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Euro 2016 : pourquoi l'équipe de France peut se passer de Karim Benzema et Mathieu Valbuena

DÉCRYPTAGE - Les deux matchs des Bleus face aux Pays-Bas et la Russie ont montré que cette équipe pouvait se passer de Mathieu Valbuena et Karim Benema.

Et si les Bleus étaient meilleurs sans Benzema et Valbuena ?
Et si les Bleus étaient meilleurs sans Benzema et Valbuena ? Crédit : David Vincent/AP/SIPA
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Ryad Ouslimani
Journaliste RTL

Le 15 avril sera une date charnière dans le cheminement de l'équipe de France de football vers l'Euro 2016. Ce jour-là, la Fédération française de football se prononcera sur l'avenir de son attaquant vedette, Karim Benzema. Ira-t-il à l'Euro malgré l'affaire de la "sextape de Valbuena" ? Noël Le Graët et Didier Deschamps iront-ils jusqu'à laisser l'attaquant du Real Madrid à la maison pour une phase finale en France ? Les enjeux sont importants, tant politiquement que sportivement. Et c'est sur ce dernier point qu'il faut aujourd'hui se pencher après deux matches amicaux remportés par les Bleus, et au cours desquels Didier Deschamps a effectué de nombreux tests plutôt concluants

Il n'est pas question de remettre en cause le talent de Karim Benzema. Jouer au Real Madrid, en être une pièce maîtresse et empiler les buts dans ce club classe un joueur parmi les plus doués d'Europe. Mais malgré tout, le football est une somme d'affinités et de profils de joueurs à associer, et de ce point de vue-là le dossier Benzema-Valbuena ne devrait pas créer autant d'inquiétudes au sein du football français. 

Les nouveaux offrent plus de variété dans les choix

Sur les deux rencontres face aux Pays-Bas et à la Russie, les Bleus ont montré une capacité à marquer des buts, et des buts très bien construits. Mises à part les deux pépites d'Antoine Griezmann et Dimitri Payet sur coup-franc, l'équipe de France a offert une capacité à enchaîner les passes et à trouver des joueurs offensifs en mouvement. Face à la Russie, la liberté de Griezmann, les permutations du trio offensif ainsi que l'apport des milieux ont offert des séquences rarement vues ces dernières années. L'intelligence de jeu des joueurs a donné un souffle nouveau à l'animation offensive. Les joueurs semblaient parler le même langage footballistique et les rôles de chacun coulaient de source. 

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Antoine Griezmann en est l'exemple parfait. En présence de Dimitri Payet et Olivier Giroud à Amsterdam, il a pris les espaces et proposé des solutions offensives aux passeurs du milieu, tout en animant son couloir et bouclant les montées adverses. Mais dans un trio Gignac-Martial-Griezmann, le joueur de l'Atletico de Madrid a pris les rênes et s'est mué en plaque tournante du jeu, terminant avec deux passes décisives. Autour de lui, à chaque fois, les joueurs se sont aussi adaptés à sa polyvalence. Pour la première fois depuis très longtemps, le jeu était fluide et personne ne marchait sur l'autre, comme si chaque joueur était à la disposition du maillot bleu et non pas à la recherche d'un quelconque statut. 

Un jeu pauvre avec les deux joueurs

Si ces détails, qui mis bout à bout n'en sont pas, ont été relevés, c'est bien que le jeu de l'équipe de France semblait trop souvent poussif avec Valbuena et Benzema. La trame était sans rythme et parfois même sclérosée. Presque en décalage avec la vitesse et le mouvement perpétuel du jeu moderne. Après comparaison, il semble bien que des débuts de conclusions puissent être tirés. Entre un Benzema inflexible sur son positionnement dans l'axe mais désireux de revenir dans l'entre-jeu pour toucher le ballon. Avec un Valbuena positionné sur un côté mais repiquant dans l'axe, il y avait embouteillage dans le cœur du jeu et un manque flagrant de profondeur. Déséquilibrée, l'équipe était bancale et manquait de fluidité et d'imagination. 

Certes, une partie du problème est imputable à Didier Deschamps. Intransigeant sur le 4-3-3, il était évident que le profil des joueurs offensifs ne correspondait pas à l'animation idéale pour ce système. Si Benzema évolue dans ce schéma en club, il peut compter sur Ronaldo et Bale pour prendre la profondeur et occuper les ailes. De plus, son statut de "lieutenant" de Ronaldo le rend sans doute plus disponible et plus appliqué à certaines tâches plus obscures. Ce qui est moins le cas en sélection.

Trop d'ego pour peu de résultats

Car on ne peut pas occulter l'ego des sportifs et l'alchimie de groupe au moment d'étudier leurs performances. Karim Benzema a un désir, louable certes, celui de devenir le patron des Bleus sur le terrain. Mais le poste d'avant-centre n'est pas celui qui se prête le plus à la prise de pouvoir dans la construction du jeu. Dans une logique de briller à tout prix sous le maillot de la sélection, le Madrilène a souvent voulu en faire trop, quitte à gêner la fluidité collective. Le constat peut être le même pour Mathieu Valbuena, revanchard du football après avoir connu le championnat de National. Le Lyonnais ne peut sans doute pas être le patron technique d'une équipe de France qui vise le dernier carré mondial ou européen. Et, ce, malgré un dévouement constant et des performances marquées par une abnégation de tous les instants. 

Mathieu Valbuena n'a jamais joué dans un très grand club européen, à un très haut niveau. En sélection, il se cogne au plafond de verre d'un niveau supérieur. Au contraire, la nouvelle génération va plus vite, est plus technique et semble aujourd'hui être sortie du même moule, concevoir le jeu de la même façon : le football du Bayern de Guardiola (Kingsley Coman), celui léché de la Liga (Griezmann), l'apprentissage rigoureux mais efficace à l'école Marcelo Bielsa (Payet et Gignac). Benzema a déjà joué deux phases finales à la pointe des Bleus, sans jamais briller dans les moments-clés. Valbuena n'a, quant à lui, pas été transcendant en 2014. Pour toutes ces raisons, forcer le retour de ces joueurs dans une équipe qui commence à montrer des promesses peut causer le crash d'un projet séduisant. Surtout que leur passé en équipe de France ne laisse pas de souvenirs marquants.

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2016-03-31 08:00:00
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