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Citymapper, l'application qui pose problème à la RATP

ÉCLAIRAGE - L'application de transports en commun déplore une volonté de la RATP de lui bloquer l'utilisation de ses données en temps réel.

Le métro de la ligne 5 devant le siège de la RATP, à Paris le 5 août 2015
Le métro de la ligne 5 devant le siège de la RATP, à Paris le 5 août 2015 Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

Plus de 10.000 signatures en deux jours. Depuis le 9 avril, date du lancement d'une pétition sur le site change.org, l'application mobile de transports en commun Citymapper interpelle les internautes sur son contentieux avec la RATP. Sa demande ? Que l'entreprise publique lui laisse la liberté de récupérer ses données sur les horaires en temps réel des bus et des métros parisiens. Une requête capitale pour Citymapper qui a su devenir populaire (plus d'un million de téléchargements sur Android) en regroupant au sein d'une même application gratuite tout ce dont un Parisien peut avoir besoin pour se déplacer : état du trafic du réseau RATP, informations sur les Vélib' et les Autolib', coût estimé d'une course Uber ou encore carte Google Maps pour s'y retrouver à pied.

L'application, créée en 2012 à Londres et désormais disponible dans 31 villes du monde entier telles que New York ou Madrid, n'avait pas de problème pour utiliser les données de la RATP. Mais depuis peu, cette dernière "tente maintenant d’empêcher Citymapper de diffuser les prochains passages des bus et métros à Paris", peut-on lire sur la pétition. Concrètement, la régie a fait en sorte de bloquer l'accès à ses serveurs qui, selon elle, ont été surchargés à cause de l'application. "Ils ont réussi, mais on a trouvé une solution temporaire", précise Jean-Baptiste Casaux, chargé du développement commercial chez Citymapper, à RTL.fr.

La RATP riposte et promet un libre accès fin 2016

La société londonienne réclame donc à la RATP une libre ouverture de ses données de façon publique (open data) afin de pouvoir continuer à proposer son service aux internautes. "Paris est la seule ville où n'avons pas d'open data. Sur cette demande, on n'a pas eu de réponse et la RATP ne nous dit rien", poursuit Jean-Baptiste Casaux. Depuis quelques années, la ville de Paris montre pourtant l'exemple en s'étant engagée dans une "démarche d'ouverture des données publiques" qui se matérialise dans un site officiel dédié accessible à tous. Mais à en croire Citymapper, la RATP fait donc obstruction.

"Faux", répond la compagnie publique qui se défend dans un post de blog publié dans la journée du 11 avril sur le site Medium.com. Elle y affirme notamment que l'ouverture de ses données en temps réel est "prévue pour la fin d'année 2016". Elle en profite également pour recadrer son détracteur avec qui elle assure avoir dialogué. "Citymapper est une entreprise qui est venue se servir de nos données sans notre accord. L'ouverture des données en temps réel, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ça suppose qu'il y ait une architecture pour soutenir le flux de données. Citymapper a fait tripler le nombre de requêtes, ce qui fait que notre système a été bloqué", assure-t-on à la régie auprès de RTL.fr.

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Dans cette promesse d'ouverture des données, Citymapper y voit "un premier pas" même si elle veut trouver une "solution" d'ici l'échéance donnée. En revanche, elle continue de protester vigoureusement contre le souhait de la RATP de demander, comme le lui permet la loi Macron, une "redevance" pour cette utilisation "massive" de ses informations. "La redevance est destinée à couvrir les coûts significatifs de mise à disposition des données", explique-t-elle dans une volonté de ne pas faire payer ces coûts au contribuable. Un point qui irrite Jean-Baptiste Casaux qui souligne que l'open data est "gratuit partout dans le monde".

Les politiques interpellés

Face à cette polémique qui pourrait avoir des allures de David contre Goliath, la RATP souhaite aussi "rétablir certaines vérités" portées par des entreprises "qu'on ne peut plus appeler des start-ups". De quoi faire écho aux 40 millions de dollars récemment levés par Citymapper qui peut désormais être valorisée à plus de 250 millions de dollars, selon Business Insider. "On ne voit pas où est le problème", rétorque Citymapper en arguant que cela ne l'a pas empêché de passer des accords avec bon nombre de compagnies de transports dans le monde avec qui elle dit entreprendre des usages "légitimes" et "raisonnables" de leurs données.

En attendant une avancée dans les discussions entre les deux parties, la RATP dit avoir "déjà fait la preuve qu'elle savait travailler avec les développeurs qui jouent le jeu", que ce soit pour sa propre application mais aussi pour celles "qu'elle rend possibles". Quant à Citymapper, elle se félicite d'avoir "alerté l'opinion publique" sur la question. Mais si rien ne bouge, elle espère bien voir le dossier être pris en main par la maire de Paris Anne Hidalgo, la présidente de la région francilienne Valérie Pécresse ou encore par le ministre de l'Économie Emmanuel Macron. Car sur la pétition, c'est directement à eux qu'elle s'adresse.

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