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Rock en Seine 2014 : Portishead bouleverse Paris, Flume et The Horrors assurent le spectacle

COMPTE RENDU - La deuxième journée de l’édition 2014 du festival Rock en Seine a tenu ses promesses sans créer de surprises. Un samedi plaisant emmitouflé dans une ambiance bon enfant.

Portishead le 23 août à Rock en Seine
Portishead le 23 août à Rock en Seine
Crédit : Nicolas Joubard
Antony Milanesi & Cécile De Sèze

Nombreux sont les sons que l'on n’oublie pas. Le show de Portishead en a réuni une large palette samedi soir à 22 heures, quand des milliers de festivaliers se sont prostrés sur toute la largeur du domaine de Saint-Cloud devant la Grande scène, jusque sur les plus hautes parcelles d’herbes situées au-delà des rangées d’arbres censées délimiter l’espace public. Avant ce moment de grâce, la foule a repris ses marques dés 15 heures, quand la fraîcheur du public du deuxième jour était encore palpable.

Dorian Pimpernel en première ligne

Scène de l’industrie, les 5 Parisiens de Dorian Pimpernel offrent les toutes premières notes de la 2ème journée de Rock en Seine. Une bonne part des festivaliers sont au rendez-vous, curieux de découvrir cette musique inscrite dans un style pop-rock rêveur que certains qualifieront de "sunshine pop". Cols de chemises et cravates bien rangées sous des pulls fins, les musicien font découvrir les titres de leur premier album Allombon

Dorian Pimpernel au festival Rock en Seine 2014
Dorian Pimpernel au festival Rock en Seine 2014
Crédit : Sylvere Hieulle

Deux d'entre-eux se chevauchent aux synthés tandis que le bassiste est assis en retrait, laissant toute la lumière sur le chanteur-guitariste, Jérémie Orsel, au centre. Sa timidité se fait touchante lorsqu'il prend le micro pour s'adresser à son public, alors même qu’il tente de se détendre grâce à quelques blagues : "Il faut que je vous dise... Pour des problèmes techniques, on a un disque à vendre...

À vendre, mais surtout à défendre, et ils le font bien. Du moins à en croire les regards intéressés tournés vers la scène de l'Industrie. Le public écoute, le public découvre. Puis se lâche au bout de 30 minutes. Il applaudit, se trémousse, sautille. Dorian Pimpernel est en conquête, et le public semble succomber. 

L'instant Soul de St Paul and The Broken Bones

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Plus attendu le groupe originaire d’Alabama, St Paul and The Broken Bones, s’apprête à donner son tout premier concert français. Or le soleil déverse ses rayons sur la capitale et à 17 heures, un samedi, la plaine qui jouxte la Grande scène n’échappe pas à la règle qui s’impose à tous les grands parcs parisiens, Buttes Chaumont en tête : les groupes d’amis se sont assis en rond par terre. St Paul and The Broken Bones démarre son concert à toute berzingue mais fait face à un parterre inactif. En traduisant le nom du groupe St Paul et les os cassés, Rock en Seine a choisi les tibias. 

St. Paul and The Broken Bones à Rock en Seine 2014
St. Paul and The Broken Bones à Rock en Seine 2014
Crédit : Nicolas Joubard

Pourtant Paul Janeway est criblé de justesse, sa puissance vocale est échaudée dés le début, signe d’une expérience avancée. "À 18 ans, je suis tombé amoureux de la musique et j'ai commencé à faire des 'Open mic'" explique le chanteur qui ne boude pas son plaisir de se produire sur une scène géante. "Avant, j'étais sans emploi, je dormais dans le sous-sol de mon père, aujourd'hui, je me sens très chanceux." 

Paul Janeway et ses faux airs d’Elton John athlétique cite James Brown parmi ses premières influences et c’est tout le problème : c’est dans une salle, un lieu plus intimiste, ailleurs que sous un ciel partageur, que l’on souhaite la soul de St Paul and The Broken Bones, aussi communicative soit-elle. 

L'explosion Punk par Thee Oh Sees

L’association de malfaiteurs punk Thee Oh Sees ne se pose pas de questions concernant l’humeur de la foule, Thee Oh Sees ne se pose d’ailleurs aucune question. Le leader du projet, le tatoué à mèche John Dwyer, guitare Gibson SG plaquée sur le torse, impose une cadence infernale au couple basse-batterie qui l’accompagne cette fois sur scène. Les chansons filent vite et droit dans la gueule. Le groupe resserré sur scène tourne le dos à deux piles d’amplis entassés à la va-vite, suffisant pour propulser un vacarme insolent. Réverbérations, précision et course vers un futur inexistant : Thee Oh Sees rassure les punks de la première heure qui gardent l'illusion d'appartenir encore à l'avenir. 

John Dwyer, leader du groupe Punk Thee Oh Sees
John Dwyer, leader du groupe Punk Thee Oh Sees
Crédit : Sylvere Hieulle

Sean Lennon de mèche avec son père

À 19 heures la foule se disperse. l’electro pop britannique de Clean Bandit aspire les curieux fraîchement arrivés sur le site du festival du côté de la scène Pression live, tandis que Cheveu dérangera les mieux peignés en envoyant valdinguer la scène de l’industrie. Le chanteur du trio electro-psycho-industriel français a joué la provoque tout le concert en criant avec “Dourais”, son amour pour le festival de Dour (Belgique) qui avait lieu début août. Etienne Nicolas est au bout de ses forces et de sa sobriété, criblé de boissons énergisantes, il en jette sur la foule, saute sur elle et revient sur la scène qu’il a dévastée en jetant ses claviers au sol pour baisser son pantalon, dos au public. 

