4 min de lecture Attentats à Paris

Attentats à Paris : l'armée n'a pas pu aider la police lors de l'attaque du Bataclan

D'après "L'Obs", la procédure d'intervention des militaires sur le territoire français a empêché les soldats de la force Sentinelle d'intervenir.

Les abords du Bataclan
Les abords du Bataclan Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Michael Ducousso Journaliste

Les militaires ne sont pas intervenus tout de suite au Bataclan le 13 novembre dernier, car ils n'en ont pas reçu l'ordre d'aider la police. L'information semble aberrante, à la limite du mauvais humour noir, et pourtant, des enregistrements d'échanges radio avec la police semblent le prouver.

L'Obs a consulté ces enregistrements et en tire des témoignages glaçants. Vers 22h22, un commissaire parisien qui passait à proximité de la salle de spectacle au moment de l'attaque terroriste prend initiative d'entrer dans le Bataclan et tue un des djihadistes. Insuffisamment armé et équipé, il demande du soutien à un agent de la brigade anti-criminalité, posté aux abords de la salle, qui lui rétorque qu'il ne peut pas. Faute d'avoir l'équipement adéquat, il ne peut que sécuriser la zone.

La force Sentinelle impuissante

Dans la rue, il aurait pu porter secours aux victimes qui ont réussi à fuir le Bataclan par le passage Saint-Pierre Amelot. Seulement, là encore, l'équipement dont ils disposent avec ses camarades arrivés en renfort n'est pas suffisant pour ce genre d'opération. D'autant qu'un des terroristes, en embuscade, prend les policiers pour cible avec son fusil d'assaut. "Deux victimes se trouvent dans le passage Saint-Pierre Amelot [...], il est impossible d’aller les chercher", décrit l'agent de la BAC à sa hiérarchie. 

À lire aussi
Le restaurant Casa nostra, cible des attentats, a rouvert le 5 février 2016 Attentats à Paris
"Fausse victime" du 13 novembre : un an de prison ferme pour le gérant du Casa Nostra

Il demande alors à l'état-major de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP) si les "militaires porteurs de Famas" de la force Sentinelle présents sur place sont "autorisés à engager". Autrement dit, tirer. Négatif. Les huit militaires équipés de fusils d'assaut ne peuvent qu'assister à la scène en spectateurs.  "Les militaires ne sont qu'en assistance, ils ne peuvent pas intervenir", lui répond-on à la radio.

Pourtant la description du policier montre bien l'ampleur de la menace : "Un individu [...] au niveau de la porte qui donne sur le passage et qui nous attire vers la porte où il y a les blessés et il attend juste qu'on passe pour pouvoir nous rafaler. [...] Avec les moyens qu'on a d'armement et de protection, on ne peut pas aller chercher les victimes." Rien n'y fait. Les victimes finiront par être secourues sans l'aide de l'armée.

Une doctrine stricte pour gérer les interventions de l'armée

Jean-Luc Taltavull, secrétaire général adjoint du Syndicat des commissaires de la police nationale, avait déjà rapporté des faits similaires devant la commission d’enquête parlementaire créée après les attentats. À un policier demandant du soutien, "Le détachement Sentinelle a dit : 'Non j'ai pas d'ordre pour bouger'. Alors le policier lui a dit : 'Bah, passe-moi ton Famas.' Le militaire a refusé de se séparer de son arme."

Cette mauvaise organisation entre l'armée et la police a peut-être contribué à alourdir le bilan des attentats. Pourtant, ce système est paradoxalement très codifié. L'Obs parle ainsi d'une "doctrine" qui encadre l'action des militaires sur le sol français. Ils ne peuvent agir que sous contrôle de l'autorité policière et en aucun cas au sein d'unité mixte mêlant soldats et policiers. Résultat, lors de l'attaque, les troupes les mieux préparées pour riposter n'ont pu qu'établir un périmètre de sécurité.

D'après une source policière, ils auraient tout de même pu riposter pour permettre aux policiers de secourir les victimes du passage Amelot, mais dans le feu de l'action, l'ordre n'a pas été donné : "Quelques minutes avant ces échanges radio, les terroristes avaient fait feu sur les policiers. La situation n’était pas clairement connue. Les primo-intervenants doivent tenir le périmètre, figer la situation, s’ils sont tués ou blessés, ils ne peuvent plus aider personne."

"Les autorités craignent évidemment des dommages collatéraux"

Les représentants de l'armée contactés par le magazine d'information ont expliqué ne pas avoir eu vent de ces épisodes. "Les militaires ont rempli parfaitement les missions qui leur avaient été attribuées par l’autorité policière", répond simplement un proche du gouverneur militaire de Paris. "Il y a eu une vraie mission accomplie par les militaires en appui des forces de sécurité intérieure. Sur d’autres sites, des militaires ont porté secours à des blessés."

D'après l'Obs, un nouveau texte concernant les "dispositions devant s’appliquer en cas d’événements graves" est en préparation au ministère de la Défense. Un texte qui devrait éviter la situation aberrante qui a eu lieu devant le Bataclan le soir du 13 novembre. "Le but est de mieux se coordonner, de travailler étroitement avec les militaires, c’est indispensable. Nous avons fait des retours d'expérience sur le 13 novembre et nous continuerons à évoluer", indique la hiérarchie policière. 

Une autre source policière nuance ces propos : "Les autorités craignent évidemment des dommages collatéraux. En clair, ils ont peur que les militaires fassent n’importe quoi si leur marge de manœuvre est augmentée." Cela expliquerait peut-être pourquoi le ministère de l’Intérieur a préféré améliorer les équipements des BAC et des Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG). Dix-sept millions d’euros ont été dépensés pour leur fournir des pistolets-mitrailleurs, des nouveaux gilets pare-balles, des équipements de protection plus performants... Des solutions qui ne sont pas encore appropriées d'après le Syndicat des commissaires de la police nationale qui réclame une nouvelle "doctrine" permettant de mieux associer militaires et forces de police. Jean-Yves Le Drian devrait être interrogé sur cette question lors de son entrevue prochaine devant la commission d’enquête parlementaire consacrée aux moyens donnés par l’État à la lutte contre le terrorisme.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Attentats à Paris Armée Police
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7783159761
Attentats à Paris : l'armée n'a pas pu aider la police lors de l'attaque du Bataclan
Attentats à Paris : l'armée n'a pas pu aider la police lors de l'attaque du Bataclan
D'après "L'Obs", la procédure d'intervention des militaires sur le territoire français a empêché les soldats de la force Sentinelle d'intervenir.
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/attentats-a-paris-l-armee-n-a-pas-pu-aider-la-police-lors-de-l-attaque-du-bataclan-7783159761
2016-05-09 22:02:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/LP4SMJMurcF2tSaLK1Taqg/330v220-2/online/image/2015/1114/7780499976_les-abords-du-bataclan.jpg