6 min de lecture Présidentielle 2017

Présidentielle 2017 : que proposent les candidats eurosceptiques sur l'Europe ?

ÉCLAIRAGE - Sur les onze candidats à la présidentielle, cinq s'attaquent clairement à l'Union européenne telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Marine Le Pen, François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Cheminade et Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen, François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Cheminade et Jean-Luc Mélenchon. Crédit : RTLnet
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Le traité fondateur de la Communauté économique européenne (CEE), qui deviendra l'Union européenne en 1992, fête ses 60 ans ce samedi 25 mars. Douze ans après avoir traversé une première zone de fortes turbulences avec la victoire du "non" au référendum constitutionnel de mai 2005 (la France et les Pays-Bas étaient les deux seuls États à l'avoir rejeté par référendum), l'Europe n'a jamais été aussi contestée à la veille d'une élection présidentielle en France.

Chacun à leur manière, Marine Le PenFrançois AsselineauNicolas Dupont-AignanJacques Cheminade et Jean-Luc Mélenchon, soit près d'un candidat sur deux à l'Élysée, remettent en question l'Europe telle qu'elle existe aujourd'hui. Entre sortie de l'euro, retour au franc, passage d'une monnaie unique à une monnaie commune, il existe des variantes dans les propositions de ces candidats eurosceptiques voire europhobes, pour certains.

Marine Le Pen pour retrouver quatre "souverainetés"

L'Union européenne est sa cible privilégiée. Marine Le Pen plaide pour un retour à une "monnaie nationale" pour les Français au quotidien, qui coexisterait avec une "monnaie commune" pour les États et les grandes entreprises. Une proposition qu'elle avait déjà formulée lors de la campagne présidentielle de 2012.

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Ce projet de sortie de l'euro et de rétablissement des frontières nationales serait validé (ou non) par référendum et assorti de la suppression du statut de travailleur détaché. Dans ce projet de référendum, Marine Le Pen entend également réclamer le retour de quatre souverainetés : économique, monétaire, législative et territoriale, sans en préciser les contours.

À en croire l'actualité récente, Marine Le Pen se tournerait plus facilement vers la Russie. Le 24 mars, elle a rencontré Vladimir Poutine en personne. La patronne du Front national, eurodéputée par ailleurs, a pour sa part indiqué à l'AFP avoir évoqué "la manière dont les nations doivent pouvoir agir ensemble pour lutter contre le fondamentalisme", appelant à "renforcer leur coopération".

François Asselineau pour un "Frexit", une sortie de l'OTAN et un retour au franc

"Les Français ne dirigent plus leur propre pays". Dans son "programme de libération", le candidat de l'Union populaire républicaine, pour la première fois dans la course à l'Élysée, fait campagne pour la sortie de l'euro et le déclenchement du "Frexit", à l'image de ce qui s'est passé au Royaume-Uni en juin 2016. "Il faut bien que les Français comprennent que l’Union européenne, c’est la face civile d’une même médaille dont la face militaire s’appelle l’OTAN", déclarait-il sur le plateau d'On n'est pas couché.

Sur France Info, François Asselineau estime que Bruxelles est responsable de la baisse des dotations des communes, jugeant qu'elle contraint à "réduire les dépenses des collectivités locales en France." Une sortie de l'Union européenne permettrait, selon lui, d'économiser "neuf milliards d'euros cash".

Institutions, monnaie commune, souverainisme... Le projet de Dupont-Aignan

Opposé aux traités européens en vigueur, Nicolas Dupont-Aignan songe à "remplacer l'Union européenne par une Communauté des États européens". S'il accédait à la plus haute fonction, il appellerait à un changement clair des institutions européennes existantes et de leurs compétences. Un Secrétariat général remplacerait ainsi la Commission, tandis que le Parlement se substituerait à l'Assemblée des États européens, dont les membres seraient désignés par les parlements nationaux. "La Communauté agira dans les seuls domaines de compétence qui lui seront délégués par les États membres et sur un mode confédéral", ajoute-t-il. Parmi les compétences obligatoires de l'Europe, on peut citer le fonctionnement du marché commun, la conclusion d'accords internationaux à caractère commercial et surtout la mise en oeuvre de la monnaie commune, qui remplacerait la monnaie unique, l'euro.

