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Après un cancer du sein avant leurs 40 ans, elles se sont reconstruites

TÉMOIGNAGES - Corinne, Virginie et Sandrine ont été soignées contre un cancer du sein alors qu'elles n'avaient pas 40 ans. "L'après-cancer" est souvent la période la plus difficile. Chacune a trouvé sa manière de revivre.

Dix ans après son cancer du sein, Corinne vient de créer neo Sensuelle, une marque de sous-vêtements pour femmes ayant eu une ablation mammaire
Dix ans après son cancer du sein, Corinne vient de créer neo Sensuelle, une marque de sous-vêtements pour femmes ayant eu une ablation mammaire Crédit : Corinne Begaud-Brusq
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Bien qu'il se soigne de mieux en mieux, le cancer du sein concerne encore près d'une femme sur huit en France, selon l'association Le Ruban Rose. Le mois d'octobre est depuis plusieurs années consacré à la lutte contre cette maladie, avec une opération de sensibilisation nommée Octobre rose.

"Il y a beaucoup d'actions pendant Octobre rose et c'est bien. Mais il faudrait que ça continue après
, réclame Corinne, qui a eu un cancer du sein à 37 ans. Les femmes sont malades toute l'année." Comme Virginie et Sandrine, elle a contracté un cancer du sein avant ses 40 ans. Ces trois femmes, deux en rémission et une dont l'état s'est stabilisé, expliquent à RTL.fr comment elles se reconstruisent, jour après jour. 

Se réhabituer à la normalité

Virginie, Corinne et Sandrine s'accordent à le dire : "L'après-cancer" est souvent la période la plus difficile pour les malades. Pour la seconde, dont le cancer du sein a été diagnostiqué à l'âge de 37 ans, "un certain temps est nécessaire pour se reconstruire. Il est plus ou moins long selon les femmes." 

Autant je me sentais choyée quand j’étais soignée, autant on est lâché dans la nature ensuite

Virginie
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"Autant je me sentais choyée et protégée quand j’étais suivie par les médecins, autant on est lâché dans la nature ensuite", déplore la première, qui a arrêté les soins il y a deux ans. "Le dernier jour du traitement, j'ai fait pleurer mon chauffeur de taxi, se souvient cette consultante. J’ai pleuré moi aussi. Je me suis sentie super bien mais vidée. Parce que, du jour au lendemain, on n’allait plus avoir le même quotidien."

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La principale difficulté de Virginie ? Se réhabituer à la normalité. Notamment d'avoir à nouveau conscience de son corps. "Quand mes cheveux ont commencé à repousser, je me faisais des décolorations, je n'arrêtais pas de changer d’apparence parce que je ne savais plus qui j’étais", explique-t-elle. Virginie s'est même fait tatouer des ailes d'ange dans le dos : "Je me suis sentie pousser des ailes, c’est bien ça. Je ne veux pas les brûler maintenant."

Son psychologue lui a conseillé d'arrêter les changements de look pour retrouver une forme de stabilité. "Je n'arrive pas à être celle que j’étais, quand j’étais blonde, mince, bronzée. J’ai l’impression que ce n'est pas moi et pourtant, les gens me reconnaissent physiquement." 

La peur du rejet

Les femmes ne sont pas toujours appuyées psychologiquement après leur cancer. Virginie a attendu six mois avant de se résoudre à consulter un psychologue. Le suivi d'un spécialiste est souvent d'autant plus nécessaire que le cancer du sein est toujours un tabou. Parler de la maladie est difficile, sous peine de susciter la pitié ou un sentiment d'impuissance parmi les proches ou collègues. Les malades n'ont alors d'autre choix que de redoubler d'efforts pour ne pas être rejetées.

Très peu de personnes accceptent de discuter et d'être là sans s'apitoyer

Corinne, soignée pour un cancer du sein
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Corinne n'a pas pu parler de son cancer durant les dix premières années qui ont suivi la fin de son traitement. "Aujourd'hui, je peux en parler sans qu'il y ait d'émotion", explique cette auto-entrepreneuse à RTL.fr. "Je me suis tournée vers des amis et très peu acceptent de discuter avec vous et simplement d’être là sans s'apitoyer, partager les choses de la vie", a constaté Corinne.

