5 min de lecture Cinéma

"Mother!" : l'Apocalypse selon Darren Aronofsky, avec Jennifer Lawrence

NOUS L'AVONS VU - Le réalisateur de "Black Swan" emmène Jennifer Lawrence, brillante, dans un chaos sans nom, aux côtés de Javier Bardem et Michelle Pfeiffer.

Jennifer Lawrence incarne un personnage sans nom dans "Mother!"
Jennifer Lawrence incarne un personnage sans nom dans "Mother!" Crédit : Paramount Pictures
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Aymeric Parthonnaud

Mother! déstabilise. Mother! angoisse, bouscule, choque, gronde. Le dernier film du réalisateur Darren Aronofsky est un nouveau joyau étrange. Sifflé après certains festivals ou avant-premières, le long-métrage ne laisse pas indifférent. Il peut être aisément rapproché de Black Swan ou Requiem For A Dream, tant ces longs-métrages provoquent aisément le malaise. Mais cette fois, l’Américain pousse le bouchon très, très loin. 

Thriller captivant, conte obscur, métaphore poussive, Mother! n'hésite pas un seul instant à jouer avec les codes du fantastique et de l'horreur dès les premières secondes. Le film débute sur le regard d'une femme dans les flammes. Puis, dans une pièce calcinée, un homme (Javier Bardem), place un cristal iridescent sur un petit réceptacle. La pierre scintille et la maison semble faire un voyage dans le temps. Elle se reforme, les murs carbonisés reprennent leur teinte blanche, les lieux sont baignés de lumière.

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Par cette introduction, Darren Aronofsky nous laisse anticiper un grand nombre d'éléments : l'identité de la femme, les raisons de l’incendie, la nature du cristal, la place du fantastique dans ce monde en apparence très réaliste. C'est ce mystère et cette incompréhension des spectateurs qui scellent une excellente première partie du film.

Le paradis perdu

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Darren Aronofsky prend ensuite le pari de suivre le personnage de Jennifer Lawrence (qui n'a pas de nom comme tous les personnages principaux). Tout au long du film, on ne la quitte pas. Et c'est tant mieux puisque l'actrice livre un jeu complexe et saisissant. Tout est vécu à travers les yeux de cette belle jeune femme souvent habillée de blanc. Elle est pure, innocente, inconsciente... comme le public. 

Elle vit dans cette grande maison avec son mari (Javier Bardem). Lui, un romancier en mal d'inspiration cherche désespérément la matière de son prochain succès. Elle, n'a d'yeux que pour lui. Elle prépare les repas, fait preuve d'une patience incroyable malgré ses colères et sa dépression et reconstruit entièrement cette maison. La tension entre les deux est palpable. L'amoureuse et le frustré vont s'opposer, on le sent.

Ce cocon est perturbé par l'arrivé d'un homme, interprété par Ed Harris. Il se présente comme un médecin de passage et il aurait besoin d'un endroit pour dormir. Javier Bardem, bienveillant, lui propose une chambre. Jennifer Lawrence accepte malgré elle. C'est le début de l'engrenage. Elle, comme le spectateur, ne peut être qu'horripilée par le comportement de ce visiteur imposé. Il tousse, fume dans la maison malgré l'interdiction de le faire (il y a eu un incendie après tout, pensent alors les spectateurs) et touche à tout comme un mal-appris. Le thriller est posé.

La danse vénéneuse entre Lawrence et Pfeiffer

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Jennifer Lawrence a des doutes sur les motivations de cet homme et sa présence se fait de plus en plus insupportable. Le lendemain, sa femme incarnée par Michelle Pfeiffer, débarque à son tour. Elle boit, parle trop fort, interroge le couple sur leur différence d'âge, leur envie d'avoir un bébé... Tout est insupportable. Aronofsky maîtrise totalement la tension. 

Les échanges entre Jennifer Lawrence et Michelle Pfeiffer sont merveilleux d'angoisse. Régulièrement, des touches fantastiques resurgissent. La jeune femme se réfugie pour écouter un cœur qui bat dans les murs de la maison ou boire une mystérieuse poudre jaune lorsque le stress est trop intense.

Une série d’événements dramatiques va ensuite déclencher une explosion émotionnelle et symbolique hallucinante. 

