est surnommé un peu ironiquement "l’électricité la plus chère de France". C’est le prix pour tenter de passer l’hiver sans coupures de courant, Saint-Avold n’est là que pour fournir le petit pourcentage supplémentaire qui pourrait éviter une extinction.

Mais ce sera surtout l’électricité la plus polluante. Le charbon est l’énergie la plus carbonée, la plus émettrice de CO2 largement devant le pétrole et le gaz. La décision de recourir encore une fois à ces centrales de Cordemais et Saint-Avold a été largement commentée et critiquée. "On déterre un cadavre", disent d’ailleurs quelques anciens du site.

Car même si le charbon ne représente plus que 0,3% de l'électricité produite par des combustibles fossiles en France, il fait tâche, une grosse tâche noire en contradiction avec les objectifs de décarbonation de l’industrie affichés par le même gouvernement qui a autorisé cette prolongation.

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