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"Corps de pédé", "sale nègre", coups de pied, gifles : deux lycéens de 16 ans témoignent de violences policières

Deux adolescents, qui comparaîtront eux-mêmes pour des violences qu'ils nient, témoignent à l'AFP de coups et d'insultes pendant ou après leur interpellation en région parisienne, lors de la mobilisation lycéenne.

Un policier face à un lycéen le 15 octobre à Toulouse

Crédit : Ed JONES / AFP

AFP - édité par Aymeric Parthonnaud

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"Corps de pédé", "sale nègre", des coups de pied ou encore des gifles. Emmanuel et Adam, deux adolescents qui comparaîtront eux-mêmes pour des violences qu'ils nient, témoignent auprès de l'Agence France Presse de coups et d'insultes pendant ou après leur interpellation en région parisienne, lors de la mobilisation lycéenne. Ils ont tous deux porté plainte auprès de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices".

Au total, 36 enquêtes ont été ouvertes à ce stade par l'IGPN pour des violences présumées depuis le début du mouvement lycéen. 
 
Le 30 septembre, Emmanuel a été interpellé en marge du blocage du lycée de l'Observatoire à Meudon (Hauts-de-Seine), où il est scolarisé en première. Les policiers lui reprochent d'avoir jeté des cailloux sur les fonctionnaires près de son lycée, ce qu'il nie. Peu de temps avant d'être interpellé, un policier lui assène un coup de bouclier à la tête alors qu'il "ne représente aucun danger", estime le lycéen dans sa plainte dont l'AFP a eu connaissance.

On ne veut pas t'entendre, sale nègre

Un policier, d'après le témoignage d'Emmanuel

Emmanuel tombe au sol, est menotté, puis "sept à huit" autres fonctionnaires le matraquent, lui assènent plusieurs coups de pied au niveau des jambes alors qu'il est allongé sur le ventre, affirme-t-il. 

Un agent lui appuie la tête contre le sol, Emmanuel dit qu'il ne peut plus respirer. C'est là qu'un autre policier lui lance: "'Ferme ta gueule, on ne veut pas t'entendre, sale nègre'", relate-t-il dans sa plainte. Les policiers le traînent ensuite au sol sur une trentaine de mètres, selon son récit.

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Arrivé au commissariat de Meudon, Emmanuel est immédiatement transporté à l'hôpital, où il reçoit plusieurs points de suture à la cuisse et au front. Un scanner révèle la présence de bouts de verre dans son crâne et un traumatisme crânien. Aujourd'hui, Emmanuel est encore "sous le choc", raconte à l'AFP son père, Fernand, aide-soignant de 52 ans. "Les images de son interpellation lui reviennent en boucle (...). Il a très peur de retourner à l'école car pour lui, c'est le lieu de son enfer."

Sollicité, le parquet de Nanterre a indiqué qu'Emmanuel sera jugé le 9 décembre pour violences sur personne dépositaire de l'autorité publique aggravées et participation avec arme à un attroupement par une personne dissimulant volontairement son visage afin de ne pas être identifiée. 

"Je dis 'non', ils me frappent"

Adam a été interpellé chez son père, le jour même du blocus de son lycée André-Marie Ampère à Morsang-sur-Orge (Essonne), le 30 septembre. Selon un procès-verbal d'interpellation consulté par l'AFP, la vidéosurveillance montre l'adolescent, que les policiers ont identifié grâce au trombinoscope de son établissement, tirer un feu d'artifice "en direction des effectifs de police", non visibles sur l'image. 
"J'ai ouvert la porte, ils m'ont dit, 'Tu sais pourquoi on est là ?' J'ai dit 'non'", raconte l'adolescent. Un policier "a attrapé mon crâne et l'a frappé contre le mur et m'a dit 'Et en plus tu me prends pour un con'", raconte-t-il, encore choqué, à l'AFP. 

Lorsqu'il refuse de donner son code de téléphone, des policiers lui "mettent une gifle", affirme-t-il. "Je redis 'non', ils me remettent une gifle, et puis ils m'ont emmené" au commissariat de Juvisy-sur-Orge (Essonne), se remémore Adam. "À chaque fois que je dis 'non', ils me frappent, et ça a duré facilement 10, 15, 20 minutes", assure-t-il. Alors qu'il est en caleçon pour une fouille, Adam finit par céder. "Je commençais à avoir froid", souffle-t-il.

En short et tee-shirt, il est transféré au commissariat d'Athis-Mons (Essonne) - en raison d'un manque de place à Juvisy-sur-Orge - où il dort "par terre, dans le froid, sur le sol en béton". Au cours de sa garde à vue, l'adolescent essuie aussi "plusieurs fois des insultes homophobes, comme quoi j'étais un pédé, j'avais un corps de pédé".

J'ai eu peur, ils jouaient sur ça

Adam

L'avocat commis d'office d'Adam produit une attestation écrite, consultée par l'AFP, qui fait état de gifles, d'insultes et de conditions dégradées. "Tout le long, j'ai eu peur, ils jouaient sur ça", assure Adam qui se sent "humilié".

Sollicité, le parquet d'Évry a indiqué que l'adolescent sera jugé le 20 novembre pour violence sur un fonctionnaire de police sans incapacité de travail et pour avoir refusé de remettre le code de déverrouillage de son téléphone.

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