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PMA : quels sont les arguments de la Manif pour tous ?

ÉCLAIRAGE - La Manif pour tous "ne lâche rien" et s'organise pour lutter contre l'ouverture de la PMA à toutes les femmes.

Des militants de La Manif pour tous à Paris dimanche 5 octobre 2014
Des militants de La Manif pour tous à Paris dimanche 5 octobre 2014 Crédit : MATTHIEU ALEXANDRE / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Elle ne lâche rien. Déjà en première ligne dans la lutte contre le mariage pour tous en 2013, la Manif pour tous se prépare à un nouveau combat. Les militants sont "remontés à bloc" contre l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, c'est-à-dire les célibataires et les couples lesbiens. Une mesure qu'elle combattait déjà il y a quatre ans.

En annonçant que la question de la PMA pour toutes serait débattue en 2018, afin d'être rendue effective en 2019, Marlène Schiappa a replacé le débat au cœur de l'actualité. De quoi faire s'insurger les partisans du mouvement présidé par Ludovine de la Rochère. La Manif pour tous reprend par ailleurs certains des arguments qu'elle avait déjà mis en avant en 2013. 

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Pour rappel, la PMA est légale en France, mais seulement pour les couples hétérosexuels qui présentent des pathologies rendant impossible la procréation.

#PMASanspère : l'enfant intrinsèquement malheureux

Le premier argument de la Manif pour tous concerne les risques liés au fait de fonder une famille sans père. Une position symbolisée par le slogan #PMASanspère, qui s'oppose au  "PMA pour tou-te-s" lancé pour défendre la promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Les opposants à l'ouverture de la PMA estiment que l'enfant ne pourra être heureux sans figure masculine pour l'éduquer, sans "repères masculins". "C'est faire sciemment un enfant sans père (...) Comment peut-on imaginer fabriquer un enfant délibérément privé de son père ?", interroge le communiqué de la Manif pour tous.

Il n'existe pas de consensus scientifico-médical qui permette, à ce jour, de dire que les enfants élevés par un seul parent ou deux parents du même sexe sont plus malheureux que d'autres, notamment des enfants de parents divorcés. "Ces familles (...) sont inscrites dans des réseaux de parenté et des entourages plus larges et ne viennent pas bouleverser les grands principes inhérents aux représentations occidentales de la parenté", constate une étude publiée par l'Association française de sociologie.


Camille, mère d'un petit garçon né d'une PMA, qualifie les arguments de la Manif pour tous de "complètement ridicules". Sa compagne et elle, comme de nombreux couples de femmes, ont dû aller en Belgique pour avoir un enfant. "La famille 'traditionnelle', ça n'existe pas ou, en tout cas, ça n'existe plus, s'agace-t-elle. Après, ce n'est pas parce que l'enfant a deux mamans qu'il est malheureux (...) Oui, on peut nous dire : 'Il faut une figure paternelle car, sans, l'enfant ne peut pas se construire'. Et ce n'est pas ce qui manque. Dans notre cas, il a plusieurs figures masculines pour l'accompagner : un parrain, des oncles, des grands-pères... Bref, il a tout pour se construire. Et de ce que je vois de mon fils, il n'a pas l'air malheureux..."

Cette question de l'évolution du cadre familial n'est pas nouvelle. Si elles existent depuis les années 1900, les familles monoparentales sont devenues nombreuses dans les années 1970. Celles-ci peuvent être des foyers dont le père ou la mère est absent(e). Selon une étude de l'INSEE datant de mai 2017, un quart des enfants vivent avec un seul parent, principalement des mères célibataires, car les unions "sont devenues plus fragiles", précise l'auteure de l'étude.

Les familles homoparentales existent, elles aussi, et existaient avant même l'ouverture du mariage pour tous. La PMA, ouverte à toutes chez nos voisins belges ou espagnols, est déjà pratiquée par des couples de femmes françaises qui vont tenter l'opération à l'étranger. De plus, l'adoption d'un enfant né d'une PMA à l'étranger est reconnue sur le territoire français.

Droit à l'enfant contre droit de l'enfant

L'autre cheval de bataille de la Manif pour tous concerne le "droit de l'enfant", qu'elle oppose au "droit à l'enfant", dont elle accuse les pro-PMA d'être les défenseurs. Ce dernier serait, selon elle, le fait pour deux personnes de disposer du droit d'avoir un enfant, quelle que soit leur orientation sexuelle et sans prendre en compte le bien-être de l'enfant.

L'organisation considère que la PMA ouvrirait ce "droit à l'enfant", dont elle réfute l'existence. "Le droit à l’enfant n’existe pas, ni pour les couples homme/femme, ni pour les couples composés de deux personnes du même sexe, ni pour les célibataires. Personne ne peut revendiquer le droit à avoir un enfant au prétexte qu’il désire avoir un enfant", peut-on lire sur son site.

