4 min de lecture Terrorisme

Comment la France lutte contre le terrorisme en tuant ses jihadistes

DÉCRYPTAGE - "Le Monde", qui a publié une large enquête sur l'action des autorités françaises dans leur lutte contre le terrorisme, évoque "le permis de tuer" et les nombreuses questions que cela pose.

François Hollande, le 26 novembre 2016 à Madagascar
François Hollande, le 26 novembre 2016 à Madagascar
Claire Gaveau
Claire Gaveau
Journaliste RTL

"J’en ai décidé quatre au moins (…) D’autres présidents en ont fait davantage". Face à Gérard Darvet et Fabrice Lhomme, qui ont publié le livre polémique Un président ne devrait pas dire ça…, François Hollande évoque publiquement certains assassinats ciblés. Une divulgation d'un secret-défense qui lui vaut rapidement de nombreuses critiques, jusqu’au sein de son propre gouvernement.

L'affaire ne s'arrête pas là et Le Monde a publié une large enquête mercredi 4 janvier. En dévoilant certains extraits du livre du journaliste indépendant Vincent Nouzille, Erreurs fatales, l’action du sommet de l’État français est en partie mise en lumière et résumée en trois mots : "permis de tuer". "Depuis son élection en mai 2012, François Hollande entend incarner une politique plus martiale que ses prédécesseurs, quitte à en payer le prix et à sortir du strict cadre de la légalité", écrit Vincent Nouzille. Pas question pour le chef de l’État de laisser les groupes terroristes agir sans apporter une réponse militaire derrière.

Une liste nominative de personnes à éliminer

Selon les principes de cette politique, chaque prise d’otages ou attentat nécessite des représailles. Si elles ne sont pas officielles, celles-ci sont bien réelles. Pour cela, l’État, de même que la DGSE et l’armée possèderaient une liste nominative de personnes à éliminer : "François Hollande a donc donné des consignes claires aux états-majors militaires et à la DGSE sur le sujet : ils ont son feu vert pour tuer à l’étranger, y compris clandestinement, des chefs terroristes et d’autres ennemis présumés de la France", écrit le journaliste indépendant. C’est ce qu’on appelle dans le jargon les High Value Target ou High Value Individuals.
 
Ainsi, des opérations ciblées ou opérations "homo", pour homicides, seraient clairement décidées dans les plus hautes sphères étatiques pour des questions de sécurité nationale alors que l’Hexagone a déjà été frappé à plusieurs reprises par Daesh comme lors des attentats de janvier 2015, du 13 novembre ou plus récemment à Nice, le 14 juillet dernier.

Les États-Unis, leader numéro 1 de la coalition

Si François Hollande a évoqué "au moins quatre" assassinats, Le Monde révèle de son côté huit noms de jihadistes français tués par des frappes ciblées en Irak ou en Syrie. Cinq noms ont été révélés dans un communiqué américain : David Drugeon, Charaffe El-Maoudan, Boubaket El-Hakim, Salah Gourmat et Walid Haman. Le quotidien évoque également ceux de Rachid Marghich, Wissem El-Mokhtari et Macreme Abrougui.

François Hollande s'abroge un droit de vie et de mort sur des citoyens alors que la peine de mort n'existe pas en France

Christophe Ayad, journaliste au Monde
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Mais la France serait loin d’être seule dans cette lutte contre le terrorisme. À ses côtés, les États-Unis. Véritables leaders de la coalition internationale qui intervient dans cette zone de combat irako-syrienne, les Américains seraient responsables de la mort de sept des huit jihadistes cités. Seul Macreme Abrougui, proche de l’une des voix de Daesh, Fabien Clain, aurait été tué par un bombardement français bien que les autorités n’aient jamais confirmé l’information.

Des révélations qui symbolisent pleinement la différence d’action entre les deux nations. Officiellement, la France ne vise que des sites stratégiques de l’organisation terroriste comme des camps d’entraînement ou encore des centres de commandement.

Hollande et le droit de vie ou de mort

Dans la réalité, les faits sont donc bien différents. Si la multiplication des attaques terroristes a mis en lumière des pratiques jusqu'à présent secret-défense, elles ont pourtant toujours existé. Les exécutions ciblées des opérations "homo" sont menées par la DGSE de manière totalement clandestine. "On ne laisse pas de trace et on repart. Ce sont souvent des représailles pour que le message passe", détaille Christophe Ayad, chef du service international du Monde.

Dans les zones de guerre, comme au Sahel, en Irak ou en Syrie, les activités sont encore différentes. En tant que président de la République, François Hollande est le chef de l'armée française. Il doit ainsi prendre des décisions afin de mener à bien certaines frappes ciblées possible grâce à un long ciblage à partir de renseignements électroniques, des interrogatoires ou encore des études d'imagerie. Problème : toutes ces exécutions ciblées, également appelées exécutions extrajudiciaires, ne sont pas réalisées dans une zone autorisée.

Les deux logiques, militaire et judiciaire, s'affrontent, et il ne paraît pas possible de les faire cohabiter

Vincent Nouzille, journaliste indépendant
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Dès lors, François Hollande interviendrait dans trois cas lorsqu'un problème de légalité se pose, lorsque des pertes civiles pourraient être déplorées et lorsque des citoyens français sont à la fois poursuivis par la justice et par des militaires. Le rôle du chef de l'État est alors clair : arbitrer et décider du sort des jihadistes français. "Le problème, c'est qu'il s'abroge un droit de vie et de mort sur des citoyens alors que la peine de mort n'existe pas en France", explique Christophe Ayad.

La zone grise, une frontière impossible

Des propos qui trouvent un écho particulier dans le livre de Vincent Nouzille, Erreurs fatales : "Les deux logiques, militaire et judiciaire, s'affrontent, et il ne paraît pas possible de les faire cohabiter". Surtout que l'efficacité est remise en cause par ce dernier : "Leur légalité pose souvent question, tout comme leur efficacité réelle dans la lutte contre le terrorisme, puisqu'elles n'empêchent pas les groupes rebelles de se reconstituer et qu'elles accroissent les risques de surenchère".

C'est ce qu'on appelle les zones grises, c'est-à-dire un moment où un État est amené à tuer certains ressortissants même si ce dernier est activement poursuivi par les instances judiciaires dans le but d'être jugée sur le territoire national, la frontière entre militaire et judiciaire étant dès lors quasiment impossible à trouver.

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