Cheveu à Rock en Seine 2014
Cheveu à Rock en Seine 2014
Crédit : Sylvere Hieulle

Une autre tignasse s’agite sur la grande scène : celle de Sean Lennon, fils de John, venu sous l’alias de son groupe The ghost of a saber tooth tiger formé avec sa petite amie Charlotte Kemp Muhl. Il se montre digne du son du passé en livrant un son semblable au groupe Tame Impala, lui-même très similaire aux retentissements des albums studio solo de John Lennon. 

Sean ne semble cependant pas être hanté par le fantôme de son père et parvient à plaisir de longs solo de guitares qu’il achève en se morfondant sur les boutons de ses pédales d’effets. Un rock d’ambiance, tendre, idéal pour habiller l’espace sonore des retrouvailles entre amis. 

Sean Lennon à Rock en Seine
Sean Lennon à Rock en Seine
Crédit : Nicolas Joubard

Portishead en état de grâce

À 22 heures la musique est devenue aussi belle à regarder qu’un grand film. La foule quittera le concert de Portishead avec l’air qu’on ceux qui sortent du cinéma après un film tire-larmes. La formation menée par Beth Gibbons est mondialement connue depuis la sortie de son tube Glory Box aux paroles entêtantes "Give me a reason to love you". Heureusement ce morceau ne constitue pas le seul intérêt du show. Il ne fait même pas office de clou du spectacle. L’ambiance du festival a changé, Portishead ordonne une introspection générale. Entre les chansons, les applaudissements imitent le bruit des feuilles lorsque que le vent agite les arbres, un de ces sons qu’on n’oublie pas. Le silence est vissé au public. 

Beth Gibbons du groupe Portishead le 23 août à Rock en Seine
Beth Gibbons du groupe Portishead le 23 août à Rock en Seine
Crédit : Nicolas Joubard

Malgré les nuances explorées par le groupe qui enchaîne des morceaux aux rythmes tantôt lents tantôt moins lents, une vague d’immobilisme à faire pâlir les marins aventureux a inondé la foule. La foule a le bourdon voire le cafard mais la voix clair et millimétrée de Beth Gibbons panse ses plais donc ça lui plait. La chanteuse appuyée par un groupe technique au son moderne est magnifiée par les effets torturés des grands écrans qui encadrent la scène. Elle étire sa voix et paraît ébrécher son âme pour le bien du public. 

Flume anime les foules

Dés la fin du concert du groupe originaire de Britsol, l’Australien Flume aspire toutes les foules, y compris celle qui s’est massée devant Joey Badass, seul show de rap du festival, programmé pendant Portishead. Le New-yorkais de 19 ans à expliqué le fonctionnement du hip hop à Saint-Cloud en rendant au public la force qu’il lui a offert. L’artiste seul mais suffisamment grand pour la scène de l’industrie a distillé des sons célèbres du style qui lui est cher comme Jump de Kris Kross ou Niggas In Paris de Jay-Z et Kanye West. De quoi combler ses manques, Joey Badass n’ayant encore sorti aucun album. 

Joey Badass le 23 août 2013 à Rock en Seine
Joey Badass le 23 août 2013 à Rock en Seine
Crédit : Sylvere Hieulle

Flume mixe, emprunte à tous les styles et propose une musique teintée d’universel. "Je trouve que le terme de Future Bass est assez juste pour parler de ma musique. Je la décrirais comme électronique, mélodieuse et 'forward thinking (pensée à l’avant-garde, ndlr)'". Harley Edward Streten n’a que 22 ans et met Rock en Seine à ses pieds. Le spectacle est en partie visuel, des vidéos parfaitement synchronisées aux mixes de Flume défilent, entre paysages, femme esseulée et baiser intime d’un couple aimant. Accéder à l’avant de la seine est mission impossible tant la foule est massée devant la scène Cascade. 

Flume le 23 août à Rock en Seine
Flume le 23 août à Rock en Seine
Crédit : Sylvere Hieulle

"Devenir très connu jeune c'était assez difficile à gérer au début” reconnaît Flume “A l'époque, je pensais que j'étais le meilleur. Depuis, je me suis rendu compte que ce n'était pas vrai, et qu'il ne fallait pas que je prenne la grosse tête. Garder les pieds sur terre". Les basses mêlées aux cris aiguës sont d’imparables aimants à danse, la musique de Flume est une solution miracle de festival, de quoi influencer tout son pays."Ce n'est pas particulièrement fréquent de voir des gens très jeunes commencer à faire de la musique en Australie, mais je crois qu'après moi, ça a créé un engouement où les jeunes se sont dit qu'eux aussi pouvaient commencer à faire de la musique". 

The Horrors en sombres héros

En guise de bouquet final, le groupe britannique The Prodigy n'a pas laissé une seconde de répit aux festivaliers de la Grande Scène, clôturant cette 2ème journée sans aucune pitié. Parallèlement, les ténébreux Anglais de The Horrors ont rouvert le portail de la coldwave. Les tubes de lumière noire Who Can Say, Sea within a sea ou Endless Blue ont ensorcelé le public. Le quintette de rock indie, actuellement plutôt éloigné de la scène, a facilement imposé son intelligence lugubre, bien que la voix du chanteur Faris Baldwan se soit délestée de justesse.


The Horrors au festival Rock en Seine 2014

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