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Des manifestants se tiennent au milieu des gaz lacrymogènes tirés par la police anti-émeute lors d'une manifestation de lycéens à Lyon, le 13 octobre 2026.
Crédit : JEFF PACHOUD / AFP
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À quelques heures de la mobilisation du 17 octobre, l'inquiétude monte chez les élus comme chez les commerçants. Beaucoup redoutent que la colère sociale ne déborde du cadre des manifestations, alors que plusieurs dizaines de milliers de personnes sont attendues dans les rues partout en France.
Selon une synthèse du renseignement territorial consultée par RTL, entre 60.000 et 110.000 manifestants sont attendus hors Paris. Au total, 77 cortèges sont en cours d'organisation. Le mouvement ne concerne pas seulement les grandes métropoles.
Invité sur RTL, vendredi 16 octobre, le maire de Barentin et président de l'Association des petites villes de France, Christophe Bouillon dit voir monter une inquiétude chez ses confrères élus. Il rappelle que le mouvement des Gilets jaunes était parti de territoires "en périphérie des grandes villes", souvent autour de ronds-points proches de zones commerciales.
L'édile assure qu'il y a "une vraie colère" parmi ses administrés. Il évoque des habitants qui peinent "à joindre les deux bouts", dans des communes où la voiture reste indispensable. "Puis s'ajoutent à cela les questions de logement, l'augmentation du prix et aussi de l'énergie", détaille-t-il. "Donc tout ça cumulé, ça forme une grosse colère."
Christophe Bouillon décrit une tension qui dépasse le simple mécontentement. "C'est comme une marmite qui est prête à exploser", affirme-t-il. Selon lui, "une étincelle pourrait suffire finalement à faire exploser cette colère", perceptible dans les permanences, les échanges du quotidien et sur les réseaux sociaux.
À Barentin, l'élu estime que le souvenir de 2018 reste très présent autour d'une grande zone commerciale et d'un rond-point occupé "pendant des semaines et des semaines". Il juge donc possible une mobilisation locale, même si, à la différence des Gilets jaunes, les manifestations prévues semblent cette fois davantage organisées dans les villes.
Sur la place Bellecour à Lyon, marquée par de précédents épisodes de tensions, des planches de bois ont été déjà installées sur les vitrines d'une grande surface. Dans les rues alentour, l'ambiance est à l'anticipation, à quelques heures de la journée de mobilisation annoncée pour le 17 octobre.
Pour les commerçants, un mot domine : la vigilance. Geneviève, vendeuse de maroquinerie, en discute d'ailleurs avec ses collègues sur le pas de sa porte. La crainte de débordement est au centre des préoccupations. "Il y a tout de même un passé", déclare-t-elle.
Dans sa boutique, il n'est pas question d'attendre que la situation se tende pour réagir. "On ne va pas attendre qu'ils courent dans la rue, vous plaisantez. Sinon, ils sont dans la boutique." Et de poursuivre : "Bien sûr qu'on est là tous pour protéger la marchandise, se protéger."
Au-delà du risque de casse, beaucoup redoutent aussi les conséquences économiques d'une manifestation sous tension. Dans cette zone commerçante très fréquentée, plusieurs professionnels craignent un centre-ville déserté. Une baisse de fréquentation qui pèserait directement sur le chiffre d'affaires.
Romain, vendeur de chaussures, a lui aussi prévu une réponse immédiate en cas de débordements. "Nous, on a une grille qui ferme devant la boutique. Si jamais on voit que ça déborde trop, on baisse la grille", explique-t-il.
Pour lui, la distinction est nette entre les participants au cortège et ceux qui profiteraient de la situation pour commettre des dégradations : "Ils peuvent casser les vitrines, mais il y aura toujours la grille. Les casseurs sont les casseurs. Il y a les manifestants qui ont raison de manifester. Et après, il y a les casseurs. Ça, c'est autre chose."
À Lyon, les organisateurs annoncent deux manifestations distinctes, toutes deux prévues autour du centre-ville. Cette configuration alimente les inquiétudes dans un secteur où les commerces restent particulièrement exposés lorsque les cortèges passent à proximité des zones les plus fréquentées.
La préfecture du Rhône doit mettre en place dans l'après-midi un important dispositif de sécurité. Sur le terrain, les commerçants s'organisent déjà avec leurs propres moyens : vitrines renforcées, grilles prêtes à être baissées et présence maintenue en boutique pour protéger les lieux si la situation venait à dégénérer.
Face au risque de débordements, le gouvernement se prépare lui aussi. Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise (CIC) en vue de la mobilisation de samedi, réunissant notamment les directeurs de cabinet du Premier ministre, du ministre de l'Intérieur et des autres membres du gouvernement concernés, a-t-on appris vendredi auprès de Matignon.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a par ailleurs annoncé que les grenades assourdissantes, dont l'usage a été suspendu "pour le mouvement lycéen", pourront être utilisées en cas de "violences urbaines extrêmement graves" lors de la journée d'action samedi.
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