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Cancer : la chimiothérapie par aérosol, source d'espoir pour les malades

Cette nouvelle technique à l'essai consiste à diffuser le traitement par aérosol dans le corps du patient, dispensant ainsi les malades du cancer des effets secondaires de la chimiothérapie par intraveineuse.

Photo de la Pipac pratiquée à Dijon le 7 juin 2019
Photo de la Pipac pratiquée à Dijon le 7 juin 2019 Crédit : ROMAIN LAFABREGUE / AFP
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Joanna Wadel
et AFP

"Avec ce traitement, j'ai de l'espoir". Ces mots d'un patient habitué à la chimiothérapie classique, "atroce" selon lui, désignent une technique qui pourrait bien révolutionner la prise en charge des malades du cancer. 

La chimiothérapie par aérosol est une technique encore à l'essai mais prometteuse, provoquant moins d'effets secondaires tout en étant accessible aux patients les plus faibles, victimes de certains cancers. 

Quelques heures avant de passer au bloc, Jacques Braud attend dans sa chambre, étonnamment détendu, un livre à la main. Du haut de ses 76 ans, le malade souffrant d'un cancer de l'estomac - qui a atteint deux autres organes - entame sa deuxième chimiothérapie.  

Mais avec une différence cette fois. Il bénéficie au centre Georges-François Leclerc de Dijon, un des sept hôpitaux à la pratiquer en France, d'une toute nouvelle technique mise au point depuis 2013 en Allemagne : la Chimiothérapie IntraPéritonéale Pressurisée par Aérosols, aussi appelée Pipac.  

Un spray permet d'éviter les effets secondaires nocifs

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Contrairement à la chimiothérapie classique, le traitement n'est pas injecté dans le sang via intraveineuse. Mais le patient est placé sous anesthésie générale pour lui ouvrir légèrement le ventre et diffuser le produit sous forme de spray. 

Le principal avantage est d'éviter les effets secondaires nocifs "liés au passage du produit dans le sang", estime le responsable du département de chirurgie oncologique David Orry. "On évite donc l'anorexie, l'atteinte des nerfs périphériques ou des globules blancs et rouges", qui imposent souvent d'arrêter le traitement. 

"La chimio, c'est quelque chose d'épouvantable ; ça vous détruit", confirme le septuagénaire soigné avec la nouvelle technique. "Je suis paralysé des extrémités des pieds et des mains, je ne sens plus rien".  Celui qui ne peut plus pratiquer la randonnée - sa passion - confirme qu'avec la Pipac, il ne subit aucun des effets secondaires provoqués par sa première chimiothérapie. Désormais, pour ses traitements toutes les deux à trois semaines, il alterne entre chimiothérapie classique et Pipac.

Le déroulé d'une opération pour un cancer digestif

Au bloc, les chirurgiens pratiquent deux légères incisions de cinq centimètres au niveau de l'abdomen de Jacques, avant d'y insérer des trocarts entre deux couches du péritoine, légère membrane recouvrant l'ensemble des intestins. Ils y insufflent alors de l'air et créent artificiellement une cavité, qui est une condition sine qua non de la Pipac. C'est pourquoi elle est pour l'instant réservée aux cancers gynécologiques ou digestifs.  

Une fois les deux injections lancées, chirurgiens, anesthésiste et infirmières sortent de la salle opératoire, du fait des risques d'inhalation en cas de fuite. Après une demi-heure d'attente, le produit est aspiré par une puissante micro-pompe et le ventre du patient se vide. Six points de suture plus tard, l'opération est terminée. Elle aura duré deux heures, montre en main. Le soir, Jacques peut regagner sa chambre et manger normalement.

Un remède prometteur, peu onéreux mais qui n'a rien d'un miracle

Malgré cela, la Pipac peut être proposée à des personnes peu en forme. Pour l'instant, elle est même réservée aux patients suivant des traitements palliatifs, faute d'avoir pu encore prouver son efficacité avec une étude scientifique large. 

Mais des premiers retours "très prometteurs" sur ce traitement complémentaire permettent d'entretenir beaucoup d'espoir, selon l'oncologue François Ghiringhelli à l'origine de son développement depuis 2017 à Dijon. 

Son coût raisonnable - un investissement de 25.000 euros pour l'injecteur puis environ 2.000 euros de matériel jetable par opération - en ferait une technique abordable. Dès cette année, le Centre de lutte contre le cancer de Nantes prépare une étude multicentrique à laquelle participera Dijon : les premiers résultats objectifs devraient tomber d'ici cinq ans.  

"Demain, on pourrait appliquer cette technique à des patients moins atteints et obtenir de très bons résultats curatifs, voire même préventifs", s'enthousiasme le docteur Orry, insistant toutefois sur le fait que "pour l'instant, il faut être très prudent et ne pas vendre ça comme un remède miraculeux".  

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