5 min de lecture Présidentielle 2017

Présidentielle 2017 : pourquoi Mélenchon est-il l'homme fort du moment ?

ÉCLAIRAGE - Le candidat de la France insoumise réalise la percée du mois et creuse l'écart avec Benoît Hamon à gauche.

Jean-Luc Mélenchon était en meeting au Havre mercredi 29 mars 2016.
Jean-Luc Mélenchon était en meeting au Havre mercredi 29 mars 2016. Crédit : CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Sondage après sondage, il est le seul candidat à progresser. Huit jours après l'inversion des courbes à gauche, Jean-Luc Mélenchon se montre on ne peut plus optimiste et conquérant. Le candidat de la France insoumise affiche de grandes ambitions. Après avoir doublé Benoît Hamon pour la première fois dans une enquête d'opinion le 22 mars, il entend bien grignoter dixième de point après dixième de point son retard sur François Fillon, et s'inviter par surprise in fine au second tour de l'élection présidentielle.

Dans son édition du 31 mars, Le Figaro Magazine lui donne une raison de croire en ce scénario idéal. D'après le baromètre mensuel Kantar Sofrès One Point, publié par l'hebdomadaire, Jean-Luc Mélenchon est la personnalité politique, disposant de la meilleure cote d'avenir. Ce terme faisant référence à l'importance du rôle que les Français aimeraient voir jouer par untel ou un autre dans les mois ou années à venir. Le candidat bondit de 19 points en un mois à peine, pour atteindre 47 points (+ 19 points). Emmanuel Macron et Benoît Hamon sont en embuscade respectivement avec 41 (+1 point) et 36 points (+6 points), quand François Fillon est à la peine avec 18 points (-8 points en un mois, -23 points en quatre mois).

Sur Twitter, Cécile Lacroix-Lanoë, directrice d'études, explique que la même situation s'est déjà produite en 2012, au cours de la dernière élection présidentielle. La cote d'avenir significative s'était traduite par un résultat électoral en demi-teinte. À la quatrième place avec 11,1% des voix - très loin derrière François Hollande et Nicolas Sarkozy - il était toutefois parvenu à réaliser un score record pour le Parti communiste. Cette année, le contexte n'est pas comparable : cinq ans de présidence Hollande sont passés par là et Benoît Hamon, le candidat socialiste, est plus que jamais contesté dans son rôle de rassembleur et par conséquent de chef d'une potentielle majorité de gauche. Jean-Luc Mélenchon a une place toute trouvée.

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Mélenchon, "superstar" des débats

Comment expliquer alors l'explosion de l'ancien président du Parti de gauche, qualifié par le magazine, dont l'orientation ne lui est pourtant pas favorable, de "superstar de la campagne"Dans son édito diffusé sur RTL le 23 mars, Alba Ventura a tenté de cerner un peu plus celui qui joue là sa deuxième campagne présidentielle, depuis son départ tonitruant du Parti socialiste en 2008 pour une aventure solitaire, celle du Parti de gauche. "Jean-Luc Mélenchon, c'est un excellent tribun qui sait créer l’événement, qui sait faire des coups", explique la journaliste. "Jean-Luc Mélenchon, c'est un candidat qui vit sa campagne comme un show-man."

Il est clair que Jean-Luc Mélenchon n'a pas fait les choses à moitié, et s'est engagé sur le fond comme sur la forme. S'il a confirmé son opposition frontale et sa détestation pour Marine Le Pen, il a aussi su se distinguer avec un meeting hologramme entre Lyon et Aubervilliers le 5 février, sa marche entre Bastille et République le 18 mars et pendant le débat organisé par TF1 deux jours plus tard. Le lendemain, Alain Duhamel estimait qu'il s'était montré sous son meilleur jour : celui qui est souvent "acariâtre, désagréable, cassant, coupant, méprisant" a été "le plus pugnace, le plus drôle, le plus naturel. "Il a su prendre la lumière, avec son côté candidat poète", ajoutait Alba Ventura.

Interrogé sur RTL le 30 mars, Emmanuel Rivière, directeur de Kantar Public, commente ce qui se joue au micro de Dominique Tenza : "Je crois que Jean-Luc Mélenchon a réussi une correction d'image (lors du débat). On voyait sans doute en Jean-Luc Mélenchon quelqu'un qui était plus dans l'invective, plus dans la contestation, il a (finalement) distribué les bons et les mauvais points, il a pris un petit peu de hauteur aussi."

McDonald's, Tourcoing... Présent là où on ne l'attend pas

La campagne du candidat a aussi été rythmé par ses indignations. Des colères qui ont éclaté dans des endroits souvent inattendus. "Frites par frites, nuggets par nuggets, nous reprendrons le fric de McDonald's", avait tonné Jean-Luc Mélenchon au cours d'une opération coup de poing le 25 mars dernier. Aux côtés de syndicalistes CGT, le candidat de la France insoumise a participé à une opération de blocage d'un fastfood de l’enseigne américaine à Paris, pour protester contre la "rapacité" et la "cupidité" des multinationales et plaider pour une "harmonisation fiscale" européenne.

Deux mois plus tôt, le 10 janvier, il proposait son premier "déboulé" à Tourcoing (Nord) : comprenez par là un meeting improvisé dans une ville récemment touchée par un fait divers "symptomatique de la façon dont fonctionne notre économie". À Tourcoing, le 22 novembre 2016, une jeune caissière de 23 ans, en contrat de professionnalisation dans un magasin Auchan City, a perdu son fœtus sur son lieu de travail. Elle accusait la direction d'avoir eu un "manque de considération" à son égard quand elle a annoncé sa grossesse. "Il s'agit de tirer tout le jus possible de ce cas et de montrer qu'il faut changer les choses, observait Alexis Corbière, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon auprès de RTL.fr. "C'était un moyen de rendre hommage à ces gens qui travaillent, aux invisibles, ces ouvriers auxquels on consacre 3% du temps d'antenne, alors qu'ils représentent 20% de la population".

Il y a un plafond à la dynamique Mélenchon

Benoît Hamon, candidat PS à la présidentielle
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De là à imaginer Jean-Luc Mélenchon au second tour ? Il est encore trop tôt pour l'envisager, à en croire Emmanuel Rivière. "Il a un potentiel qui lui permettrait de passer devant François Fillon. Pour que Jean-Luc Mélenchon soit au second tour, il faudrait qu'il se passe d'autres choses, notamment un décrochage de l'un des deux premiers" : Marine Le Pen ou Emmanuel Macron.

Pas question en tout cas pour le candidat de se détourner de son message d'origine. "Je ne dépends que de vous, c’est à vous que j’ai fait la promesse, je ne négocierai rien, avec personne !", lançait-il au Havre le 29 mars avec la gouaille et l'énergie qu'on lui connaît. Une réponse directe à l'appel à l'unification des gauches lancé par Benoît Hamon, après le soutien de Manuel Valls à Emmanuel Macron. Parce que Benoît Hamon en est convaincu : "Il y a un plafond à la dynamique Mélenchon".

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2017-03-30 15:59:00
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