4 min de lecture

"Le dixième budget devrait s’adapter aux plus puissants" : on vous explique l'imbroglio autour du potentiel report de Lens-PSG en Ligue 1

Désireux de préparer au mieux son quart de finale de Ligue des champions contre Liverpool, le PSG espère faire reporter le choc du championnat contre son dauphin lensois. Ce que le club sang et or dénonce, en attendant le verdict de la Ligue jeudi 26 mars.

Le Géorgien Khvicha Kvaratskhelia au duel avec le Sénégalais Malang Sarr lors de PSG-Lens en Ligue 1, le 14 septembre 2025 au Parc des Princes.

Crédit : FRANCK FIFE / AFP

Gabriel Joly

Je m'abonne à la newsletter « Sport »

C'est le dossier chaud de ces dernières heures. Qualifié pour les quarts de finale de la Ligue des champions, le Paris Saint-Germain espère obtenir le report de son match de Ligue 1 intercalé entre les deux manches de sa double confrontation contre Liverpool (les 8 et 14 avril), comme c'est désormais devenu une habitude pour favoriser les parcours des clubs français en Coupe d'Europe.

Problème : la partie en question n'est autre que le choc sur la pelouse du stade Bollaert face à son dauphin à la lutte pour le titre, le RC Lens. Ce rendez-vous a déjà été programmé le samedi 11 avril à 17 heures, et on le décrit logiquement comme la "finale" du championnat de France, puisqu'il n'y a actuellement qu'un point d'écart entre les deux équipes (une rencontre en moins pour le PSG).

De quoi susciter un important imbroglio, car les Sang et Or refusent de voir leur calendrier bousculé.

Le PSG est-il dans son bon droit ?

À première vue, rien de nouveau dans la demande des Parisiens, formulée officiellement auprès de la Ligue ce lundi. Pour les quarts de finale européens, Strasbourg - engagé en Ligue Conférence - a lui aussi demandé de décaler sa rencontre contre Brest, afin de préparer au mieux son double affrontement contre Mayence. Par le passé, l'OM en 2024 ou même Rennes en 2019 ont déjà bénéficié d'une telle mesure pour préserver leurs forces vives avant des joutes continentales.

Le PSG, bien plus coutumier du fait, avait aussi obtenu le report de son duel avec Nantes placé au milieu de son huitième de finale contre Chelsea, mi-mars. Cela avait d'ailleurs fait parler outre-Manche, les médias britanniques regrettant que la Premier League ne puisse pas en faire de même pour ses formations.

La différence avec ce Lens-PSG ? Les Nantais étaient conciliants et la date définitive n'avait pas encore été arrêtée, si bien qu'il y avait un enjeu logistique en moins, notamment en lien avec la billetterie.

Face à la presse vendredi, l'entraîneur parisien Luis Enrique était resté évasif sur le déplacement dans le Pas-de-Calais : "Chaque équipe cherche à trouver les meilleures conditions pour jouer la compétition mais on peut comprendre l'intérêt de chaque équipe", avait-il dit, sachant qu'il pourrait enregistrer les retours de blessure de Fabian Ruiz et Bradley Barcola en cas de date ultérieure.

Pourquoi Lens dit non ?

La direction lensoise a exprimé lundi soir son opposition à un tel report, invoquant son attachement "à l'équité, à la clarté des règles et au respect de tous les acteurs", dans un très long communiqué. "Il nous apparaît qu’un sentiment préoccupant tend à s’installer : celui d’un championnat de France progressivement relégué au rang de variable d’ajustement au gré des impératifs européens de certains. Une conception singulière de l’équité sportive, dont on peine à trouver l’équivalent dans les autres grandes compétitions continentales", juge le club artésien, alors qu'aucun des quatre autres grands championnats ne reporte les matchs domestiques de ses représentants européens.

"Modifier aujourd’hui la date de cette rencontre reviendrait, pour le RC Lens, à être privé de compétition pendant 15 jours puis enchainer des matchs tous les trois jours - un rythme qui ne correspond ni à celui défini en début de championnat, ni aux moyens d’un club qui pourrait absorber sans conséquence ce type de contraintes nouvelles. Il serait donc entendu que le dixième budget du championnat devrait s’adapter aux exigences des plus puissants", poursuit encore le communiqué.

Une position déjà exprimée par l'entraîneur lensois Pierre Sage vendredi soir après la large victoire de son équipe face à Angers (5-1) : "On n'est pas d'accord", avait-il lancé. "On a joué un match de Coupe de France (à Lyon le 5 mars, 2-2, t.a.b. 5-4) le jeudi, il a fallu jouer le dimanche contre Metz (3-0)", avait-il rappelé. "Je comprends que le fait d'avoir du repos permette d'être plus performant mais c'est un club qui est très performant, qui est dans beaucoup de compétitions, donc il connaît les contraintes".

"Il ne reste qu’une date et on n’a pas à subir cette chose", ajoutait-il. Avec la perspective de voir Paris atteindre le dernier carré de C1, le fait que Lens est encore engagé en Coupe de France (demi-finale contre Toulouse le 21 avril) et ce PSG-Nantes à recaser, la seule option restante pour décaler cette "finale" de Ligue 1 serait entre les multiplex des 33e et 34e journées, soit la semaine du 11 mai. Autrement dit, les partenaires de Florian Thauvin devraient enchaîner tous les trois jours, ce que ceux d'Ousmane Dembélé cherchent actuellement à éviter. Reste que dans les faits, le seul refus de l'adversaire ne suffit pas à mettre fin aux tractations sur ce report.

Qui peut décider du report ?

Si les deux clubs étaient d'accord, ce serait vite vu. Mais comme ce n'est pas le cas, la LFP va devoir trancher à l'occasion de son conseil d'administration jeudi, comme le précise l'article 22 des statuts de l'instance. Traditionnellement, le conseil d’administration de la LFP - dirigée par Vincent Labrune - a tendance à faciliter ceux qui participent à une Coupe d’Europe, et donc souvent du PSG.

À noter que deux représentants du PSG, son président Nasser Al-Khelaïfi et le directeur général Victoriano Melero (président du syndicat des clubs pros Foot Unis), font partie du conseil d'administration. "Puissent les échanges être animés lors du prochain CA de la LFP. Cela signifierait que, quand il s’agit d’équité, les idées peuvent se confronter... Je me fais peu d’illusions", a commenté mardi le patron du RC Lens, Joseph Oughourlian, sur LinkedIn.

Manière indirecte pour l'opposant le plus farouche de "NAK" parmi les clubs de Ligue 1, d'entonner le refrain d'une LFP mise au pas par les Parisiens. Il l'avait déjà fait dans le dossier des droits TV en prônant un conflit d'intérêt le dirigeant qatarien, impliqué dans les négociations alors qu'il dirige également beIN Sports - diffuseur du championnat -, comme l'avait révélé Complément d’enquête. Peu importe la décision finale autour du report, elle risque de faire grandement parler dans ce contexte.

La rédaction vous recommande
À écouter aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info