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PMA : "C'est après que c'est le plus dur", témoigne une mère

TÉMOIGNAGE - Avec sa compagne, Camille a choisi d'avoir un enfant par PMA malgré l'interdiction - pour l'instant - en France pour les couples de femmes. Elle raconte les obstacles et réactions rencontrés sur le chemin de la maternité.

Les jeunes femmes favorables à l'autorisation de la GPA et l'ouverture de la PMA à tout(e)s
Les jeunes femmes favorables à l'autorisation de la GPA et l'ouverture de la PMA à tout(e)s Crédit : Getty Images
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Comme de nombreux couples de femmes, Camille et sa compagne ont dû aller à l'étranger pour avoir un enfant. Chaque année, on estime à plus de 2.000 le nombre d'enfants français nés d'une PMA effectuée en Belgique, rappelait Le Parisien en 2013. En France, la PMA (Procréation médicalement assistée) n'est autorisée que pour les couples hétérosexuels présentant des pathologies qui les empêchent d'avoir des enfants. 

Le débat est ouvert depuis une semaine et l'annonce par Marlène Schiappa de l'étude de son élargissement aux couples de femmes célibataires et d'homosexuelles a ravivé de vieux débats. La Manif pour tous est vent debout et s'organise pour faire valoir ses arguments.

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En attendant, les couples homoparentaux avec des enfants nés d'une PMA existent en France. Cette pratique est en effet légale pour toutes chez nos voisins belges ou espagnols notamment. Les Françaises, comme Camille et la femme qui partage sa vie, vont se faire inséminer à l'étranger. D'autant que la France reconnait l'adoption des enfants nés d'une PMA à l'étranger.

En Belgique, les médecins ne comprennent pas pourquoi on ne peut pas le faire en France

Camille, mère d'un enfant né d'une PMA
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Si pour certaines, tout ne s'est pas si bien passé, Camille témoigne de rencontres majoritairement "bienveillantes". En Belgique, notamment, "les médecins et les psychologues ont été géniaux et ne comprennent pas pourquoi on ne peut pas le faire en France", raconte-t-elle. Mais ce n'est pas pour cela que la démarche est facile. 

Les allers-retours en Belgique (en tout trois fois) pour rencontrer les médecins et faire des entretiens psychologiques, la logistique, tout cela est un processus "compliqué qui demande de partir du jour au lendemain pour faire l'insémination à l'étranger". Pour des personnes avec un emploi, cela signifie prendre un congé avec un très court délai. 

Sans compter le coût de la démarche. Camille et sa compagne estiment qu'entre l'insémination (qu'elles ont la chance de ne payer qu'une fois car elle a réussi directement), les allers-retours, les nuits d'hôtels, les consultations et les examens, "on est entre 4.000 et 5.000 euros". "Ce n'est pas rare que des couples fassent des emprunts pour pouvoir la financer", ajoute Camille.

Aux yeux de l'État, je ne suis personne pour mon fils

Camille, mère d'un enfant né d'une PMA
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Mais le plus compliqué, finalement, ça a été l'après. Camille n'a pas porté l'enfant. Pour pouvoir l'adopter, le couple a dû prendre la décision de se marier. Épouses depuis mars 2017, elles attendent toujours la réponse de la demande d'adoption. 

Ce qui atteint le plus Camille, c'est le traitement qui lui est réservé en tant que mère homosexuelle. "Finalement pour moi le plus dur ce n'est pas tout le processus, c'est l'après, car les administrations savent te montrer que ta famille n'est pas traditionnelle", souffle-t-elle.

Après la naissance, elle est allée elle-même retirer les actes de naissance. Mais impossible. "Si n'importe qui peut faire la déclaration de naissance, les actes de naissance ne peuvent pas être retirés par n'importe qui et aux yeux de l'État, je ne suis personne pour mon fils". Un fait qu'elle estime être "une aberration parmi tant d'autres"

Autre exemple : si son fils a besoin d'une opération et que sa femme n'est pas là, elle n'a pas le droit de donner son autorisation. Finalement, autour de Camille, seule sa famille et ses amis la considèrent comme mère de son fils. 

La possibilité de fonder une famille repose sur des psys et des juges

Camille, mère d'un enfant né d'une PMA
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D'autant que ses qualités à pouvoir être mère sont remises en cause de manière régulière par différentes administrations pour l'adoption. "Ce n'est pas évident à gérer psychologiquement car tu as toujours l'impression de te justifier pour faire valoir une chose qui est pourtant si naturelle et pour laquelle tu n'as pas besoin de preuve, poursuit-elle. Ce qui est frustrant, c'est cette sensation que la possibilité de fonder une famille repose sur des psys et des juges qui veuillent bien dire que tu es apte à être parent. Ce que l'on ne demande jamais à un couple hétéro".

La première fois que Camille s'est réellement sentie estimée comme un parent légal de son enfant, c'est lors de la naissance dans une "clinique privée tenue par des bonnes sœurs, donc très catholique". "J'ai été perçue et traitée comme n'importe quel parent", s'amuse-t-elle en mettant l'anecdote en contradiction avec les positions de la Manif pour tous.

Désormais, le couple espère que Camille sera officiellement la mère de l'enfant d'ici son premier anniversaire, fin novembre. Et en ce qui concerne des petits frères et sœurs, elles envisagent de recommencer. "Même si ce n'est pas instauré en France", elles retourneront en Belgique, "car ça vaut le coup". "On veut fonder une famille", conclut la jeune mère.

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2017-09-20 16:22:00
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