Même chose pour Sandrine, diagnostiquée à 29 ans, en 2004 : "Avec mon époux nous en parlons très peu, nous n'évitions pas le sujet non plus, nous vivions et vivons encore au jour le jour, résume-t-elle. J'allais voir une psychologue pour lui exprimer mes craintes et 'vider mon sac sur la mort'. Pour mes amis, la maladie fait vraiment peur, peur de la contagion, peur de la perte, peur ! Aujourd'hui encore, c'est moi qui dois appeler, écrire ou me déplacer pour avoir de leur nouvelles. Ça m'épuise ! Je ne comprends pas." "Écartez ceux qui vous tirent vers le bas. Protégez-vous", conseille cette ancienne secrétaire. 
Virginie souligne l'importance des réseaux sociaux comme moyen d'exister encore aux yeux des autres et, surtout, de leur faire croire que tout va bien. "C’est un peu de la propagande, parce que c’est un tabou, affirme-t-elle avec un peu d'énervement dans la voix. On a peur d’être rejeté, d’ennuyer, d’être moche et de ne plus attirer, donc on se dit qu’on est super bien."

J’ai fait mon clown pour que tout le monde se sente bien, le vive bien, et n’ait pas peur de moi

Virginie, en rémission d'un cancer du sein
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Elle a aussi dû consoler sa mère : "C’est la malade qui réconforte les autres !, s'exaspère Virginie, qui est montée en grade après son arrêt maladie. J’ai fait mon clown pour que tout le monde se sente bien, le vive bien, et n’ait pas peur de moi. Mais je ne regrette pas de l’avoir fait." Ne la voyant pas se plaindre, ses proches n'ont pas été très présents. Elle a peu de contacts avec eux à ce jour. "Il n’y a pas un jour où je n’y pense pas. C’est personnel en fin de compte, puisqu’on ne peut plus en parler autour de nous. On a l’impression de radoter. On n’ose plus en parler."

Partager son expérience

Malgré l'impression de rejet qu'elles ont pu parfois ressentir, Virginie, Corinne et Sandrine ont aussi eu le réflexe de tenir les autres malades à distance. "Je n’ai pas voulu rentrer dans des associations, parce que je voulais que ce ne soit pas qu'un épisode de maladie à fond", se souvient Corinne, qui habite près de Paris. Pareil pour Virginie : "Les médecins m’ont aussi beaucoup protégée. J’étais l’une des plus jeunes à faire de la chimiothérapie donc ils ne me mettaient pas dans la salle de soins avec les autres."

La fin des traitements a changé leur regard. "Maintenant, ça me fait du bien d’aller sur Facebook, d’être un exemple pour la prévention, d’être mobilisée pour l'association Rose Magazine, d’en parler autour de moi, s'enthousiasme Viriginie. J’étais ravie de savoir que des amies, grâce à mon exemple, ont fait un examen." La jeune femme se félicite aussi d'être devenue "plus zen". 

Sandrine, quant à elle, s'est rapidement engagée auprès de l'association Keep A Breast, qui mène des campagnes de sensibilisation sur l'autopalpation et les produits cancérogènes auprès des jeunes filles, lors d'événements sportifs, artistiques ou musicaux. "Je suis disponible s'ils ont besoin de témoignage, je pense qu'il est important de donner de l'espoir, estime Sandrine. Le cancer du sein est celui qui est le mieux soigné et même avec une récidive, voire deux, on peut arriver à le combattre et vivre sereinement." Sandrine parle en connaissance de cause. 

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Interview de Corinne, créatrice de neoSensuelle

Corinne est même allée encore plus loin. En juillet 2015, elle a créé neo Sensuelleune marque de sous-vêtements dédiée aux femmes qui ont subi une ablation d'un sein et portent une prothèse. Tout est parti d'un constat : "Je me suis demandé 'Qu'est-ce qui a été le plus dur pour moi ?' Avoir une lingerie vraiment féminine".

Corinne a imaginé les modèles seule et doit recevoir les échantillons de chaque taille au début du mois de novembre, espérant une mise en vente d'ici quelques semaines, dans des boutiques multi-marques indépendantes. "Tout ce que j’ai fait avant n’était rien par rapport à ce que je fais aujourd'hui, quelle qu'en soit l’issue."

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2015-11-04 09:53:00
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