5 min de lecture Présidentielle 2017

Benoît Hamon : ce qu'il faut retenir de son meeting à Bercy

ÉCLAIRAGE - Le candidat socialiste à la présidentielle s'en est vivement pris à Emmanuel Macron et François Fillon, tout en prenant soin d'essayer de rassembler la gauche et de promettre un "futur désirable" à la jeunesse.

Benoît Hamon à Bercy, le 19 mars 2017
Benoît Hamon à Bercy, le 19 mars 2017 Crédit : Eric FEFERBERG / AFP
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Ludovic Galtier
avec Julien Absalon et AFP

Discours crucial dans la campagne de Benoît Hamon. Au coude-à-coude dans les sondages avec Jean-Luc Mélenchon et au lendemain de sa démonstration de force entre Bastille et République à Paris, le candidat socialiste, dans un ton nettement plus offensif qu'à l'accoutumée, s'est efforcé à Bercy de "prendre de la hauteur dans un discours emprunt de gravité" dimanche 19 mars. La salle était pleine, les esprits chauffés à bloc et les drapeaux agités plus colorés les uns que les autres. "Nous avons rendez-vous avec l'histoire !", a-t-il lancé, se battant pour "redonner espoir".

Outre plusieurs anciens ministres (bien moins nombreux qu'au Bourget en 2012) comme Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Christiane Taubira et quelques rares membres du gouvernement (Matthias Fekl, Laurence Rossignol, Emmanuel Cosse, Najat Vallaud-Belkacem...), pas moins de 25.000 personnes ont participé au meeting selon l'équipe de campagne de Benoît Hamon. 20.000 étaient annoncées à l'intérieur de la salle. Un écran a été installé à l'extérieur pour permettre aux partisans n'ayant pas pu entrer de suivre ce discours qui a duré pendant un peu moins d'une heure et demie.

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Hamon fait applaudir Hollande

Dans la première partie, le candidat a d'abord cité les victimes de Mohamed Merah, terroriste qui frappait des militaires et des élèves d'une école juive en mars 2012, avant de demander à la salle - 25.000 personnes selon l'organisation - de procéder à une minute de silence en mémoire de toutes les victimes du terrorisme.

Benoît Hamon en a profité pour saluer l'action du pouvoir en place face au terrorisme. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'ancien frondeur du quinquennat a fait applaudir François Hollande, le président de la République, Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian pour leur combat contre le terrorisme. Mais pas Manuel Valls. Une manière aussi de rassembler le plus possible la gauche.

L'histoire de la gauche comme fil rouge

Dans la presse, Benoît Hamon avait espéré que ce meeting à Bercy soit "un grand moment de rassemblement dans une séquence où commencent à se cristalliser les opinions". Un meeting en tout cas profondément ancré à gauche pour rassembler son camp, on ne peut plus divisé avec l'émergence d'Emmanuel Macron il y a maintenant deux ans.

Le vainqueur de la primaire de janvier a cité les auteurs - Victor Hugo, Aimé Césaire, Émile Zola... - les hommes politiques - Jean Jaurès, François Mitterrand, Michel Rocard... - et les combats qui ont marqué l'histoire de la gauche : nuit du 4 août 1789, mai 1936, mai 1968, mai 1981 et... mai 2017, il l'espère. "La gauche, c'est ma vie (...) Nous sommes fiers d'être la gauche", a-t-il scandé, en ironisant sur le positionnement d'Emmanuel Macron d'abord et en prenant l'engagement de soumettre à référendum le droit des votes des étrangers aux élections locales, une des mesures éternellement promises par la gauche. Benoît Hamon a rappelé les fondamentaux de sa campagne : son revenu universel, qu'il décrit comme la poursuite "de l'oeuvre du Conseil national de la Résistance de 1945".

