3 min de lecture Cinéma

"Kingsman 2" : un James Bond sous acide qui conserve sa recette

NOUS L'AVONS VU - Avec "Le Cercle d'or", "Kingsman" reprend son style déjanté et pousse l'absurde au maximum.

Taron Egerton reprend le costume de l'agent Galahad.
Taron Egerton reprend le costume de l'agent Galahad.
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Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Écartons immédiatement la question : non, Kingsman 2 ne restera pas autant dans les mémoires que le premier du nom. Le style déjanté, mêlant action et humour à haute dose, est conservé mais beaucoup ne retrouveront pas la fraîcheur du Kingsman de 2015. Est-ce à dire que cette suite ne serait qu'une pâle copie de l'original ? Rien ne serait moins exact. 

On vibre et on rit de bon cœur devant les absurdités géniales de Kingsman : Le Cercle d'Or. On ne découvre certes plus l'univers ou les personnages du jeune Eggsy (Taron Egerton), de son mentor et super-espion Harry Hart (Colin Firth) et du grand méchant Richmond Valentine (Samuel L. Jackson). Là est sans doute le principal défaut de cette suite : il n'y a plus la fraîcheur de la nouveauté. Mais si Kingsman 2 reprend la même musique, le film pousse le volume très, très fort.

Après la mort de Harry Hart, le jeune Eggsy est devenu un espion talentueux évoluant dans les pas de son modèle. Une nouvelle "grande méchante", résidant dans sa base de grande-méchante-james-bondienne, menace l'équilibre du monde. 

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Moquer les codes du film d'espionnage

Incarnée par Julianne Moore, Poppy est la dirigeante du plus gros cartel du monde. Désireuse de voir son statut enfin reconnu, elle décide d'empoisonner tous les consommateurs de drogue de la planète et de faire une demande de rançon mondiale auprès des gouvernements : légalisez les drogues ou voyez des millions de gens mourir. 

Chiens robots, fioles d'antidote conçu en haut d'une station de ski cossue, cannibalisme, mallette avec un gros bouton doré capable de sauver la planète.... Kingsman déploie une nouvelle fois toute une palette parodique pour moquer le genre.

Là est la grande réussite de Kingsman 2 : ne jamais véritablement se prendre au sérieux. Il suffit de voir le rôle attribué à Elton John tout au long du film pour s'en convaincre. Le chanteur britannique joue naturellement son propre rôle : celui d'une vedette enlevée par Poppy pour son seul divertissement, condamné à chanter quand elle le désire et lançant des "Fuck you" enragés une phrase sur deux. C'est "too much" et c'est pour ça que ça fonctionne. 

Un goût d'Amérique

Si Kingsman joue sur l'aspect "so british", la destruction quasi totale de l'équipée d'espions cachée dans la boutique d'un tailleur de Londres va conduire nos héros vers le Far West. Ils vont rencontrer leurs cousins américains pour sauver le monde et découvrir ceux qui leurs veulent du mal.

L'occasion pour le film de s'américaniser en introduisant des espions cow-boys avec des lassos électrique, des colts et des noms de code reprenant des catégories d'alcool. Le chef, Jeff Bridges, est l'agent Champagne, Channing Tatum est l'agent Tequila, Halle Berry est Ginger ale et Pedro Pascal (alias Oberyn Martell dans Game of Thrones) l'agent Whisky. Chaque nom est annoncé comme une blague aberrante... mais elles fonctionnent. Cela permet aussi de changer de décor et de faire quelques plaisanteries qui plairont tout particulièrement au public américain. Ce n'est jamais une mauvaise chose pour les producteurs de blockbusters. 

Parmi les passages les plus drôles du film, citons ceux qui prennent lieu dans le bureau ovale de la Maison blanche. Un président parfaitement "trumpien" dans l'esprit. Bruce Greenwood incarne celui qui préfère voir des millions de gens mourir sous prétexte que ce ne sont que des délinquants drogués et que ce génocide signifiera qu'il a vaincu le "problème de la drogue" dans le monde. Une folie pas si lointaine des audacieux tweets du véritable Donald Trump et qui déclenchera les rires dans les salles du monde entier. 

Le problème de la résurrection

Kingsman 2 est drôle. Kingsman 2 est explosif. Mais Kingsman 2 a perdu un peu de son cœur. La résurrection surprise de Harry (Colin Firth) grâce à un pansement high-tech alors qu'il a été tué d'une balle dans la tête dans le premier film retire une certaine dimension dramatique.

Bien sûr, c'est un plaisir de retrouver l'acteur iconique et la scène où il retrouve la mémoire grâce à un chiot fera peut-être couler quelques larmes. Mais tout de même. Si chaque personnage peut revenir d'entre les morts, le film et l'action ne perdent-ils pas un peu de leur intérêt ? Il n'y a d'ailleurs pas qu'une résurrection... mais deux. Quand Kingsman 1 jouait sur les morts et le sacrifice pour apporter autre chose que de l'action, Kingsman 2 mise plutôt sur un spectacle 100% divertissant.

La mort de Roxy, la meilleure amie du héros, la rupture éphémère entre ce dernier et la princesse Tilde de Suède... Tous ces éléments tombent un peu à plat ou sont superficiellement exploités. La première est oubliée instantanément. La seconde n'est pas un enjeu tant on devine le happy end. 

Il est aussi dommage de ne pas exploiter plus profondément les personnalités de certains protagonistes comme ceux joués par Pedro Pascal, Halle Berry, Channing Tatum et surtout Julianne Moore. On ne sait presque rien d'eux et de leurs motivations. Mais en 2h21 on ne peut pas faire des explosions, lâcher 8 blagues par minutes, faire combattre Elton John, sauver le monde et développer profondément des personnages.

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2017-10-11 07:35:00
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