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Pilule : ces femmes qui ont décidé d'arrêter de la prendre

TÉMOIGNAGES - En six ans, 1,5 million de Françaises ont arrêté de prendre la pilule et ont choisi un autre moyen de contraception. Pour comprendre ce phénomène, plusieurs femmes ont raconté leur expérience à RTL Girls.

En six, 1,5 millions de femmes ont arrêté de prendre la pilule, selon l'Agence nationale de santé publique.
En six, 1,5 millions de femmes ont arrêté de prendre la pilule, selon l'Agence nationale de santé publique. Crédit : Simone van der Koelen / Unsplash
Emeline Ferry
Emeline Ferry
Journaliste

"Je me sens revivre", raconte Marion. Cette jeune femme de 27 ans a arrêté de prendre la pilule il y a trois ans, après presque une décennie de comprimés quotidiens. Comme elle, 1,5 million de femmes ont cessé de prendre cette contraception en 6 ans en France, révèle une étude de l'Agence nationale de santé publique en 2017.

Depuis son autorisation il y a 50 ans grâce à la loi Neuwirth, la pilule est le moyen de contraception préférée des Françaises, surtout des jeunes. Une femme sur trois avale ce petit comprimé hormonal chaque jour. Symbole de la libération sexuelle, il a permis aux femmes de s'émanciper et de pouvoir contrôler leurs grossesses. 

Mais depuis plusieurs années, et après plusieurs polémiques autour des pilules de 3ème et 4ème générations, la méfiance grandit. Les femmes qui prennent la décision d'arrêter de prendre ce moyen de contraception sont de plus en plus nombreuses, à l'image de la youtubeuse Sophie Riche, qui partage son expérience en vidéo.

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Ras-le-bol des effets secondaires

"J'arrête la pilule". Le message du livre de Sabrina Debusquat est clair. Paru en septembre 2017 aux éditions Les Liens qui Libèrent, l'ouvrage de cette journaliste indépendante compile, entre autres, des témoignages de femmes qui ont décidé d'arrêter d'avaler chaque jour leur petit comprimé contraceptif. Si l'ouvrage a fait beaucoup de bruit à sa sortie, il permet de libérer la parole de toutes ces femmes qui ne supportent plus les effets indésirables de la pilule.

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Comme beaucoup de jeunes filles, Marion a commencé à prendre la pilule à l'adolescence. Neuf ans après, elle décide de l'arrêter. "Quand tu prends la pilule, tu as l'impression d'être morte. C'est comme si ton corps était éteint", se souvient la jeune femme.

Baisse de libido, variations de poids, alarmes sur son téléphone pour y penser chaque soir... Marion a vécu cette contraception comme une contrainte physique et psychologique, jusqu'au moment où elle a arrêté de la prendre. "Je me suis sentie revivre", s'enthousiasme-t-elle. "Sans la pilule, je ressens tout plus intensément. Toutes les émotions sont plus fortes".

C'est comme si ton corps était éteint

Marion, qui a arrêté la pilule il y a 3 ans
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Si la plupart du temps, les effets secondaires sont bénins, voire inexistants, parfois, la prise de pilule peut avoir de graves conséquences. Hanna, étudiante en école de commerce, a fait un accident vasculaire cérébral, un mois après avoir commencé sa première plaquette.

"Je commençais à avoir des rapports, donc je suis allée voir une gynécologue pour faire un contrôle", raconte la jeune femme de 23 ans. "À ce moment-là, j'utilisais le préservatif et cela m'allait très bien. Mais elle a insisté pour me prescrire la pilule, sans vraiment me parler des effets indésirables, malgré mes questions". Hanna accepte, mais un mois plus tard, sa vue se brouille, elle ressent beaucoup de fatigue et de maux de tête : elle a fait un AVC, lui explique le neurologue qu'elle va consulter. 

L'étudiante a été épargnée, mais elle reste sous le choc : "Ce n'est pas facile de voir sa santé si fragile si jeune pour un poison de contraceptif", ajoute-t-elle.

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La youtubeuse Sophie raconte pourquoi elle a arrêté la pilule.

Face à la méfiance qui s'accroît ces dernières années et après la parution du livre de Sabrina Debusquat, un collectif de chercheurs et de chercheuses a publié une tribune dans Le Monde, mettant en garde contre la stigmatisation de la pilule et appelant plutôt à écouter les femmes qui s'en plaignent.

