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"C’est un personnage qui ne se refusait rien" : 40 ans après sa disparition, Coluche fait-il encore rire ?

Quarante ans après la mort de Coluche, survenue le 19 juin 1986 dans un accident de moto, l’humoriste continue de diviser. Figure incontournable du rire en France et fondateur des Restos du cœur, l’homme à la salopette a laissé derrière lui des sketchs devenus cultes. Mais certains textes, jugés misogynes, sexistes ou racistes, passeraient-ils encore aujourd’hui ? RTL est allé à la rencontre de plusieurs générations pour savoir si Coluche fait toujours rire.

L'humoriste Coluche, le 13 octobre 1980 (photo d'illustration).

Crédit : STF / AFP

Coluche ferait-il toujours rire ?

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Christian Panvert

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Marie, 26 ans, ainsi qu’Axelle et Caroline, 27 ans, ont redécouvert plusieurs sketchs de l'humoriste Coluche sur leur téléphone. Parmi eux, "Le viol de Monique", écrit en 1979, avant même que le viol ne soit clairement défini dans la loi pénale française en 1980.

Dans cet extrait, Coluche lance : "Monsieur le juge, vous faites attention à ce que vous dites. Je ne l’ai pas violé. Pas plus que les autres. Et puis, je vous fais remarquer que violer, c’est quand on ne veut pas. Moi, je voulais, moi".

Une séquence qui choque les jeunes femmes interrogées par RTL. "Oui, il a touché vraiment le fond avec toutes les blagues possibles entre la misogynie, la grossophobie et le sexisme. La culture du viol. Ça peut encore faire rire certaines personnes, donc c’est ça qui est triste, je trouve", réagit l’une d’elles au micro de RTL.

Une autre ajoute : "Je ne pense pas que ce soit un personnage qui mérite d’être joué". En revanche, les trois jeunes femmes reconnaissent avoir souri en écoutant "La publicité", célèbre sketch sur les lessives. "Moi j’avais l’ancien Omo qui l’avait plus blanc. Et il l’avait bien déjà. Et maintenant il y a un nouvel Omo qui lave encore plus blanc. Moi j’ose plus changer de lessive, j’ai peur que ça devienne transparent après", plaisante l’humoriste.

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Kévin et Julie, la trentaine, découvrent eux le sketch du "CRS arabe". "Ce qui me fait rire beaucoup, c’est la manière dont il a délivré le texte plus que le texte lui-même. Et je pense que dans les années 1980-1990, on en avait besoin", estime Kévin.

Julie nuance toutefois : "Je pense qu’aujourd’hui, dans la société française, on a fait beaucoup de progrès. Et je pense que ce genre de sketch serait très mal reçu parce qu’aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on ne peut plus rire de tout". Tous reconnaissent cependant que des mouvements comme #MeToo ont profondément fait évoluer les mentalités.

"Coluche représente un phare" : la nostalgie des anciennes générations

Pour les plus anciens, Coluche reste une référence incontournable. Émile, Emmanuel, Loïc ou encore Patrice, tous grands-pères aujourd’hui, continuent de voir dans ses sketchs une satire toujours actuelle.

"C’est le premier comique que j’ai à l’esprit. Avec son sketch 'C’est l’histoire d’un mec'", se souvient l’un d’eux au micro de RTL.

À 66 ans, un autre assume rire encore de Coluche. "Oui, bien sûr. Mais moi, j’ai 66 ans. Ce que nous permet de comprendre Coluche, c’est qu’on rentre dans une période de censure, peut-être d’autocensure à force d’avoir des censures de l’extérieur. Et ça, c’est extrêmement grave. Et en ça, je pense que Coluche représente un phare".

Interrogé sur ce que serait Coluche aujourd’hui, il répond sans hésiter : "Il évoluerait certainement aussi, comme nous tous".

"Il serait convoqué au tribunal très souvent"

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Pour comprendre comment Coluche serait perçu aujourd’hui dans le milieu du spectacle, RTL a rencontré Gilles Magréau, ancien comédien devenu directeur de théâtre. Il devait programmer l’humoriste en 1987.

Selon lui, les textes de Coluche seraient bien plus difficiles à diffuser aujourd’hui. "Les sujets qu’il traite sont tous des sujets extrêmement borderline actuellement. À l’époque où on les entendait au début des années 1980, c’était d’un lieu commun tout à fait étonnant, et les gens s’esclaffaient à tous les coins de rue", explique-t-il.

Alors, Coluche serait-il interdit de scène ? "Je pense qu’il serait convoqué au tribunal très très souvent. C’est un personnage qui ne se refusait rien", estime le directeur de théâtre.

Pour autant, Gilles Magréau juge que l’humoriste reste inclassable. "Dans le domaine de l’humour, il n’a pas d’équivalent aujourd’hui", affirme-t-il, voyant en lui un "visionnaire", devenu selon lui "beaucoup trop rare de nos jours".

À l’occasion des 40 ans de sa disparition, RTL lance d’ailleurs un podcast inédit en quatre épisodes, La saga Coluche, disponible.

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