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France-Espagne : trois arguments contre l'arbitrage vidéo

DÉCRYPTAGE - L'arbitrage vidéo, testé lors du match amical France-Espagne, est loin de faire l'unanimité.

Clément Turpin est le seul arbitre français a avoir officié lors de l'Euro 2016
Clément Turpin est le seul arbitre français a avoir officié lors de l'Euro 2016 Crédit : BORIS HORVAT / AFP
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Julien Absalon
Journaliste RTL

C'était une première en France. L'arbitrage avec assistance vidéo a été testé et utilisé lors du match amical du mardi 28 mars entre les Bleus et l'Espagne. Quatre situations de jeu pouvaient conduire l'arbitre de la rencontre à faire appel à des assistants placés dans un van devant des écrans : après un but marqué, sur une situation de penalty, pour un carton rouge direct ou pour corriger une erreur d'identité d'un joueur sanctionné.

L'Allemand Felix Zwayer s'en est servi à deux reprises, d'abord pour refuser un but initialement accordé aux Bleus. Passeur décisif pour Antoine Griezmann, Layvin Kurzawa s'est finalement vu signaler hors-jeu (48e). Trente minutes plus tard, situation inverse en faveur des Espagnols. Gerard Deulofeu n'était en fait pas hors-jeu sur le 2e but de la Roja, victorieuse 2-0.

L'arbitrage vidéo n'est pas encore formellement autorisé par l'International Board (Ifab), l'organisme garant des règles du football, mais est en phase de test dans plusieurs pays. Une décision doit être prise en mars 2018, quelques mois avant la tenue de la Coupe du monde en Russie. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, souhaite d'ailleurs sa mise en place définitive en vue de cette compétition. Mais il fait débat.

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1. Ça laisse passer des erreurs

Avec l'arbitrage vidéo, les instances dirigeantes du football espèrent moins d'erreurs et donc de polémiques. Sauf que les premiers tests officiels, réalisés à l'occasion du Mondial des clubs 2016, ont justement créé de la confusion. De quoi mettre en lumière les principaux défauts d'un tel système, à savoir le fait que les actions jugées par la vidéo sont sujettes à interprétation (contrairement au franchissement de la ligne de but analysé par la Goal line technology) et le fait qu'une faute peut en cacher une autre.

Le 14 décembre dernier, pour la demi-finale de la compétition, les Japonais des Kashima Antlers ont obtenu le premier penalty de l'histoire accordé après recours aux images. L'arbitre n'avait en effet pas vu un contact dans la surface. Problème : difficile de dire sur les différents angles de vue s'il y avait effectivement un mouvement illicite. De surcroît, l'arbitre n'a pas tenu compte du fait qu'un autre attaquant était hors-jeu au départ de l'action. Le lendemain, dans l'autre demie, Cristiano Ronaldo marque son 500e but en club avec le Real Madrid. Son but est validé, puis finalement annulé en raison d'un hors-jeu repéré sur la vidéo. Le jeu reprend alors avant d'être interrompu quelques secondes après, en pleine construction de l’équipe adverse. Motif ? L'arbitre vidéo a finalement revu sa position et estimé qu'il n'y avait pas hors-jeu... ce qu'avait bien vu le juge de ligne à vitesse réelle.

"Ce système ne fonctionne pas", avait alors déclaré Cristiano Ronaldo, dans des propos relayés par Le Figaro. Son partenaire madrilène Luka Modric n'était pas non plus très enthousiaste : "C'est nouveau, ça ne me plaît pas, ça crée de la confusion (...) Pour moi, ce n'est pas du football". Et du côté des partisans de cette technologie, tels que l'ancien arbitre international français Bruno Derrien, on reconnaît : "Tous ceux qui pensent que la vidéo va résoudre tous les problèmes du football, ils se trompent".

2. Rupture dans la fluidité dans le jeu

C'est sans doute la plus grande problématique de la vidéo, comme l'a démontré le deuxième exemple de la Coupe du monde des clubs. Cette aide risque de hacher le déroulement du jeu, si les arbitres en usent bien trop souvent. "Il faut l'appliquer de manière proportionnée pour que le foot ne perde pas sa fluidité ni son charme", prévient d'ailleurs le sélectionneur espagnol Julen Lopetegui. Une inquiétude partagée par Michel Platini, du temps où il était président de l'UEFA. "À chaque occasion, il faut arrêter le match, voir ce que dit l’arbitre, qui n’a pas l’habitude d’être d’accord avec la technologie. Pendant ce temps, tout le monde devient nerveux. On se fâche dans les tribunes et sur le terrain".

"C'est la seule crainte qui est souvent exprimée par les opposants. Le football est un jeu en mouvement perpétuel contrairement au rugby", ajoute Bruno Derrien. La comparaison se tient, d'autant que l'introduction de la vidéo dans le rugby est aujourd'hui fortement décriée. Alors qu'elle devait servir de façon exceptionnelle à juger de la véracité de l'aplati d'un essai, elle est désormais utilisée de façon quasi systématique par les arbitres, provoquant des longs arrêts de jeu.


3. L'aspect humain se perd

Le football doit-il absolument chercher à éradiquer toutes les erreurs d'arbitrage ? Sylvain Kastendeuch, co-président de l'Union nationale des footballeurs professionnels, estime qu'avant de chercher à introduire la technologie, ce sont avant tout les mentalités qu'il faut changer. "Arrangeons-nous pour avoir un bon état d’esprit et accepter que les acteurs d’une manière générale puissent se tromper parce que c’est aussi l’histoire de ce sport. C’est un jeu qui se joue entre humains et l’erreur est humaine, même celle de l’arbitre", expliquait-il à l'Humanité.

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DÉCRYPTAGE - L'arbitrage vidéo, testé lors du match amical France-Espagne, est loin de faire l'unanimité.
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2017-03-28 20:29:00
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