Maître Eolas, avocat au barreau de Paris, le rappelle d'ailleurs sur son compte Twitter : "Le droit à l'enfant n'existe pas". Selon les soutiens de la Manif pour tous, ce "droit à l'enfant" entrerait alors en contradiction avec le "droit de l'enfant", à savoir l'intérêt de la progéniture avant tout. Un argument déjà avancé lors du débat sur le mariage pour tous. L'avocat s'interroge : "En quoi le fait de ne pas naître est-il plus conforme aux droits de l'enfant que le faire naître ?"

Une porte ouverte à la GPA

Le projet annoncé par Marlène Schiappa ne fait aucune référence à la gestation pour autrui (GPA). Certains font toutefois le lien entre l'ouverture de la PMA et une éventuelle future légalisation de la GPA. Selon Laurent Wauquiez, le fait d'ouvrir la PMA à toutes les femmes crée une inégalité envers les hommes. Le seul moyen d'y remédier serait donc, selon lui, de permettre à la gent masculine de procréer et, de facto, de recourir à la GPA, à laquelle il est opposé. Cette dernière est strictement interdite en France même si elle existe dans d'autres pays. Souvent renvoyée à la marchandisation du corps de la femme par ses détracteurs, elle soulève plusieurs questions délicates.

"Pour la GPA, il y a plein de problématiques à résoudre pour éviter les dérives, concède Camille. Mais je ne vois pas pourquoi certains pays arrivent à la mettre en place et que chez nous ce ne serait pas possible..." Certains États américains, le Canada, la Russie, la Grèce, l'Ukraine ou encore la Georgie l'ont autorisée. 

C'est comme si on interdisait aux femmes de faire des enfants parce que les hommes ne peuvent pas

Élodie Mulon, avocate spécialisée en droit de la famille
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Selon Maître Eolas, qui répond à Laurent Wauquiez pour RTL.fr, la PMA pour toutes n'entraînerait pas d'inégalité entre femmes et hommes. Selon lui, l'inégalité serait "biologique". "Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que des personnes placées dans une situation différente soient traitées de façon différente. Or, un homme ne peut pas être enceinte, une femme oui", résume-t-il. 

Même explication pour l'avocate spécialisée en droit de la famille, Élodie Mulon. Pour RTL.fr, elle précise que juridiquement "autoriser la PMA ne crée pas d'inégalité particulière, elle est physiologique". "On ne peut pas autoriser ou non la PMA sous prétexte qu'elle crée une inégalité alors que l'inégalité est biologique", insiste-t-elle avant d'illustrer : "C'est comme si on interdisait aux femmes de faire des enfants parce que les hommes ne peuvent pas". 

Il est toutefois concevable que l'argument de l'inégalité biologique soit utilisé dans l'autre sens par les pro-GPA, afin de demander sa légalisation.

La PMA est un acte médical, l'étendre pourrait le dénaturer

Aujourd'hui, la procréation médicalement assistée est un acte médical remboursé à 100% par l'Assurance maladie jusqu'au "43e anniversaire de la mère", ce pour 6 inséminations artificielles et 4 fécondations in vitro. La crainte de la Manif pour tous est que ces opérations soient également prises en charge par la Sécurité sociale pour les couples d'homosexuelles.

"La médecine n'est pas là pour répondre aux revendications sociétales", a défendu Ludovine de la Rochère sur Radio Classique. Le compte Twitter de la Manif pour tous ajoute : "C'est une nouvelle technique visant à détourner la médecine au détriment du plus faible".

"Quand on va en Belgique, on paye, on demande juste que ce soit possible en France", argumente Camille, qui ne demande pas de remboursement. Elle ne comprend toutefois pas pourquoi "la PMA pour un couple hétéro ne choque pas alors que, dès qu'on parle de l'élargir aux couples de même sexe, tout de suite on s'offusque. Que ce soit dans un cas comme dans l'autre, la PMA reste un acte médical". Pour Maître Eolas, rembourser les couples hétérosexuels mais pas les couples d'homosexuelles serait "une atteinte à l'égalité".

Ludovine de la Rochère et ses militants ne sont pas démotivés. Après leur université d'été, ils ont annoncé la couleur : "Le programme de notre mobilisation est dense : décrypter les infos, sensibiliser les consciences, et qui sait, manifester". Le débat est donc ouvert et le gouvernement a un an avant la révision de la loi bioéthique prévue fin 2018 - pendant laquelle doit être examinée l'ouverture de la PMA à toutes - pour convaincre les citoyens.

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2017-09-20 07:35:00
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