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Alstom : le patriotisme économique peut-il encore sauver l'usine de Belfort ?

ÉDITO - Après l'annonce par Alstom de l'arrêt de la production de trains à Belfort, l'exécutif met la pression sur le groupe industriel.

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Alstom : le patriotisme économique peut-il encore sauver l'usine de Belfort ? Crédit Image : PATRICK KOVARIK / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

Une réunion interministérielle devait se tenir ce lundi 12 septembre autour de François Hollande, pour tenter de sauver l'usine Alstom de Belfort et ses 500 emplois. Au cœur de cette affaire, la SNCF - ou plutôt l'une de ses filières, Akiem -, qui a préféré acheter ses locomotives à un Allemand. Cette filière possède un parc de 350 locomotives qu'elle loue à une quinzaine d'opérateurs ferroviaires en Europe et au Maghreb, et en particulier à la SNCF elle-même. C'est le numéro deux du secteur.

Akiem est détenue à parité par la SNCF et par un fonds d'investissement de la Deustche Bank. Et voilà que celle-ci a choisi, pour grosse commande de 44 locomotives annoncée cet été, l'Allemand Vossloh et son usine de Kiel, alors qu'Alstom était sur les rangs, et que cela lui aurait procuré trois ans de travail. Quelques semaines plus tard, Alstom annonçait la fermeture du site d'Alstom. Il y a manifestement un lien de cause à effet.

La SNCF loue ses locos

Pourquoi la SNCF loue-t-elle ses locos plutôt que de les acheter ? Cela semble étonnant, mais cela lui permet d'éviter d'investir et de consommer du capital. Elle préfère payer un loyer chaque année plutôt que de débourser une grosse somme. De plus, cela permet à la SNCF de développer un business, via cette filiale Akiem, en louant aussi à ses concurrents européens. On est dans le cas de figure d'une entreprise de service public, corsetée par les règles et les contraintes dans son cœur de métier, qui développe son business avec des filiales de droit privé, exactement comme la Poste.

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Au patriotisme national, nous avons préféré il y a bien longtemps le patriotisme européen

François Lenglet
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S'ils ont acheté allemand plutôt que français, c'est qu'ils ont considéré que l'offre de Vossloh était la meilleure, et que les règles européennes interdisent de discriminer un fournisseur en fonction de nationalité, pourvu qu'il soit dans le marché unique. C'est le fondement même de l'Europe communautaire : qu'une offre soit allemande ou française, cela ne doit pas entrer en ligne de compte. De plus, Akiem a deux actionnaires, à égalité : un Français et un Allemand. Pas facile donc d'invoquer le patriotisme économique pour favoriser l'un ou l'autre des deux pays, surtout quand Akiem veut aussi se développer en Allemagne.

Alstom vient de gagner un méga-contrat aux Etats-Unis tout récemment : l'entreprise a vendu une sorte de TGV sur la ligne Washington Boston, pour plus de 1,5 milliard d'euros. Pas de quoi pourtant occuper l'usine de Belfort. Parce que le client américain a imposé que 95% soit fabriqué sur place, pour soutenir l'emploi aux États-Unis. Autrement dit, l'emploi français n'en profitera que peu.

Paradoxe

C'est tout le paradoxe. Dès qu'Alstom vend son matériel en dehors de l'Europe, elle se voit imposer des règles draconiennes au nom du patriotisme économique, dans tous les pays désormais. Alors que lorsque l'entreprise répond à un appel d'offre français, elle ne peut pas se prévaloir de sa nationalité pour emporter le morceau, au moins face à ses concurrents européens.
Au patriotisme national, nous avons préféré il y a bien longtemps le patriotisme européen. À dire vrai, ce patriotisme européen a aussi ses avantages, puisque notre champion national peut vendre dans toute l'Europe. Il a remporté ainsi le métro de Stuttgart. Mais ces avantages doivent être assez mal compris aujourd'hui par les 500 salariés de Belfort, qui vont voir leur usine disparaître.

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2016-09-12 09:52:00
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