3 min de lecture langue française

L'Académie française ne voit pas "d'obstacle" à la féminisation des noms de métiers

Gardienne sourcilleuse du bon usage de la langue française, l'Académie française a examiné ce jeudi 28 février un rapport préconisant la féminisation des noms de métiers, sujet longtemps tabou au sein de l'institution.

La façade de l'Académie française, à Paris
La façade de l'Académie française, à Paris Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Arièle Bonte
Arièle Bonte
et AFP

Les noms de métiers, déjà féminisés dans le langage courant, devraient l'être bientôt officiellement. Jeudi 28 février, l'Académie française a adopté à "une large majorité" un rapport sur la féminisation des noms de métiers soulignant qu'il n'existait "aucun obstacle de principe" à leur "féminisation". "Celle-ci relève d'une évolution naturelle de la langue, constamment observée depuis le Moyen Âge", précise le texte adopté par les académiciens. 

L'écrivaine Dominique Bona, biographe de Romain Gary, plaide depuis longtemps "pour une réouverture du débat à l'Académie française sur la place du féminin dans la langue française". Le vœu de l'Académicienne a enfin été exaucé ce jeudi 28 février puisque l'institution, fondée au XVIIème siècle par Richelieu, a examiné un rapport préconisant la féminisation des noms de métiers. Ce dernier a ensuite fait l'objet d'un vote.

Ce rapport a été rédigé par une commission présidée par Gabriel de Broglie, 87 ans. Elle est également composée de Dominique Bona mais aussi de la romancière et essayiste Danièle Sallenave et du poète d'origine britannique Michael Edwards.

Si ce sujet a longtemps été tabou au sein de l'Académie, plusieurs personnes plaidaient pour qu'il soit enfin mis sur la table. Outre Dominique Bona, Danièle Sallenave observait déjà de son côté en 2017 que le masculin n'est pas un genre neutre. "Il a été choisi comme genre dominant", rappelait le linguiste Bernard Cerquiglini dans son livre Le ministre est enceinte (Seuil) consacré "à la grande querelle" de la féminisation des noms.

Une révolution attendue

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La mesure est déjà en vigueur depuis une quarantaine d'années dans nombre de pays francophones comme la Belgique, la Suisse ou la province canadienne du Québec mais en France, c'est bien une révolution tant l'institution du Quai de Conti a résisté bec et ongles à cette vague de féminisation venue de la francophonie.

Dans une déclaration solennelle, publiée en 2014, l'Académie française indiquait qu'elle acceptait la féminisation des noms de métiers "qui découle de l'usage" en citant notamment les mots "artisane", "aviatrice", "pharmacienne", "avocate", "factrice", "compositrice", "éditrice" et "exploratrice".

Mais, soulignait l'institution, l'Académie "rejette un esprit de système qui tend à imposer, parfois contre le vœu des intéressées, des formes telles que professeure, recteure, sapeuse-pompière, auteure, ingénieure, procureure, etc., pour ne rien dire de chercheure, qui sont contraires aux règles ordinaires de dérivation et constituent de véritables barbarismes".

L'Académie n'est pas contre la féminisation des noms par principe

Frédéric Vitoux, académicien
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Dans une tribune publiée mercredi 27 février par La Croix, l'académicien Frédéric Vitoux, président de la Commission d'enrichissement de la langue française, estimait, "à titre personnel", que l'Académie "n'est pas contre la féminisation des noms par principe".

"Pour certains métiers, c'est simple : on n'a jamais eu d'interrogation avec actrice ou directrice", expliquait l'académicien. "Pour d'autres", ajoutait-il, "il y a des difficultés objectives, parce que la racine des noms ne s'y prête pas ou parce que cela crée de la confusion. Par exemple, comment dire médecin au féminin sans créer de confusion sémantique avec la discipline ? Faudrait-il dire une médecin, une femme médecin, une praticienne ? Il y a mille solutions, mais il faut choisir".

Une Académie peu féminine

À noter toutefois qu'avant la création de l'Académie française, le féminin de médecin (comme de beaucoup d'autres métiers) existait et était employé dans l'usage. On disait alors une "médecine" et même une "doctoresse". Quant au mot "autrice" qui fait bondir les âmes les plus sensibles, il était également utilisé avant d'être effacé, selon des linguistes, du langage par l'Académie. En cause : les académiciens voulaient écarter les femmes des sphères intellectuelles et littéraires. 

L'Académie française compte actuellement seulement quatre femmes (élue à l'Académie en mai 2018, la philologue Barbara Cassin n'a pas encore été officiellement reçue sous la Coupole) contre 31 hommes. Elle compte un seul philologue (Michel Zink) dans ses rangs mais aucun linguiste ni aucun grammairien.

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