"Aucune méthode de contraception n'est idéale, écrivent-ils. Diaboliser la pilule, c'est réduire de facto le choix offert aux femmes". Les signataires, parmi lesquels les présidentes du Planning familial, Nathalie Bajos, une directrice de recherche de l'Inserm et des membres du laboratoire Contraception & Genre, estiment qu'il faut prendre le temps de discuter avec les patientes pour les guider dans le choix de leur contraception.

Un contraceptif par défaut ?

Selon la loi française, "toute personne a le droit d'être informée sur l'ensemble des méthodes contraceptives et d'en choisir une librement". Mais ce que déplorent de nombreuses jeunes femmes, c'est d'avoir été peu ou mal informées pendant leur adolescence. 

"Au lycée ou chez le gynéco, on ne nous parle que de la pilule", estime Manon, 23 ans. Les autres moyens ne sont pas abordés. Lors de sa première visite chez le gynécologue, elle s'est vu proposer la pilule "au cas où", même si elle n'avait pas encore de relations. Prise de poids, acné, règles très douloureuses, vomissements, malaises : les effets secondaires sont là malgré un changement de comprimé. 

Après avoir testé l'implant, la jeune femme, qui travaille dans le commerce, a finalement trouvé une alternative qui lui convient : le stérilet en cuivre. Manon regrette cependant la sensation qu'on lui a "imposé", plus jeune, un moyen de contraception et les effets indésirables qui vont avec.

Pour Océane, 24 ans, le parcours est semblable aux autres jeunes femmes : un gynécologue lui prescrit la pilule à l'adolescence, après son premier rapport. Très vite, elle ressent des effets secondaires : acné, dérèglements hormonaux, absence de règles, perte de libido, humeurs négatives...

Ce qu'elle déplore, c'est la réaction de sa praticienne le jour où elle lui a demandé à essayer un moyen de contraception non-hormonal. "Elle m'a presque ri au nez et m'a prescrit une autre pilule micro-dosée", raconte l'étudiante en neurosciences. Cette attitude infantilisante, dénoncée par de nombreuses femmes, a poussé Océane à cesser de prendre la pilule d'elle-même, sans suivre les conseils de sa gynécologue.

La pilule, un contraceptif qui n'est pas adapté à toutes

Souvent plébiscitée par les jeunes, la pilule présente de nombreux avantages : elle peut avoir des effets positifs sur l'acné, réguler le cycle menstruel et réduire les douleurs des règles. Elle peut être remboursée ou s'obtenir gratuitement en pharmacie, quand elle est délivrée sous ordonnance. Si elle est correctement prise, son taux d'efficacité est de 99%. 

"Toutes les méthodes de contraception ont leur avantages et leurs inconvénients. La meilleure est celle que la femme choisit en connaissance de cause et qui lui apporte le plus grand bénéfice", rappelle le médecin et écrivain Martin Winckler, dans un post Facebook

Vous n'êtes pas faite pour la pilule

Le gynécologue de Héloïse, qui est passée au stérilet
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Car, si la pilule convient très bien à certaines femmes, d'autres n'arrivent pas à la supporter. Héloïse a subi les effets secondaires de sa pilule pendant des années, jusqu'au jour où elle a trouvé un gynécologue qui lui a dit : "Vous n'êtes pas faites pour la pilule". Pour la jeune femme, c'est une surprise.

"Je prenais la pilule depuis mes 16 ans, je n'avais jamais vraiment pensé qu'il y avait d'autres méthodes, on ne me parlait que de la pilule", déplore celle qui a choisi de se faire poser un stérilet en cuivre. "Ça a été douloureux, j'ai mis plusieurs mois à m'y habituer, mais je ne regrette pas mon choix".

Si Héloïse a eu la chance que son praticien l'aide dans sa démarche pour arrêter la pilule, ce n'est pas le cas de toutes les femmes. Alice a avalé son comprimé contraceptif chaque jour pendant 10 ans. Fumeuse, elle découvre que cigarette et pilule ne font pas bon ménage. "J'avais le cœur qui battait très vite", raconte la jeune femme de 27 ans.

En France, chaque jour, une femme sur trois prend la pilule.
En France, chaque jour, une femme sur trois prend la pilule. Crédit : iStock

Elle a eu du mal à trouver un gynécologue qui accepte de lui poser un implant. "Chaque femme devrait pouvoir choisir sa contraception selon son mode de vie", regrette Alice. "Même si fumer est mauvais pour la santé, c'est mon choix et cela ne devrait pas m'empêcher d'avoir quand même une contraception". 

Au total, il existe une douzaine de moyens de contraception, comme le patch, l'anneau vaginal, le préservatif, dont on peut retrouver les informations sur le site Choisir sa contraception, conçu par l'Agence nationale de santé publique.

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