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Antilles : le nom de famille, clé de la recherche des racines

Racines bretonnes, africaines ? Hommes libres, esclaves, maîtres ? Les Antillais peuvent esquisser leur arbre généalogique en se penchant sur leur nom de famille.

Des pêcheurs sur un marché de Marigot sur l'île de Saint-Martin à la Guadeloupe, en octobre 2013.
Des pêcheurs sur un marché de Marigot sur l'île de Saint-Martin à la Guadeloupe, en octobre 2013.
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La rédaction numérique de RTL
et AFP

L'association CM98 avait installé un stand, ce vendredi 23 mai, à l'occasion d'une journée de commémoration des victimes de l'esclavage à Paris, pour permettre aux Antillais qui le souhaitaient de chercher leurs origines, comme chaque semaine dans sa permanence. 

Une dizaine d'ordinateurs sous un grand barnum blanc. Une jeune métisse arrive, et assure : "Nous, on vient de Bretagne". Elle donne son nom à Evelyne Gordien, responsable de l'atelier de généalogie. "Non, vous venez du Moule en Martinique, où un officier d'état-civil a donné ce nom à votre aïeule, esclave, quand elle a été affranchie." La jeune femme, déstabilisée, insiste : "Mais il y a pleins de gens avec le même nom que nous en Bretagne". Evelyne Gordien lui répond : "C'est probable que l'officier connaissait bien la Bretagne", en lui montrant ce qui s'affiche sur son écran : le prénom et le nom de son ancêtre, son matricule, la date et le lieu où elle a été affranchie.

Base de données d'esclaves affranchis

Pendant quatre ans, le CM98 (Collectif Marche du 23 mai 1998) a créé une base de données numérique sans équivalent à partir des "registres des nouveaux libres" et des "registres d'individualités" établis en Guadeloupe et en Martinique après l'abolition de l'esclavage en 1848.

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Elle y a entré 120.000 fiches individuelles, correspondant à 50.000 noms. Tous ces patronymes ont été choisis par les agents de l'Etat après 1848 : jusqu'à leur affranchissement les esclaves n'avaient qu'un prénom, voire un sobriquet mais ne portaient pas le nom de leur propriétaire, comme aux Etats-Unis.

Des noms inventés par les officiers d'état-civil

La consigne à l'époque était d'éviter que les noms ressemblent à ceux des maîtres : les officiers d'état-civil ont donc pioché dans le calendrier des saints, l'histoire, les noms de fleurs, de plantes, etc. De leur imagination sont sortis des Tinjust (Justine à l'envers), des Scipion, des Coco, des Lanclume ou des Bellerose...

"Nous, on n'a pas un nom fréquent en Guadeloupe, on a un nom africain, ça nous interpelle", expliquent les soeurs Myriam et Patricia Kanga. Effectivement leur patronyme ne donne aucun résultat dans la base de donnée. Une bénévole leur explique qu'il vient probablement d'un Africain libre, arrivé après l'abolition de l'esclavage pour louer ses bras.

Stéphane Tribeau, 21 ans, travaille depuis un an sur son arbre généalogique. Sur internet, il a réussi à remonter jusqu'en 1789 du côté de son père martiniquais. "Du côté de ma mère vendéenne, c'est plus difficile car il faut aller en mairie, rien n'est numérisé", dit-il. "Idéalement j'aimerais pouvoir déterminer de quel pays d'Afrique venaient mes aïeux", confie le jeune homme. Autour de lui, beaucoup d'Antillais expriment la même motivation.

Honorer les ancêtres esclaves

"Ils ont peu de chances d'y arriver", note Evelyne Gordien. Aucun membre de l'association n'a réussi à localiser le pays de départ de ses ancêtres car l'identité des esclaves était souvent gommée pendant le voyage ou à l'arrivée, explique-t-elle. Pour elle, l'enjeu est ailleurs. "Souvent les Antillais revendiquent leurs ancêtres bretons ou bordelais, et oublient le côté africain. Pourtant il a fallu être fort pour résister à un système comme l'esclavage, souligne-t-elle. Retracer notre généalogie c'est un moyen d'honorer ces aïeux."

Il ne s'agit en aucun cas de se refermer sur soi mais, au contraire, "de reconnaître toutes les parties qui sont en nous", poursuit-elle. "Quand on fait de la généalogie, on se rend compte de la complexité : ce n'est pas tout noir ou tout blanc, gentil contre méchant". Et de rappeler : "certains affranchis avaient des esclaves."

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Racines bretonnes, africaines ? Hommes libres, esclaves, maîtres ? Les Antillais peuvent esquisser leur arbre généalogique en se penchant sur leur nom de famille.
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