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Effondrements à Marseille : les enfants évacués ont besoin d’aide

REPORTAGE - Plus de 500 enfants ont dû quitter leur logement depuis l’effondrement de deux immeubles dans le quartier de Noailles, le 5 novembre dernier.

Stéphane Carpentier RTL Evenement Stéphane Carpentier
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Effondrements à Marseille : les enfants évacués ont besoin d'aide Crédit Image : Claude Paris/AP/SIPA | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :
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Hugo Amelin et Leia Hoarau

Ballottés d’hôtel en hôtel et impuissants face à la détresse de leurs parents, ils souffrent de troubles du sommeil, de l’alimentation, d’hyper-excitation et désespèrent, trois mois après, de retrouver un jour un logement pérenne. Les psychologues qui suivent bénévolement ces enfants dénoncent une situation d’urgence.

Plus de 500 enfants ont dû quitter leur logement depuis l’effondrement de deux immeubles dans le quartier de Noailles, le 5 novembre dernier. À Marseille, on les appelle des "minots". Ilyès, 10 ans, Maïssa et Dora, 12 ans et Amir, 8 ans, sont à l’école primaire ou au collège et ils ont accepté de nous raconter leur quotidien.

Tous se souviennent avec précision du moment où ils ont dû évacuer l’appartement familial. "Il y avait la police et les pompiers devant l’immeuble, j’ai eu peur. J’ai vu mes parents faire leurs bagages et ils m’ont expliqué quand on est arrivé à l’hôtel", enchaîne Maïssa. "On a pris juste les papiers, des habits... Il y a beaucoup de choses qui sont restées là-bas, mes jouets par exemple. On a emmené le minimum du minimum de nos affaires".

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Une nouvelle vie, différente et compliquée

Impossible de revenir, leurs immeubles sont condamnés. Coincés dans la promiscuité des chambres d’hôtels, où cohabitent jusqu'à quatre membres d’une même famille, parfois à plusieurs kilomètres de leur établissement scolaire, le rythme de vie de ces est complètement bouleversé. 

"Moi je pense que l’hôtel c’est rien que pour les vacances, maximum une semaine. Là ça fait bizarre, on n’a plus de repère. Chez nous, on vivait normalement comme des gens normaux", confie Ilyès. "Le matin, je me réveille beaucoup plus tôt pour aller à l’école, vers 6h30. Avant j’habitais à 5 minutes du collège et maintenant je dois prendre le métro et changer de ligne", raconte Maïssa.

Impossibilité de faire leurs devoirs, retards dû aux transports publics, fatigue supplémentaire... Certains parviennent à maintenir leur niveau scolaire mais d’autres plongent complètement. "Il y a une vraie rupture, nous faisons face à des enfants déracinés", avertit la psychologue Cécile Coulon, qui rencontre chaque semaine ces petits évacués.

Je ne dis rien, j'ai peur qu'ils se moquent de moi

Maïssa
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Dora, emmitouflé dans son manteau en fourrure jaune, mange chaque soir à la Cité des Associations, installée sur la Cannebière, qui offre chaque soir un repas sommaire mais chaud aux évacués qui le souhaitent. Pour cette élève de 5e, le plus dur c’est l’instabilité. "C’est la quatrième fois que l’on change d’hôtel. Ma mère est handicapée mais elle est obligée de porter tous nos bagages. Je dois l’appeler entre les cours pour me tenir au courant du lieu où la rejoindre. J’aimerai rester fixe".

Cette situation de précarité, dont les familles et les pouvoirs publics ne voient pas le bout, devient chaque jour plus honteuse pour ces enfants et jeunes ados. "À l’école, je n’en ai parlé qu’à trois personnes, mes meilleurs amis", avoue Amir, en CE2. "Moi je ne dis rien, j’ai peur qu’ils se moquent de moi", dit Maïssa. "Parfois on me fait des blagues mais s’ils étaient dans ma situation, ils ne diraient pas ça. J’espère que bientôt j’aurai une plus belle maison qu’eux", renchérit Dora, revancharde.

Des séquelles psychologiques sur le long terme

Les conséquences de ces traumatismes sur la santé physique et psychologique sont nombreuses. Pour les plus petits, c’est encore plus compliqué. Sophie Psalti, psychologue clinicienne auprès d’enfants atteint du cancer, s’est portée volontaire pour accompagner les enfants délogés : "C’est encore plus traumatisant pour ceux qui n’ont pas la parole, ils vont exprimer leur mal-être autrement : ne pas dormir, être hyper-excités, avoir des terreurs nocturne, refuser de s’alimenter... Ils ressentent un sentiment d’insécurité", développe-t-elle. 

"Les enfants ont vu les immeubles effondrés, ils savent qu’il y a eu des morts, vous imaginez toutes les questions que ça soulève ? Et si ça avait été moi, si ça avait été mes parents ? Est-ce qu’elle peut tomber ma maison ? Les parents protègent leurs enfants, mais l’inverse est vrai aussi. Alors ils parlent peu et dans leurs têtes, ça tourne en rond". 

Avec des cas parfois dramatiques : cette semaine un adolescent de 15 ans, déjà suivit psychologiquement, a laissé un mot a sa mère en menaçant de se suicider, à cause de cette situation qui lui paraît inextricable. "Sans filtre, ils sont mis face au réel pur et dur. Ça, ça ne doit pas arriver à des enfants. Il y aura certainement des séquelles à long terme. On peut se faire beaucoup de soucis pour eux, ils sont fragilisés", conclut Sophie Psalti. Comme Amir, tous n’espèrent qu’une seule chose : "arrêter de changer d’hôtel et aller dans une nouvelle maison".

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