Contre les candidats du "parti de l'argent"

Benoît Hamon a quelque peu repris les codes du fameux discours de François Hollande au Bourget, lors de la campagne présidentielle de 2012. Usant des anaphores, l'ancien ministre de l'Éducation s'est attaqué... au monde de la finance. Défenseur de la morale et de l'éthique, il a dénoncé "le parti de l'argent", qui "a trop de candidats dans cette élection. Sans les citer, Emmanuel Macron et François Fillon étaient dans son viseur. "Ce parti de l'argent a plusieurs noms, plusieurs visages, il a même plusieurs partis", a-t-il lancé, en allusion à la célèbre tirade de François Hollande, lors de son discours du Bourget en 2012, contre la finance, un "ennemi" qui n'a ni "nom", ni "visage". 

Le candidat socialiste a poursuivi : "Je ne crois pas que le marché puisse guider les hommes, je n'ambitionne pas de devenir le PDG du site France mais de devenir le président de la République au service des Françaises et des Français (...) Nul ne peut servir deux maîtres : la République et l'argent". Il s'est ainsi posé en "homme d'État", en contradiction avec ses adversaires qui "ont le sens des affaires".

L'attaque frontale contre Macron

Rejetant "un pays où l'argent serait roi, voire même la seule raison d'être" et "un pays où les alternances démocratiques deviendraient sans objet, puisque gauche et droite travailleraient ensemble (...) au service des gagnants". "Vous êtes chômeurs ? créez votre entreprise ! Vous êtes pauvres ? Devenez milliardaires ! Vous n'avez qu'un T-shirt ? Allez vous acheter un costume, diable !", a-t-il lancé, survolté, sous les applaudissements, en allusion à plusieurs propos controversés d'Emmanuel Macron.

La charge contre la clause Molière

Benoît Hamon s'est lancé dans une autre anaphore pour dénoncer la clause "Molière" voulue par les "tartuffes" de la droite, selon ses mots, pour imposer la langue français sur les chantiers. "Tartuffe Wauquiez, Tartuffe Pécresse, Tartuffe Fillon ! Comment aurait-on reconstruit la France sans les Portugais, les Polonais, les Espagnols, les Marocains ?", a-t-il clamé.

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« Tartuffe Wauquiez, Tartuffe Pécresse, Tartuffe François Fillon ! », attaque Benoît Hamon

Hamon exalté à la fin

Benoît Hamon a conclu son discours en fixant son cap, celui de "la première République sociale, écologique, puissante", promettant à ses partisans de "faire du bruit dans cette élection". Visiblement ému, il a poursuivi : "Nous allons faire le bruit immense de l'espérance qui vient (...) Parce que nous sommes la gauche, nous ne croyons pas à la fatalité d'un monde condamné à l'injustice sociale, avant sa destruction écologique. Nous ne croyons pas à la fatalité d'une élection par défaut, par dépit, par déprime. Nous sommes fatigués de voter contre. Nous voulons voter pour".

Dans sa bataille contre un vote utile qui conforterait Emmanuel Macron, Benoît Hamon a martelé sous un tonnerre d'applaudissements : "Voilà ce que je veux être, voilà ce que je suis, candidat pour. Pour plus de justice, pour plus d'écologie, pour plus de fraternité, pour un futur désirable, pour une nouvelle espérance", a dit le candidat, qui avait rappelé auparavant son "cap", celui d'une "République bienveillante, la première République sociale, écologique, puissante".

Un message, grandement adressé à la jeunesse, qu'il a achevé sur un ton exalté : "Allez, allez voir les Français, ceux qui sont en colère, déçus, perdus (...) Allez au delà des partis politiques, des appareils, des prédictions et des sondages. Allez, allez convaincre ceux que plus rien ne convainc. Allez parler à ceux à qui plus personne ne parle désormais. Allez chercher les femmes, les hommes dont nous avons besoin, mais surtout qui ont tellement besoin de nous (...) Allons ensemble jusqu'à la victoire !".

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2017-03-19 17:30:00
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