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Tadej Pogacar à l'entraînement avec son équipe sur les pavés de Paris-Roubaix, le 9 avril 2026.
Crédit : Francois LO PRESTI / AFP
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Rarement un coureur a paru aussi intouchable. Fort de trois victoires en autant de jours de course cette saison sur les Strade Bianche, Milan-San Remo et le Tour des Flandres, Tadej Pogacar repart dimanche 12 avril à la conquête du dernier Monument qui manque à son invraisemblable palmarès à 27 ans, Paris-Roubaix.
Comme souvent avec le Slovène, il s'agit de convoquer l'histoire de son sport avec un grand H, car il peut devenir le quatrième coureur à remporter les cinq Monuments en carrière, après les Belges Rik Van Looy (1958-1965), l'illustre Eddy Merckx (1966-1976) et Roger De Vlaeminck (1970-1979). Avec une telle prouesse, il alignerait les cinq derniers disputés et garderait en ligne de mire la possibilité de faire le Grand Chelem sur la seule saison en cours, ce qui n'a jamais été réalisé, sachant que Liège-Bastogne-Liège (26 avril) et le Tour de Lombardie (10 octobre) relèvent a priori d'une formalité pour lui.
Mais l'Enfer du Nord porte bien son nom, et peut être un peu plus quand on a les caractéristiques de l'ogre d'UAE Team Emirates. L'idée n'est évidemment pas d'affirmer sans sourciller que "Pogi" va de nouveau s'incliner, un an après avoir été poussé à la faute par son plus grand rival des classiques, Mathieu van der Poel (Alpecin-Deceuninck), et de s'être contenté de la deuxième place pour sa première venue sur les routes pavées reliant Compiègne au fameux vélodrome : là où Tadej Pogacar passe, ses adversaires trépassent la quasi totalité du temps, et ont même fini par s'en accommoder.
Mais le terrain de ce dimanche, qui plus est avec 55 kilomètres de secteurs pavés mouillés par la pluie prévue la veille, reste l'un des rares où le zébulon est susceptible de mordre la poussière. Contrairement aux autres Monuments, où il cumule 12 succès, le parcours ne comporte aucune ascension pour faire la différence. "C'est vraiment la course qui lui correspond le moins. C'est tout plat. Il aura du mal à lâcher ses adversaires", souligne auprès de l'AFP Thierry Gouvenou, le directeur de Paris-Roubaix, classé 7e en 2002. Tout le contraire d'un Mathieu van der Poel.
Avec sa science de la course, son expérience sur place et sa puissance, le Néerlandais fait figure de coriace opposant, lui qui a levé les bras sur les trois dernières années. Et ce, tandis qu'il ne faut pas éliminer d'entrée de jeu les autres prétendants, que sont le Belge Wout van Aert (Visma-Lease a bike), le Danois Mads Pedersen (Lidl-Trek) et l'Italien Filippo Ganna (Ineos-Grenadiers). Ces quatre hommes ont un profil de rouleur bien plus adapté pour les pavés, avec un poids leur permettant de rester plus stables sur leurs machines sans trop se fatiguer, malgré les vibrations. Si Tadej Pogacar ne parvient pas à les lâcher sur les 258,3 km au menu, il pourrait ne pas disposer de la pointe de vitesse suffisante pour les dominer au sprint sur la piste de Roubaix.
Au XXIe siècle, les vainqueurs de l'épreuve pèsent d'ailleurs autour de 77 kg en moyenne, quand le double champion du monde en titre n'affiche que 66 sur la balance. Pourtant, il a travaillé sur le plan physique afin de prendre du muscle, un peu, au prix d'une alimentation gérée de près par les spécialistes de son équipe.
Le tout afin de garder aussi son gabarit de grimpeur pour briller sur les autres rendez-vous de son programme (l'an passé, il était le premier vainqueur sortant du Tour de France à être au départ de Roubaix depuis 1991). À noter que son coéquipier Florian Vermeersch, désigné pour être son plus fidèle lieutenant dans les Hauts-de-France, a lui aussi optimisé sa nutrition pour se préparer au mieux.
Malgré ces dispositions et une préparation peaufinée jusqu'au bout, via un intense repérage d'équipe dans les 100 derniers kilomètres jeudi, dans l'enchaînement mythique Trouée d'Arenberg - Mons-en-Pévèle - Carrefour de l'Arbre, Tadej Pogacar - qui s'est appliqué à trouver les meilleures trajectoires dans les virages les plus périlleux - n'est pas à l'abri des aléas. Car les chutes et crevaisons sont légion sur Paris-Roubaix.
S'il parvient à déjouer tous ces pièges, nul doute qu'il saura profiter de son passage dans les fameuses douches du vélodrome, avec le sentiment, cette fois, de ne plus avoir grand chose à gagner pour surpasser définitivement le roi Eddy Merckx en termes d'accomplissement.
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