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Course au titre faussée, suspense dilapidé et produit déprécié… Pourquoi le report de Lens-PSG ressemble à une décision perdante sur tous les plans pour la LFP

Souhaitant se préparer au mieux son quart de finale de Ligue des champions contre Liverpool, le PSG a obtenu jeudi 26 mars le report de son déplacement à Lens, son dauphin de Ligue 1. Malgré l'opposition des Sang et Or, la LFP a validé le passage du match du 11 avril au 13 mai.

Florian Thauvin (Lens) et Marquinhos (PSG).

Crédit : AFP

Gabriel Joly

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Sans grande surprise, le club de la capitale a obtenu gain de cause. La Ligue de Football Professionnel (LFP) a accepté jeudi 26 mars la demande du PSG de reporter son déplacement à Lens, le plus gros choc du championnat de France entre les deux premiers du classements.

Initialement prévue le samedi 11 avril à 17 heures, cette rencontre décisive pour le titre a été déplacée au mercredi 13 mai, afin de permettre aux Parisiens de se focaliser sur leur quart de finale de Ligue des champions face à Liverpool, dont les manches aller et retour sont programmées les 8 et 14 avril.

De la même manière, le match de Ligue 1 Brest-Strasbourg du 12 avril, entre les deux quarts de finale de Ligue Conférence des Alsaciens contre Mayence, a lui aussi été décalé au 13 mai. "Ces décisions s'inscrivent dans la ligne stratégique forte du Conseil d'administration de permettre à la France de conserver sa cinquième place à l'indice UEFA, qui permet d'obtenir quatre places en Ligue des champions", précise la LFP dans un communiqué.

Cette décision fait vivement réagir les supporters et soulève de sérieuses questions sur la crédibilité du football français. On vous explique.

Une décision prise contre l'avis de Lens

L'idée de laisser les représentants tricolores en Coupe d'Europe préparer aux mieux leurs enjeux continentaux n'est pas nouvelle, bien qu'elle soit unique parmi les cinq grands championnats. Depuis plusieurs décennies, les instances françaises favorisent des reports de ce genre : le PSG en profite souvent, comme ont également pu le faire Rennes en 2019 et Marseille en 2024, pour ne citer qu'eux. Mais ces décisions s'accompagnent le plus souvent d'un accord avec l'adversaire subissant ce décalage, à l'image de Nantes qui a validé de jouer ultérieurement contre Paris son match de la 26e journée placé entre les huitièmes aller et retour de C1 contre Chelsea (8-2 cumulé).

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Or, la direction lensoise a explicitement fait savoir lundi son opposition à un tel report, dans un communiqué sur ses réseaux sociaux. Une position déjà exprimée par son entraîneur Pierre Sage vendredi soir après la large victoire de son équipe face à Angers (5-1) : "On n'est pas d'accord. On a joué un match de Coupe de France (à Lyon le 5 mars, 2-2, t.a.b. 5-4) le jeudi, il a fallu jouer le dimanche contre Metz (3-0)", avait-il rappelé, manière de dire que les Sang et Or aussi doivent composer avec un calendrier dense. "Je comprends que le fait d'avoir du repos permette d'être plus performant mais [le PSG] est un club qui est très performant, qui est dans beaucoup de compétitions, donc il connaît les contraintes".

Pourtant dans les faits, le seul refus de l'autre club affecté ne suffit pas à mettre fin aux tractations sur ce report. Lorsque ce n'est pas le cas, la LFP tranche via son conseil d'administration, comme le prévoit l'article 22 des statuts de l'instance. C'est ce qui s'est donc passé ce jeudi matin. Problème ? Deux représentants du PSG, le président Nasser Al-Khelaïfi et le directeur général Victoriano Melero (président du syndicat des clubs pros Foot Unis), font partie du conseil d'administration, qui a voté ce report "unanimement" selon une source proche du dossier à l'AFP.