Dans une tribune, publiée le 3 janvier dans Le Figaro, Nicolas Dupont-Aignan défend sa mesure phare. "Ce compromis présente les avantages d'une coopération monétaire maintenue mais rendue souple, sans les inconvénients d'une sortie sèche et brutale de l'euro. Il s'agit de passer en bon ordre de la monnaie unique vers une monnaie commune européenne, juxtaposant des monnaies nationales restaurées et une monnaie européenne à l'international. Avec l'euro mark, l'euro franc, ou l'euro livre, chacun des pays disposerait d'une monnaie adaptée à sa compétitivité."

Pour l'Europe, comme pour le reste, le leitmotiv du candidat Debout la France reste la souveraineté. Il prône notamment "la liberté, par l’indépendance de la Communauté vis-à-vis de tout État ou organisme tiers, notamment en matière de défense et de politique étrangère." La France pourrait aussi interdire la directive des travailleurs détachés et s'opposer à une décision émanant de l'Europe si elle "dépasse les compétences qui lui sont déléguées" par les États. Des États, qui pourront, s'ils le souhaitent, se réunir, en petits groupes, autour de grands projets d'avenir.

Sortir de l'euro et de l'UE, les premières mesures de Jacques Cheminade

L'Union européenne telle qu'elle existe aujourd'hui, qui serait "supplantée par les lobbys et le pouvoir financier via la Banque centrale européenne et sourde aux attentes des peuples", n'est pas la solution pour Jacques Cheminade. "Nous n'avons pas réussi à créer un projet qui intègre les peuples", regrette le candidat, qui se veut garant de l'espérance. Il faudrait donc, selon lui, en sortir pour construire une Europe des Nations, au sein de laquelle "des projets communs seraient menés avec les six pays d'origine et l'Espagne et le Portugal".

En finir aussi avec la monnaie unique, l'euro, "monnaie qui relaie la mondialisation financière", pour créer une monnaie commune, qui se rapprocherait de l'écu (échanges avec l'extérieur). Cela signerait dans le même temps le retour des banques nationales.

"Ma première décision sera, en même temps que la France sortira de l’euro et de l’UE, de proposer à nos partenaires européens, et tout particulièrement à l’Allemagne, de fonder en commun un système de crédit public coordonné, par association de nos banques nationales. Non pas en vue de gérer un ordre existant, mais pour financer ensemble de grands projets de développement mutuel à l’échelle de l’Europe, de l’Eurasie et du décollage de l’Afrique, qui doit devenir avec nous mieux que la Chine du XXIe siècle", explique le candidat de Solidarité et Progrès sur son site.

Jean-Luc Mélenchon n'exclut pas de sortir de l'Union européenne

C'est le point d'accroc entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon : la question européenne divise la gauche. Le candidat de la France insoumise n'a pas l'intention de céder aux traités européens. Il veut les renégocier en profondeur. En cas d'échec, la question de la place de la France dans l'UE se posera. Le candidat de la France insoumise ne veut pas d'une "Europe allemande", qui demande le respect de la règle d'or budgétaire. "La droite allemande impose un programme qui est en train de tuer l'Europe et l'idée d'Europe. Je crois que la France, on ne fait pas l'Europe sans elle, donc je me sens fort", assurait-il au micro du Grand Jury RTL - Le Figaro - LCI en octobre dernier. 

Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon n'imagine pas une seconde l'Allemagne laisser partir la France sans négocier. "Si M. Tsipras avait fait ça au lieu de signer n'importe quoi, il aurait eu Mme Merkel qui lui courait derrière dans le couloir. Si la Grèce avait déclaré qu'elle faisait banqueroute, ça aurait coûté 60 milliards aux Allemands." Dans son programme, il résume la situation ainsi : "Le plan A, c’est la sortie concertée des traités européens par l’abandon des règles existantes pour tous les pays qui le souhaitent et la négociation d’autres règles, indique le texte." Ce dernier comporte la fin de l'indépendance de la Banque centrale européenne, la mise en place d'un "protectionnisme solidaire" ou encore une harmonisation fiscale et sociale. Si accord il y a, les Français se prononceront par référendum.

"Le plan B, c’est la sortie des traités européens unilatérale par la France pour proposer d’autres coopérations." Dans ce cas, la France jugulera dans la foulée sa contribution au budget de l'Union européenne, mettra en place un contrôle des capitaux et des marchandises aux frontières nationales.

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2017-03-25 11:11:04
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