Le choc

Si vous souhaitez voir Mother! sans connaître les pivots de la narration et les surprises que vous réservent Aronofsky, nous vous conseillons de ne pas aller plus loin dans la lecture de ce cet article. Sachez juste que vous allez plonger en Enfer lors de la dernière heure. Littéralement.

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Le couple semble totalement ignorer Jennifer Lawrence qui exige d'eux qu'ils partent. Son mari ne se fait pas très sévère jusqu'au moment où les deux intrus brisent le cristal dans le bureau de l'écrivain. Sa rage, aux frontières de la folie, permet de retrouver le Javier Bardem que l'on aime.

Suivra une scène de sexe particulièrement désagréable à regarder entre Michelle Pfeiffer et Ed Harris. Puis l'arrivée des deux fils de ce couple. Ce ne sont plus des invités pénibles mais une véritable invasion. Après une dispute homérique, Mother! atteint son pic avec le combat entre les frères et la mort de l'un d'eux face à une Jennifer Lawrence totalement dépassée par les événements et terrifiée.

Mother! prend alors des airs de film d'horreur puisque Jennifer Lawrence se retrouve subitement seule, à nettoyer le sang et verrouiller les portes pour que le meurtrier, en fuite, ne revienne pas. Son mari refera surface quelques temps après, accompagné de la totalité de la famille du couple Harris/Pfeiffer pour une veillée funèbre. Jennifer Lawrence est une fois de plus éberluée par cette masse d'individus inconnus qui se pressent chez elle. Ils font n'importe quoi, n'écoutent rien. L'angoisse du départ revient, puissance 10.

Durant cette soirée, l'auteur trouvera des mots pour parler du fils assassiné lors d'un éloge. Ces paroles et l'expérience traumatisante du couple deviendra la source d'inspiration de l'écrivain pour un prochain livre.

Le calme avant la tempête

Lui, écrit un immense succès. Elle, tombe enfin enceinte et s'apprête à donner naissance à un enfant qui semble pouvoir colmater les brèches du couple. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pendant une courte séquence.

Le film déclenche cependant une nouvelle invasion, dantesque cette fois-ci. Des fans de Javier Bardem viennent devant leur maison, excités et fanatisés par ce nouveau livre incroyable. Des dizaines puis des centaines d'adorateurs investissent la maison du couple malgré les hurlements d'une Jennifer Lawrence fragilisée par sa grossesse. Le film quitte alors tout lien avec la réalité pour devenir une grotesque métaphore biblique mêlant imagerie infernale et critique de l’ego et de la célébrité.

Des policiers surgissent pour aider Jennifer Lawrence à fuir la meute. Puis l'armée. À chaque fois, elle est repoussée à l'intérieur de la maison et semble franchir tous les cercles de l'Enfer. Des explosions, des hurlements, la poussière, la sueur. Les fans installent des autels à la gloire de l'écrivain devenu un nouveau Messie. Tout n'est que symboles et brouhaha chaotique jusqu'à la naissance de l'enfant...

La morale d'un conte noir

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Jennifer Lawrence accouchera dans une pièce de la maison qui semble habitée par des habitants d'une dystopie post-apocalyptique depuis 50 ans. Javier Bardem, son mari, la protège de la foule, le temps de l'accouchement. Épuisée mais résolue, la jeune mère refuse de confier le bébé à son père. Elle finira par s'endormir quelques secondes. L'écrivain apportera alors l'enfant à la foule idolâtre. Jennifer Lawrence médusée ne pourra qu'assister à la mort de son enfant dépecé puis dévoré par l'assemblée. 

Ivre de rage, elle se rendra dans les profondeurs de la maison pour y mettre le feu et en finir avec cette armée de fou. Un moment jouissif tant on veut que l'escalade prenne fin. Finalement, Javier Bardem apparaît portant le corps calciné de son épouse. Celle-ci lui indique qu'il peut lui prendre son cœur. Il tire alors de sa poitrine un cristal qu'il dépose sur un petit réceptacle. La maison reprend vie et une autre femme apparaît dans le lit... La boucle est bouclée. 

Une figure paternelle créatrice toute puissante, l'amour des hommes et des femmes consommés pour nourrir le feu de la vanité, Michelle Pfeiffer à la fois Ève tentatrice et serpent, l'Apocalypse et la Résurrection... Mother! est simplement l’Évangile revu et corrigé par Darren Aronofsky et au diable l'humilité et la finesse.

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2017-09-13 09:12:00
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