Les deux membres suscités ont décidé de ne pas voter lors de ce conseil d’administration pour éviter tout conflit d’intérêt, ce qui ne dit rien de leur possible influence passive. "Puissent les échanges être animés lors du prochain CA de la LFP. Cela signifierait que, quand il s’agit d’équité, les idées peuvent se confronter… Je me fais peu d’illusions", commentait le patron du RC Lens, Joseph Oughourlian, qui ne siège plus depuis 2024 dans l'organe, mardi sur LinkedIn. Et ce, alors que ses différends avec "NAK" ont déjà été largement affichés.

Le championnat s'en retrouve faussé

Ainsi, ce Lens-PSG se jouera le 13 mai, entre les deux multiplex finaux des 33e et 34e journées. Autrement dit, cela vient largement perturber le programme des Artésiens, toujours engagés en Coupe de France, qui ne vont disputer qu'une seule partie du 20 mars au 17 avril, avec le derby du Nord à Lille au retour de la trêve internationale, puis sept matchs sur le mois suivant. 

"Un rythme qui ne correspond ni à celui défini en début de championnat, ni aux moyens d’un club qui pourrait absorber sans conséquence ce type de contraintes nouvelles", soulignait l'actuel dauphin du PSG dans son communiqué lundi. Dans ce contexte, ce n'est pas l'avancement de 24 heures du Lens-Nantes de l'avant-dernière journée au vendredi 8 mai accordé par la LFP, qui atténuera le désarroi des partenaires de Florian Thauvin, selon qui "il serait donc entendu que le dixième budget du championnat devrait s’adapter aux exigences des plus puissants", toujours d'après le même communiqué.

En d'autres termes, la lutte pour le titre s'en retrouve largement faussée, Paris et Lens ne se battant déjà pas avec les mêmes armes sur le papier. Car en plus, la formation du Pas-de-Calais, qui espérait profiter de l'énergie dépensée par son rival en Ligue des champions pour le voir éparpiller quelques points en chemin en Ligue 1, se retrouve contrainte de s'adapter, de façon sous-optimale pour elle.

Dans l'immédiat, le RC Lens n'a pas réagi. Il peut encore faire appel de la décision de la LFP devant la conférence des conciliateurs du CNOSF, le Comité national olympique et sportif français.

Le produit Ligue 1 déprécié de facto

Depuis plusieurs mois maintenant, le public français - conquis par la folle saison de Lensois que l'on attendait au mieux à la bagarre pour une qualification européenne en début d'exercice - avait coché la date du 12 avril. Il faut dire que cela ressemblait à une "finale" pour le titre, car le vainqueur aurait pris l'ascendant psychologique, en plus de points d'avance sur le battu. Avec un match en retard, le PSG ne compte après tout qu'une unité de plus que Lens, et le suspense reste entier pour savoir qui brandira le trophée. 

Or, décaler ce Lens-PSG plein d'incertitudes revient à reporter la meilleure publicité pour un championnat, dont le produit peine déjà à être valorisée ces dernières années avec le marasme lié aux droits TV. Qui peut garantir que les Sang et Or seront toujours dans le coup face à l'armada de Luis Enrique, surtout avec un calendrier aménagé pour celle-ci, d'ici au 13 mai prochain ?

Si le PSG est déjà champion et Lens assuré de retrouver la C1 (ou l'inverse, même si ce n'est pas l'option privilégiée), l'affiche avec aujourd'hui le plus d'enjeu de cette Ligue 1 fera tout simplement pschitt, qui plus est un soir de semaine. "Il nous apparaît qu’un sentiment préoccupant tend à s’installer : celui d’un championnat de France progressivement relégué au rang de variable d’ajustement au gré des impératifs européens de certains", jugeaient les dirigeants lensois, invoquant leur attachement "à l'équité, à la clarté des règles et au respect de tous les acteurs". Difficile de leur donner tort.

In fine, cette décision assumée par la Ligue, qui souhaite un ruissellement des succès de ses équipes sur la scène européenne pour l'attractivité du championnat, renforce surtout la sensation que son produit d'appel n'est pas plus important que cela à ses yeux.

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